lundi 31 mars 2014

Lundi matin


— Manu, j'veux qu't'ailles à Matignon. Jean-Marc, j'crois qu'il est grillé.

— (…)

— Ben quoi, tu veux pas ?

— Si si, j'veux bien. Si, François, j'veux bien.

— Ben dis-donc, cache ta joie, hein !

— Non, c'est pas ça…

— Quoi, qu'est-ce qu'y a ?

— Non, rien… En fait, j'pense à Ségolène…

— Ben quoi, Ségolène, ben quoi ? Tu la vois à l'Intérieur ?

— Non, c'est pas ça, non…

— Oui, elle jubilait, hein…

— Tu devrais la nommer à Matignon…

— Non mais tu te fous de moi, là, hein, c'est ça ?

— Bon bon, n'en parlons plus. T'as raison, François.

— Non mais je rêve ! Il est où, l'avion ???

Bien évidemment…


Georges de La Fuly vous propose son kit langagier de survie en milieu politique. 1101 euros la soirée.

L'idée que je défends, bien évidemment, alors j'ai bien écouté, juste d'un mot, la pédagogie, mes convictions, arrêtons, la pédagogie, sur le fait d'en faire davantage, c'est un changement, la pédagogie, l'idée que je défends, une question simple, le message, les Français, le message, celles et ceux, comment on en est arrivé là, bien évidemment, c'est un changement, ce que je voudrais dire, y apporter des réponses, geste fort, pédagogie, on est sur, les Français ils nous ont dit, alors j'ai bien écouté, moi c'qui m'frappe, juste d'un mot, je le dis très franchement, ce ne sont que des estimations, très sereinement, retrouver son fauteuil et faire barrage, faut aller plus vite plus fort, faire barrage, pédagogie, pédagogie, ce que je voudrais dire, pédagogie, entendre les Français, maintenant, après, déjà, maintenant, déjà, après, pédagogie, on est sur, geste fort, faire barrage, des femmes et des hommes, celles et ceux, les Françaises et les Français, sereinement, absolument, bien évidemment, sans surprise, des résultats, au final, ce que je voudrais dire, beaucoup de Français attendent autre chose, autre chose, geste fort, pédagogie, on est sur, y apporter des réponses, des questions, des réponses, bien évidemment, je le dis très franchement, un dernier mot, jamais nous ne ferons d'alliance avec le Front national.

Avec notre kit langagier de survie, redistribué peu ou prou au hasard dans la discussion, vous pouvez participer à n'importe quelle soirée électorale et vous en tirer parfaitement, haut la main, les doigts dans le nez, à l'aise, avec les honneurs. Les coupes et les variantes sont permises. Nous éditons aussi des versions plus hard, et nous nous adaptons à tout parti ou bord politique. Résultats garantis, ou remboursement intégral. 

samedi 29 mars 2014

Le Printemps


Le printemps ? Alors ça je sais très bien ce que c'est. C'était en 1972, le printemps, j'avais tout juste seize ans, nous étions en été, en Grèce. Ça se passait à Athènes. Ettie est venue me trouver en me disant qu'il se donnait la Messe en si de Bach, le soir-même, et qu'il ne fallait pas rater ça. Nous n'avons pas raté ça. Éblouissement complet, parfait. C'était Karl Richter qui dirigeait. Ce soir-là, j'ai su que c'était ça. Immédiatement et définitivement. Ça fait quarante-deux ans que ça dure, sans un instant de lassitude. Le printemps, c'est Bach, à tous les âges de la vie. 

vendredi 28 mars 2014

Le Radeau de la Musedé



An 2000 : Un Nouveau Directeur pour la Musique à Gossanville !



Vagir à Gossanville : Quelle a été votre première impression quand vous êtes arrivé au conservatoire de Gossanville ?

Patrick Sébastien : La première chose qui m’a frappé, c’est la prof de chant. Elle est sympa c’est pas croyable. Bon, ok, c’est vrai que quand on lui fait la bise, on a l’impression d’avoir pris une douche [rires]. Non, mais, sérieux, elle est hyper comme nana. Elle est toujours partante pour aller chanter le « Pierrot lunaire » dans les cités hot, et après elle rentre complètement pétée, mais tout ça c’est vachement sympa, quoi ! Pi tu vois, c’qui m’plaît aussi c’est qu’un jour elle m’a dit comme ça, entre hommes : « Finalement j’aime pas trop le chant classique. » Moi : « Ah bon, ben pourquoi Nicole ? » « Ben parce que tu vois, j’trouve ça assez limité finalement ! » C’que ça montre, c’est qu’y a des profs qui s’posent des questions, tu vois, et ça c’est positif !
Moi c’que j’veux, enfin, c’que j’voudrais, c’est qu’les gosses y soient tous accueillis dans la boîte, tu vois. C’est hyper-important ça. D’ailleurs, faut r’connaître un truc qu’est bien : c’est pas cher pour qu’les gosses y soient inscrits au conservatoire, là j’m’incline, quoi. Respect ! D’ailleurs j’ai dit à mon boss qu’l’concert de Noël à 12 balles c’était trop hard et lui, bingo !, il a dit bon ben c’est gratuit alors ? Moi j’ai dit oui, tu vois, on s’comprend ici. (C’est ça qu’est bien…)
Ah oui pi y a un truc, alors là j’dis warnings ! question méthodologie tu vois, c’est le nom de la boîte ! Ben oui, y s’appelle « conservatoire » ! Tu vois le truc ? CONSERVatoire ? Non, tu vois pas ? Bon j’t’esplique : c’est un truc d’étymologie : dans conservatoire y a conserve ; conserver, quoi !

V A G : Conservateur ?!

P S : Voilà ! C’est ça… Alors là j’ai dit à mon boss : tu vois, si tu veux qu’les gus y s’pointent dans la baraque, c’est pas bon, le truc de conserver !

V A G : Et qu’est-ce qu’il a répondu le Maire ?

P S : Oh ben tu parles ! Il a pigé tout de suite tu vois, vu qu’ici c’est plutôt des mecs qui regardent devant, quoi ; genre faut qu’ça bouge urgent, des progressistes, quoi !

V A G : Oui, c’est des communistes ici…

P S : Voilà. Des mecs de gauche qu’assurent ! T’imagines : y a le « Point J », et nous on continuerait à s’appeler le conservatoire ?! Ouah la honte ! Mais bon il a pigé tu vois. Alors c’est là qu’j’ai lâché mon concept, la botte secrète, le talon d’Achille, la super-méthodologie de choc qui t’la coupe !

V A G : Ben, c’est quoi ?

P S : On appellerait ça « La Maison des Musiques »…

V A G : …

P S : Tu vois l’astuce ?

V A G : Ah ouais !

P S : Putain c’est bon ça non ?
D’abord : La Maison. (Tu notes les majuscules, hein ?) Alors la Maison, parce qu’une maison, tu vois, c’est un site qu’est accueillant, ça fait chaud au cœur, y a des synergies d’partout because on s’sert les coudes ; comme une famille QUOI ! (D’ailleurs j’en profite pour annoncer à tous qu’on va refaire la tapisserie, faut que ce soit comme la piaule à tes gosses, qu’ils puissent amener la photo d’leur chien, d’la mamie même si y veulent, enfin, tu vois, qu’y s’y sentent pas dépaysés…) Faut qu’tout ça soit convivial, quoi ! Non, la faisabilité d’la chose m’inquiète pas, pour répondre à une question que tu m’as pas posée.
Bon, j’en étais où ?

V A G : La Maison.

P S : Ah ouais… La Maison DES Musiques. Là, faut qu’tu notes le PLURIEL !

V A G : Comme la gauche, c’est ça ?

P S : Oh putain, j’y avais pas pensé… C’est encore plus dingue que j’croyais ! La gauche plurielle. Ouais t’as raison. Pfffui… Putain j’en transpire. Tu vois j’veux dire, quand on se met à réfléchir, hein, ça démarre pi après tu vois, c’est non stop, long long ago…
Donc, bon, ouais, le Pluriel avec un P majuscule et les Musiques avec un M et un S majuscules. Alors là, warnings ! Faut bien suivre, là, hein ! Faut savoir qu’à la base y a toujours eu DES MUSIQUES, tu vois, déjà le pluriel, hein ! Même sous Mozart, tu vois, on nous dit bon y a Amadeus, pi Haydn, pi Beethoven ! Taratata, mon œil ! Ça c’est de trucs de pouvoir, c’est déjà…

V A G : … de l’élitisme ?

P S : BINGO ! Pareil qu’aujourd’hui, y a rien de nouveau comme quoi… Ben tu vois avec les chercheurs, le CNRS, le CERN, Saclay, le Pentium III, enfin tout le truc quoi, on a retrouvé des enregistrements…

V A G : Ah bon ?!

P S : (…) Ouais, enfin, tout comme, y avait déjà d’la musique populaire hein, faut pas croire ! Des trucs de ouf, hein, hyper-savants en fait, tu vois Debussy (ça c’est un mec !) y disait en c’temps-là (…) qu’la musique indienne…

V A G : … balinaise ?…

P S : Ouais c’est pareil, et ben qu’la musique balinaise c’était plus costaud que Palestrina, tu vois le truc ?! Les mecs y z’avaient inventé des gammes que même Debussy, tout Debussy qu’il était, il les connaissait même pas dis-donc !
Enfin, pour revenir à ceux en perruques, là, ben y avait déjà du festif à c’t’époque, y f’saient la fête en tapant sur leurs bassines j’te dis pas, ça cartonnait déjà la polyrythmie du Bronx. Chaud ! Bon, bref, tout ça pour dire qui faut qu’tout le monde y puisse s’éclater, quoi, j’veux dire, on va pas leur prendre la tête avec des histoires de tonalités, d’enharmonies et tout le saint frusquin. Un peu de spontanéité, un peu de VIE. Moi je plaide pour la VIE. Je défends le vivant. Eh ! On est au XXIe siècle, non ? Je sais, je sais, j’entends déjà certains me dire : « Et l’exigence, et la qualité ? » (Et pourquoi pas la tradition, pendant qu’on y est !?)

V A G : Qui ?

P S : Oh, je ne nommerai personne. Y se reconnaîtront. Peu importe, faut pas polémiquer. Moi tu vois j’fais pas de philosophie, hein, j’vais droit au concret, au réel, à la vie, aux préoccupations des gens ! Et les gens c’qui veulent c’est pas des théories fumeuses et du Gesualdo de salon, hein, les gens y veulent pas des profs du XIXe, genre les spécialistes de la spécialité, psycho-rigides et agrippés à leurs petits privilèges, tu vois, y veulent des enseignants ouverts, sans préjugés, qui les écoutent (important ça, l’écoute !), qui savent dialoguer, et si le mec y prend son biniou pour initier un chorus, faut qu’le prof en face y soit capable de faire le bœuf en hypolydien californien, tu vois, c’est ça qui veulent les gosses, de l’interactif !
Déjà, faut être clair dans sa tête : est-ce qu’on se situe dans l’artistique ou dans le culturel ? Pour résumer, je dirai : interactivité + convivialité + ouverture, c’est ce qu’on devrait mettre à l’entrée d’la Maison ! Faut absolument qu’on puisse bosser au quotidien dans des structures qui fédèrent les énergies, ça c’est le but du jeu !

V A G : Patrick. Tu permets que je t’appelle Patrick, hein ? J’commence à me sentir hyper à l’aise…

P S : Vas-y mon gars, on est tous dans l’même bateau… Le servispublik !

V A G : Patrick, que penses-tu des hiérarchies musicales et artistiques ?

P S : Tu rigoles ou quoi ? Tu m’fais d’la peine avec ta question, là ! T’as pas encore compris qu’il existe qu’une seule sorte de musique ?

V A G : Ah ben… et le Pluriel alors ?

P S : Non mais attends, tu l’fais exprès ou quoi ? C’que j’veux dire, c’est qu’la bonne musique elle est UNE…

V A G : … et indivisible !

P S : Bon, ça va laisse tomber la philosophie, ok ? Quand je dis qu’elle est une, j’veux dire que toutes les musiques sont égales, quoi ! J’vois pas pourquoi j’irais, moi, le dirlo de La Maison Des Musiques, dire à un gosse du 162 que son groove à lui vaut pas la Grande Fugue ! Je vois pas du tout ce qui me justifierait dans cette démarche ! À la base y a 7 notes, enfin 12, et pi chacun les enfile comme y veut, hein, après ça, c’est un jugement culturel, c’est sûr ! Moi chuis pas curé, chuis musicos ! Y a pas d’absolu là-dedans, tu vois, tout est relatif, le DJ qui groove à mort ou les musicos indiens qui font des rythmes hyper-complexes ou un quatuor d’hélicoptères, pour moi c’est PAREIL que Don Giovanni ; y a pas d’raison ! J’peux en parler, j’ai tout fait !

V A G : Merci pour la transition ; parle-nous de ton parcours, Patrick.

P S : Bon là tu vois, chuis assez fier. Ouais, non, j’veux dire, c’est pas le parcours de tout le monde, quoi. J’vais le dire en 2 mots : j’me suis ouvert ! Finies les barrières, les frontières, vive la tolérance, l’éclectisme, le métissage, le mélange, l’hybride, l’impur, la démocratie, la Modernité, quoi ! J’ai commencé hypra-classique, et puis j’ai découvert le jazz (Larry Corée et Clapton Tea…), la musique baroque, et tout a suivi… Ah, on se prend à rêver que tout le monde fasse pareil, non ?

V A G : Une grande marche vers la liberté ?

P S : C’est tout à fait ça. [Pas de rires] Là j’me sens à l’aise, tu vois, bien dans ma peau, on va dire : si j’ai envie dans un récital de mixer Marin Marais et Claude François, et de le faire en duo avec un mec derrière son Mac, pourquoi pas ?

V A G : Pourquoi pas !

P S : Y a un truc que j’veux dire et qui me paraît important (surtout qu’avec l’équipe pédagogique du cons… d’la Maison Des Musiques, on va mettre en place une réflexion concrète sur comment, au jour d’aujourd’hui, bâtir un Projet actuel qui redéfinirait les rapports enfants/enseignants) c’est que moi en tout cas, j’me sens toujours un élève, tu vois ! J’veux dire qu’à la base j’ai pas la prétention du Savoir avec un grand s, si tu vois ce que je veux dire. Non. J’me mets en situation de donner, mais aussi de recevoir, et, en ce sens-là, automatiquement, j’me sens hyper-proche de quelqu’un comme Jean-Sébastien, ou même —pourquoi pas ?— de Cabrel. Les gosses, faut pas croire, y z’arrivent chez nous, y z’ont déjà un Projet musical, hein ! Y savent très bien ce qu’ils ont envie. Faut juste leur donner les outils, les moyens, le média, un lieu, après ça, y s’débrouillent, y z’inventent leur code, quoi ! Faut s’méfier des certitudes. C’est sûr que pour moi Chostakovitch c’est le top, mais si le gosse il arrive avec Merzak Batavia en background, y faut que j’laisse tomber mes préjugés et que j’m’y mette, quoi ! C’est tout. Et là, peut-être qu’après 4 mois de travail intensif sur Merzak Batavia, j’pourrai glisser au gosse : « Bon ; ok, c’est super, mais Chosta, tu connais ? » Y a des passerelles à créer, tu vois, dans tous les sens, c’est ça qu’est excitant, c’est un challenge. On est au début. Tout est à faire, à inventer ! Un exemple : la mise en résidence de groupes rock, ça c’est une idée que j’ai eue…

V A G : Une dernière question, Patrick Sébastien : on a pu lire ce graffiti sur les murs de l’ex-conservatoire : « Le son inconnu de sa jouissance. » Qu’est-ce que cela signifie ?

P S : Ah… Je sais pas. Je suis pas au courant.

V A G : Merci, Patrick ! Et bon vent à toi !

P S : Cool…

jeudi 27 mars 2014

Vol 777 pour Tulle gras


Hollande est con comme une bite et comme ça commence à se savoir un peu partout dans le monde, il va falloir qu'on se trouve une sacrée excuse, nous autres les Français, pour avoir été ceux qui ont élu un couillon pareil. 

Alors quoi, 2012 était une année trissextile, Vénus était mal aligné avec le trou de balle de Lazlo Carreidas, c'est la faute à Sarko (ce qui n'est pas complètement faux), François Hollande est le nom de code d'un alien envoyé par des extra-terrestres fin de race qui veulent se débarrasser de la Terre une bonne fois pour toutes, ou bien c'est un coup génial de Chouchou de Bordeaux, le héros de Guilaine Depis qui joue son dernier bulletin avant la troisième mi-temps ? Difficile de trancher. Peut-être qu'il faut additionner toutes ces hypothèses et les diviser par zéro pour obtenir la vérité ?

Franchement, on a fait très fort. En perte de vitesse à peu près dans tous les domaines, la France se devait de trouver quelque chose pour se faire remarquer. Je ne sais pas quel est le publicitaire qui a eu l'idée, mais sûr, c'est un génie. Poutine, Obama, Merkel, Assad, Tamim ben Hamad Al Thani, la reine d'Angleterre, depuis qu'Hollande est président, c'est zéro plus zéro moins zéro ! Ils font leur travail, oui, plus ou moins bien, oui, d'accord, ils président, ils dirigent, ils sont sur le trône, mais enfin c'est la routine, c'est le quotidien du pouvoir, c'est le train-train habituel à mourir d'ennui ! Depuis de Gaulle, on était minable question politique, les autres faisaient semblant de continuer à jouer avec nous, mais on voyait bien que c'était pour qu'on se mette pas à pleurnicher, mettre de la morve partout. Quand-même : Vercingétorix, Louis XIV, Napoléon, on avait une réputation à défendre, mais on commençait salement à voir les poutres et soupentes de la République mitée, rachetée pans par pans par le Quatar et les Chinois.

Et c'est là qu'on a eu cette idée géniale ! Ils se sont tous tirés, l'air de rien, comme aspirés par le trou du souffleur, et un seul couillon est resté sur scène, Caramel Ier, dit François le Dernier. Sarkozy a fait semblant de vouloir le poste, il a trépigné un peu, juste histoire que l'autre ait envie aussi, et hop, le tour était joué. Puisqu'on n'avait personne de bon, autant choisir le plus mauvais, c'était un bon calcul. Assez de médiocrité, assez de faux fuyants, assez de coups de frein dans la descente, autant accélérer un bon coup avant de s'emplâtrer. Au moins, ç'aura un peu d'allure ! On avait eu de Funès et Bourvil, on peut bien se permettre Caramel Ier ! 

mardi 25 mars 2014

Py, ou le mensonge au palais


Entendant Olivier Py faire sa belle déclaration, tout à l'heure, à la radio (il veut, ou plutôt il estime indispensable que le Festival d'Avignon quitte cette ville si le Front national prend la mairie), j'ai réalisé avec une certaine stupéfaction qu'un vieux et pieux mensonge n'était en rien entamé par la réalité, bien au contraire. 

Il existe un lieu commun que personne ou presque ne remet en cause : la culture est de gauche. C'est beaucoup plus qu'un lieu commun, c'est un axiome, c'est une loi fondamentale. LA CULTURE EST DE GAUCHE. Ça ne se discute pas. 

Il suffit pourtant de lire un peu pour savoir que c'est presque entièrement faux, mais rien n'y fait, cette vérité continue son petit bonhomme de chemin, comme si de rien n'était, sans être le moins du monde inquiétée par une autre vérité, une vérité vraie, celle-là. 

lundi 24 mars 2014

Madame Angot, Christine


« Madame Angot ou la Poissarde parvenue » « Les Amours de madame Angot » « Madame Angot dans son ballon » « Encore madame Angot » « Madame Angot dans son grenier » « Madame Angot au Malabar ou la Nouvelle Veuve » « Le Repentir de madame Angot ou le Mariage de Nicolas » « Détail de l'événement arrivé à Madame Angot, en sortant d'une société de Théophilantropes » « La Fille de Madame Angot »

On voit que le sujet est inépuisable et qu'il ne date pas d'aujourd'hui. Mais ce qu'il y a de bien avec Mme Angot, la nôtre, Christine, c'est que, sans même la lire, on sait à peu près tout de la vie littéraire à Paris. Elle était avant hier-soir l'invitée de l'émission de Laurent Ruquier, "On n'est pas couché" et je n'aurais raté ça pour rien au monde. Christine Angot à la télévision, c'est un peu la télévision à la télévision, c'est Paris en bouillon-cube, c'est le Flore intestinal et les Deux Ragots, c'est l'Officiel des spectacles sur le Chemin de Compostelle, c'est le cirque dans le cirque sans l'habileté du jongleur, c'est Charcot ressuscité sur le Mont-chauve, c'est Tartuffe à Tarascon, c'est la farce épaisse qu'on a oubliée sur le feu, bref, c'est ce qu'on appelle je crois un grand moment de télévision. Pierrette Marie-Clotilde Schwartz, dit Christine Angot, est un personnage, singe agonique de la race flétrie, on ne peut pas lui enlever le peu qu'elle possède en propre, et le fait qu'elle ait choisi ce pseudonyme d'Angot nous apparaît comme le clin le plus réjouissant qu'un œil borgne soit en mesure de fabriquer sous la pression de l'histoire abolie en grande pompe.

Parvenir !, voilà le mot d'ordre. On verrait ensuite quoi mettre entre les pages qu'on déploierait à grand bruit d'orgasme à la face des gogos qui ne font jamais défaut quant au zéro, on peut leur faire confiance. Madame Angot de chez Ruquier, c'est un Christ de Castorama. Ma première question sera l'origine de l'écriture. Une barque des ombres taillée dans un bloc de polystyrène et sentant le poisson frais… Un jour je me suis retrouvée en train d'écrire un truc… Un éjacula sans plaisir… Et à partir de là… Est-ce que c'est l'acte d'écrire qui vous a donné confiance vers une terra incognita ? Un lac de Butagaz dans la culotte d'une sainte… Quand je regarde parler Madame Angot, je vois d'abord des gestes avec les mains, des gestes pointus, les gestes de Pierrette, et la voix de Marie-Clotilde. Il y a tellement de "i" dans ces gestes et dans cette voix, Christine ! Du sommet du crâne aux bouts des orteils, Angot est hérissée de "i". C'est comme le cri de Rascar Capac, dans les "Sept boules de cristal", elle semble toujours traversée d'un court-circuit, elle se tient sur une chaise électrique. C'est sa manière à elle de parvenir : criiiiiiiiiiiiiier ! Elle et Laure Adler font la paire, ce sont les deux rejetons XXL de la Duras, dont le cri continue à jaillir de dessous la terre. C'est pas possiiiiiiiiiiiiiiible !!! qu'elle a l'air de gueuler, la Duras sous terre, c'est pas possible que je sois morte, mais nom de Dieu comment avez-vous pu laisser faire ça ? Alors Angot est venue. Angot a entendu le cri. Angot a décidé de le pousser, de se faire pousser par le cri enterré de la Duras, par la stridence encapsulée qui traverse le marbre : « Ah là là mais c'est bien et tout !… » Marguerite et Laure et Christine, écoutez leurs voix, regardez leurs yeux, voyez leurs mains. Mais t'es sûr mais pourquoi tu dis ça mais où mais montre-moi, quoi, où ça, mais comment, etc. Bon. Tu le répètes encore. Tu crois vraiment. Une page deux pages cinq pages. T'es sûr, etc. Et je sentais en moi. Toute ma vision de ma vie qui allait changer. Vision de la vie… Et voilà. Parvenir ! Vers là. Court-circuit du Butagaz dans la culotte. Elle s'enflamme, Pierrette. Et Marie-Clo fait les gros yeux. Écrivaines elles seront. L'écriture a déboulé comme un ouragan. Pouf Crac Tchack ! Iiiiiiiiiiiiiii avec plein de points d'exclamations. Par centaines, les points d''exclamation. Merde on a bien le droit ! Se dresser à parvenir, parvenir à se dresser : Iiiiiiiiiiiiii !!! Alors Laure elle est là aussi Laure, elle accompagne les écrivaines de sa voix d'outre-tombe, Laure, elle est bien parvenue, elle aussi, Laure, dans le fauteuil, Laure, radio-télé, parvenir, Laure, c'est possiiiiiiiiiiiiible ! Duras ça dure encore, on se branche sur le courant Duras, ça peut parvenir à durer encore, dans le cri crié de la tombe. Des femmes. Vivantes ou mortes, on ne sait plus très bien, on ne voit plus très bien la différence. C'est ça. Ce truc-là est là donc le reste n'existe plus. C'est difficiiiiiiile ! Angot, Christine, c'est le feuilleton de la liiiiiiiitérature : série des Deux Ragots made in Flore. French sociology, atelier-feuilleton. Serial-dealer pour serial-reader de sexe féminin. Ah, ya des hommes qui lisent Angot ? Des psys ? Des pompiers ? Des ministres ? Christine, je la vois assez dans Braquo, la fille aux cheveux gras dans son jean moulant qui fait la tronche. Putain ! Fuck ! En réalité, je suis sûr d'une chose : encore dix ans et la Collection Angot se lira comme on lisait la Collection Arlequin. Sous la plage les pavés et les mégots, et les bouquins de Madame Angot. Sans l'esprit de sérieux, qu'est-ce que cela donnerait ? Pas grand-chose je le crains. La drôlerie, dans ces cas-là, est chose précaire. 

samedi 22 mars 2014

Moral


De tout lui, et comme venue de plus haut que lui (peut-être à cause de ses cheveux qui, vus de là, lui faisaient une couronne blond clair), une onde émanait : une chaleur, mais douce ; une turbulence des émotions, turbulence, qui n'est pas trouble ; surtout l'attention pieuse à quelque chose de plus élevé, qui est tout près, dedans peut-être, qu'il faut communiquer, mais sans y toucher, sans y mettre du sien. Étrange sorte d'homme, me disais-je, qu'est ce pianiste-là en tout cas : si fraternel, si ailleurs pourtant : intouchable. À la source de tant d'émotions étaient un sang-froid, un maintien, moral. Ce qui touchait le plus chez lui, c'était ce désintéressement personnel. Il faisait son métier devant nous, tout simplement, qui est d'avoir commerce avec le sublime. Nécessairement, il a part à des vertus d'un autre ordre, et c'est elles qu'il est là pour annoncer, pas seulement Bach et Beethoven ; un plus haut placé lui parle, et il parle par lui ; d'ailleurs il n'est pas essentiellement quelqu'un qui parle, ni même chante : mais écoute

(«»)

vendredi 21 mars 2014

La Discussion


Albert : « On imagine toujours l'Apocalypse comme l'Événement par excellence, quelque chose qui arrive, quelque chose de soudain, de définitif, quelque chose qui clôt, qui termine, comme un épilogue. Je crois que c'est le contraire. L'Apocalypse est un processus qui a commencé il y a déjà longtemps, l'Apocalypse c'est nous, c'est l'Homme sur Terre, c'est l'aventure du genre humain, l'Apocalypse c'est le dévoilement, au cours des siècles, de l'Erreur humaine, c'est la preuve en acte que Dieu s'est trompé en nous créant. L'Apocalypse, ce n'est pas le jour d'après, c'est le jour d'avant. La Révélation précède le Monde, un monde débarrassé de l'Homme. Il faut non pas que l'Apocalypse arrive, mais que l'Apocalypse se termine, et le plus vite possible, même si ce temps n'est rien en comparaison de ce qui viendra après, mais ça, nous ne pouvons pas le comprendre, pris que nous sommes dans les plis de l'Apocalypse. 

Mais regardez donc autour de vous ! Ne voyez-vous donc pas partout, à tout moment, les preuves irréfutables que vous êtes en plein dedans ? Il suffit d'ouvrir les yeux. Elles sont tellement nombreuses, ces preuves, qu'on ne les voit plus, elles aveuglent, elles saturent le champ visuel, auditif, intellectuel, spirituel, écoutez cette langue, voyez ces comportements, regardez ces manières de s'habiller, de marcher, de conduire, lisez vos mails, regardez la télé, écoutez la radio, lisez les journaux, ouvrez un livre, écoutez les gens parler autour de vous, allez dans un supermarché, regardez un film, n'importe lequel, promenez-vous sur Facebook… Ça ne vous suffit pas ? C'est que l'Apocalypse produit en elle-même une substance qui empêche ceux qui sont pris dans ses plis de savoir qu'ils en font partie, qu'ils en sont la matière, le combustible, la possibilité même. Ils sont, nous sommes, à l'intérieur, et l'Apocalypse ne laisse voir qu'elle-même, elle clôt le regard sur lui-même en nous faisant croire que le monde est là, qu'il n'y a aucune alternative, qu'il n'existe pas de dehors à ce monde-là. 

Le paradoxe de cette Apocalypse est que plus elle se révèle pour ce qu'elle est moins on peut l'apercevoir en tant que telle. Certains signes, pourtant, risquent parfois de donner à penser, de manière un peu plus précise, un peu moins vague, alors on parle de la Crise, comme si la crise dont on parle était un accident, une déchirure dans le tissu du monde, alors que c'est au contraire l'état normal de l'Apocalypse, sa vérité qui se donne à voir, qui se précise. L'état normal de l'Apocalypse telle qu'elle nous emprisonne dans sa matière et sa tonalité n'est donc pas du tout le "retour" à un état de paix et de sérénité, mais au contraire l'approfondissement et l'aggravement infini de cette Crise qui n'en est pas une. C'est uniquement parce que les hommes ont une notion du temps qui ne leur permet pas d'appréhender la vérité qu'ils pensent être en deçà de l'Apocalypse alors qu'ils sont en train de la vivre et de la fomenter. Nous sommes en plein dans l'Accident, depuis plusieurs millénaires, mais notre perception temporelle rétrécie en fait quelque chose qui nous semble durer longtemps. Nous sommes en train de nous abîmer, mais cet accident prend seulement plus de temps que les accidents que nous sommes habitués à nommer ainsi. Nous sommes l'Abîme ! Tous les hommes, les uns sur les autres, les uns derrières les autres, tous les événements humains, toutes les guerres, tous les génocides, toutes les catastrophes, mais aussi et surtout le reste, la vie normale, quotidienne, habituelle, au long cours, le creusent et s'y précipitent, depuis la nuit des temps et l'aube de l'humanité. 

Était-ce mieux hier ? Avant-hier ? Quelle question ! Mais évidemment, puisque nous descendons vers le Gouffre en courant ! Depuis que le premier homme a ouvert les yeux, le monde ne cesse de s'acheminer vers la Catastrophe. Dieu n'est pas pressé. Mais Apocalypse il y a bien, et depuis qu'il a eu cette idée étrange de créer l'homme, et de le laisser libre. La liberté n'est que liberté de détruire. Même quand nous construisons les plus belles cathédrales, même quand nous créons les plus beaux chef-d'œuvres, même quand la Science nous promet l'immortalité (et peut-être surtout), nous sommes en train de détruire le monde, et nous-mêmes. Le Progrès est un progrès vers la Fin, plus ou moins raffiné, plus ou moins rapide, plus ou moins bruyant. Le monde n'a pas été créé pour progresser, ni même pour s'améliorer. Évolution il y a bien, en effet, mais l'évolution ne promet qu'une mort certaine et sophistiquée. Plus on avance vers l'abîme plus on s'effraie des risques d'y tomber, comme s'il était possible de différer éternellement la chute finale. L'évolution est la manière intelligente qu'à trouvée l'homme de s'adapter à la Catastrophe en cours. Oh, de l'intelligence, il n'en manque pas. Mais plus l'intelligence de l'homme croît plus sa bêtise est efficace, efficiente, active, c'est comme ça, l'une ne va pas sans l'autre, ce sont les deux faces d'une même médaille. »

Georges : « Mon pauvre Albert, tu es complètement fou ! Non mais tu t'entends ? »

Albert : « Moi non, mais vous oui. »

jeudi 20 mars 2014

En moins


Tout en bas les produits bleus. Pourquoi bleus ? Je n'en sais rien. On finit par en prendre l'habitude, ça devient un réflexe. Au moins, ça évite de se poser les éternelles questions des consommateurs avertis. Qui savent, ces consommateurs avertis, quelle marque est préférable pour tel produit et telle autre marque pour tel autre produit, sauf si, etc. Sophie était comme ça, une spécialiste. Je l'avais vexée mortellement un jour, en lui disant que sa métaphysique électroménagère ne m'intéressait pas. Pourquoi bleu, j'aimerais bien savoir. La lecture la plus déprimante ? Que Choisir

Ce soir, à la caisse, c'est un un sale moment. Un vrai sale moment, comme je crois que je n'en ai jamais vécu, ou alors j'ai oublié. Le PQ, indispensable, les pâtes, indispensables, le beurre, indispensable, l'huile, indispensable, le sucre, on hésite, mais oui, allez, et ça continue. 2, 39 euros, c'est pas grand chose, oui, mais si on ne les a pas… (À qui on va faire croire ça ?) Et, à chaque denrée que je range dans le caddie, je regarde l'écran de la caisse enregistreuse, qui affiche le sous-total, qui augmente, qui augmente, et on se dit, merde, j'aurais pas dû acheter le sucre, et pas non plus les yaourts, et peut-être que les oignons on aurait pu s'en passer, et ça grimpe encore, et on n'ose pas dire à la caissière, moins vite, mademoiselle, moins vite, laissez-moi réfléchir, il aurait fallu réfléchir à ça avant de passer à la caisse, mon pauvre, mais tu n'as pas encore les réflexes des pauvres, les saines habitudes des pauvres, qui planifient le moindre achat, qui font sans cesse des colonnes dans des cahiers, avec les plus et les moins, et qui barrent, et qui raturent, qui enlèvent, et qui peuvent alors tranquillement peser le pour et le contre, pour alléger la colonne des plus, l'alléger le plus possible. Ah, cette sensation atroce du sous-total qui continue d'augmenter, et beaucoup plus qu'on ne l'aurait cru, comment est-ce possible… Voilà, c'est fini, il n'y a plus rien sur le tapis. On est essoufflé. On a mal au dos. On a honte. La caissière est très gaie, sans doute parce que je suis son dernier client, ou presque, elle va bientôt faire sa caisse et rentrer chez elle. Elle me sourit, elle fait des blagues, elle me demande si je lui laisse ma carte bleue… Ma pauvre, si tu savais ! Et elle m'annonce le total : 53 euros ! Merde ! Mais c'est pas possible, ça. Je ne peux pas, je ne les ai pas. Mais je souris quand-même, je compose mon code comme si de rien n'était, c'est un cauchemar. Le supermarché est presque vide, et je me sens misérable, à tous les sens du terme. J'achète, moi, je suis le dernier client ? Quelle blague ! Je dépense, enfin, non, j'emprunte à ma banque. C'est fait pour ça, non ?

Je n'ai jamais été radin. Jamais. J'ai énormément de défauts mais pas celui-là. Mais comment fait-on pour ne pas être radin quand on est fauché, hein ? Non, pas "fauché", pauvre. Quand on est à cinq euros près ? Ah, si j'avais été radin ! Avant ! Avant de devenir pauvre… Ç'aurait changé quelque chose ? Je ne sais pas. Radin par nécessité, est-ce encore être radin ? Comment savoir. Humiliation. Je me souviens d'avoir eu faim, quand j'avais vingt ans. Oh, ça n'a pas duré longtemps, mais quand-même, je m'en souviens. Mais ce sentiment d'humiliation, non, je n'en ai pas le souvenir. Sourire alors qu'on sait qu'on paie avec de l'argent qu'on n'a pas. Normal. Faire comme si c'était normal. Ben quoi, je fais les courses. "Faire les courses", comme ça semblait normal, avant ! Tiens, je vais prendre un billet de Loto. Quoi, tu vas encore dépenser deux euros ? Oui, mais ça c'est pas pareil, c'est pour être riche. Ah bon, alors vas-y, achète-le, ton billet de Loto, pauvre idiot. On a toujours eu pitié de ces types qu'on voyait gratter fébrilement leur ticket de loterie, à peine sortis du bureau de tabac, eh bien, ça y est, on y est. La vérité est qu'on les méprisait, ces types-là. Ne pas confondre pitié et mépris. 

Avant, j'avais un alibi. J'avais Luna. Je devais la nourrir, coûte que coûte. Il s'agissait d'un impératif moral. Je pouvais me priver, moi, mais j'achetais les meilleures croquettes, toujours. J'ai dû faire une exception, une fois en neuf ans. Mais maintenant, quel est l'impératif moral ? Y en a plus, d'impératif moral. Je devrais me sentir libre, beaucoup plus dégagé, tranquille. D'où vient cette sourde angoisse, cette colère rentrée, cette pauvre fulminance de vieux con aigri ? Oh, on ne la montre pas ! Pas encore. Le regard se regarde, il se surveille. L'amour propre… ou sale, je ne sais pas. Le seul plaisir que je trouvais à aller faire les courses, naguère, était que toujours je me demandais ce que je pourrais bien acheter à Luna, en plus, pour lui faire plaisir, pour rompre la routine de son repas unique et quotidien. Le EN PLUS, c'était mon plaisir au supermarché, et parfois chez le boucher. 

Du EN PLUS, on est passé au EN MOINS. 

C'est impossible à faire comprendre à des gens qui ne sont pas passés par là. Impossible. Par exemple, je dis à un type à qui je dois envoyer un cadeau par la poste que je ne veux (peux) pas payer les frais de port. Il me répond que mais oui bien entendu c'est la moindre des choses. Mais tu parles, il ne comprend même pas de quoi je parle. Il ne me les rembourse pas, j'en étais sûr, et on aurait l'air de quoi de lui réclamer dix euros, hein ? Si on le fait on passe pour un affreux Thénardier, et si on ne le fait pas, on perd les dix euros qui nous auraient permis de mettre un peu d'essence dans la voiture (et on lui en veut terriblement). Situation atroce que je ne souhaite à personne. Et puis, en même temps, merde, à la fin, ils ne peuvent pas réfléchir un peu ? Non, ils ne peuvent pas. J'aurais été à leur place, j'aurais réagi pareil, j'en suis sûr. Presque. 

Mais tout n'est pas noir. À l'instant où je vous parle, je reçois par mail une invitation à venir essayer le "Tout nouvel Infiniti Q 50".

dimanche 16 mars 2014

Les bonnes nouvelles


J'apprends qu'un homme a été frappé deux fois de suite par la foudre, à quelques secondes d'intervalle. J'apprends qu'une femme de ménage italienne (ou espagnole (portugaise ?)) a jeté ce qu'elle pensait être des détritus, alors qu'il s'agissait d'une installation d'art contemporain. Il fait beau. J'ai dormi douze heures. Tout le monde parle beaucoup de l'Ukraine et de la Crimée, j'ignore absolument pourquoi. C'est très reposant de ne pas savoir. Aujourd'hui, tu aurais cent ans, exactement. Si je pouvais me transporter un siècle en arrière… La foudre par deux fois ! Il y a quand-même des petits veinards ! Esa-Pekka Salonen m'est absolument antipathique, mais je ne sais pas s'il s'agit d'une bonne nouvelle. En revanche j'ai acheté du pain, hier. Je vais pouvoir me faire des tartines au miel des Cévennes en pensant à mes rêves de la nuit. Vous est-il arrivé, dans votre vie, d'avoir de la chance ? Je veux dire une vraie chance, hein, le truc qui vraiment ne peut pas arriver et qui arrive tout de même. Le coup de foudre. Moi ça m'est arrivé. Les roses vont bientôt arriver, par dizaines, mais tu ne seras pas là. Tu ne pourras pas te coucher à l'ombre de leur énorme bouquet. Qui se souviendra de toi, quand je serai mort ? Qui jouera une petite pièce de Schumann en pensant à toi ? Il me faut l'écrire : personne. 

Ce (cette) "personne" est la bonne nouvelle. La seule vraie bonne nouvelle, sans doute. Tu as été frappée par la foudre, ce samedi matin, un peu avant midi, et toi, un peu avant neuf heures. Ça n'a fait aucun bruit. Peut-être que quelque part dans le monde, quelqu'un a frappé à la surface de l'eau, ploc, ploc, ploc, mais ce n'est même pas certain. C'était aussi un samedi matin, quand j'ai eu le coup de foudre pour toi. Ça n'a fait aucun bruit. Ni Messaouda ni Raphaële ne s'en sont aperçu, je crois bien. Il y a des musiques qui, comme le coup de foudre, ne font aucun bruit. Ce sont mes préférées. 

samedi 15 mars 2014

Vitamine B6


Simone me parlait beaucoup de l'Ukraine. Je me demandais bien pourquoi, car elle semblait tout ce qu'il y a de plus français, je veux dire, elle n'avait aucune ascendance de ce côté-là, que je sache. Elle avait les cheveux châtains, courts, et parlait du nez, d'une voix traînante que j'aimais beaucoup. Elle aimait aussi me raconter ses rêves. Il faut dire qu'elle rêvait beaucoup, en tout cas, à côté de moi, qui ne rêve jamais. Le matin, quand elle se réveillait, il ne fallait pas lui parler, car elle ne voulait pas oublier ses rêves, alors je la laissais seule dans la chambre, et elle les notait au crayon de bois dans un petit carnet qu'elle gardait dans la table de nuit. Quelques minutes plus tard, elle arrivait à la cuisine, en chemise de nuit, et s'asseyait sans un mot devant la tasse de café et le jus d'orange que j'avais disposés à sa place. « Tu veux une tartine ? » je lui demandais, et invariablement elle secouait la tête avec un demi-sourire. « Tu veux que je te raconte mon rêve ? » Qu'est-ce que je n'aurais pas donné pour y échapper ! Écoute ça, et tu me diras ce que ça signifie, elle me disait, et moi je me disais, bon sang, il faut que je trouve un moyen de la priver de vitamine B6. Quels sont les aliments qui contiennent de la vitamine B6 ? J'avais lu dans une revue scientifique que les gens qui ne rêvaient jamais, comme moi, étaient carencés en vitamine B6. « J'ai rêvé que tu vivais sous l'eau, au fond de la rivière. C'était compliqué pour avoir une vie de couple, mais en revanche tu avais la télé. D'ailleurs, chaque fois que j'allais te voir, elle était allumée, et tu ne voulais jamais l'éteindre, même quand on faisait l'amour. » J'étais en train d'étaler du miel sur ma tartine. Je ne sais pas pourquoi, je fixais ce miel et le couteau, et je n'osais pas la regarder. Je me suis dit : « Si en plus tu te sens coupable des choses que tu fais ou ne fais pas dans ses rêves, mon pauvre vieux… » D'autant plus qu'on n'avait pas la télé ! « Ta mère flottait à la surface de l'eau, et quand elle voulait t'appeler, elle donnait des coups sur l'eau avec sa main à plat. Ça faisait ploc, ploc, ploc. » Là je l'ai regardée, je ne pouvais pas continuer à fixer ma tartine. Alors j'ai posé le couteau, et j'ai commencé à croquer dans ma tartine en essayant de lire sur son visage. Je voulais savoir s'il y avait un reproche sous-jacent dans ce qu'elle me racontait, mais elle éclata de rire et me dit : « Mon pauvre chéri, je t'ennuie avec mes rêves, hein ! » et elle a porté son café à ses lèvres en fermant les yeux. 

Même des meilleures choses…


Regardant un déjà ancien reportage sur Alain Finkiekraut, ce matin, je tombe sur cette scène extraordinaire où on le voit marcher le long d'un canal, à Paris, en dialoguant avec la réalisatrice du film. Il marche, tête baissée, en parlant de son enfance et de ses parents, et tout à coup on entend des vociférations qui proviennent de l'autre rive. Il s'arrête, tend l'oreille… Il n'est pas certain de bien comprendre ce qui se passe et demande à son interlocutrice de lui faire part de ce qu'elle a entendu. « Il m'insulte, c'est ça ? Il m'a reconnu ? » Le type en question s'est mis à hurler : « Jette-toi dans le canal, Finkiel ! Meeeeeeerde ! » Finkiel reste un moment sans voix, se remet à marcher, les mains derrière le dos, en souriant : « Ah vraiment ? Il m'a appelé par mon nom ? » Puis il se retourne vers l'imprécateur, reste un moment immobile en le regardant. Il le regarde marcher. « C'est extraordinaire, car il reprend sa marche débonnaire, comme si de rien n'était ! » Puis il ajoute : « Et normalement, je devrais juste aller lui casser la figure… » Il recommence à marcher, les mains toujours dans le dos : « Bon. Ne nous laissons pas distraire. » Cette scène est extraordinaire à tout point de vue. Lui qui parle sans cesse de la "poubelle Internet", où se déversent insultes et imprécations, dans l'anonymat le plus général, dans cette sorte de dévaluation consternante de la parole, il est confronté, sur les bords d'un canal tout ce qu'il y a de plus réel, à une scène qu'on dirait avoir été écrite sur mesure pour lui, qui a publié en 2000 un livre intitulé "Une voix vient de l'autre rive". Mais il a remarqué que le type de l'autre rive avait « repris sa marche comme si de rien n'était »… L'insulte a beau avoir été proférée "dans le monde réel", elle a un caractère complètement irréel, virtuel, qui prête à sourire. « Normalement, je devrais juste aller lui casser la figure. » Mais justement, ces insultes ne sont pas "normales", elles sont jetées là comme on clique sur un lien, pour voir ce qu'il y a derrière… Il le sent bien. Entre son imprécateur et lui, un canal, de l'eau qui coule, tranquillement, comme si de rien n'était… Les insultes ne changent rien au paysage, rien du tout. Recueillir les voix qui proviennent de l'autre rive ? Peut-être pas toutes, quand-même… Les chiens aboient, Finkiel passe… L'imparfait du présent, c'est ici et maintenant, à Paris, le long d'un canal. On a vraiment le sentiment que ce crétin a fait présent à Finkielkraut de ses insultes, comme il lui aurait rendu hommage, comme un nouveau-né fait présent à ses parents de son petit caca. Ensuite la vie reprend ses droits. Au moment où Alain Finkielkraut dit : « Ne nous laissons pas distraire. », on voit une belle photographie de lui entre ses parents. Ils sont assis, tous les trois en maillot de bain, les bras des parents sur les épaules du petit garçon d'une dizaine d'années. Ils regardent l'objectif. Lui est souriant, il a la tête un peu penchée sur la gauche, il a la main sur le genou de sa mère. Puis on entend la voix de son ami André Dussolier. « Signe particulier : Maman. »


Il m'arrive encore d'écouter "Répliques", l'émission de "Fink". Il m'arrive encore d'essayer d'écouter "Répliques", ou plutôt d'avoir envie d'écouter "Répliques". Mais il est très rare que j'arrive à le faire. Pourtant ça n'a jamais été aussi facile, avec le système du podcast, alors que j'ai écouté cette émission durant des années, en étant près d'un poste de radio à 9h10 le samedi matin et parfois en demandant qu'on me l'enregistre sur cassettes. C'est toujours un peu le même cas de figure : plus une chose est facile à réaliser, moins on la réalise, alors qu'on a toujours rêvé qu'elle soit (plus) facile à réaliser. 

Mais ce n'est pas tant la facilité avec laquelle on peut désormais écouter cette émission de radio qui m'en a éloigné. Ce qui m'en a éloigné, ce qui m'en éloigne de plus en plus est la musique utilisée pour son générique, la première variation des Goldberg, jouée par Gould dans la version studio de 1981. J'ai d'abord trouvé l'idée excellente, et puis, pour une fois qu'on entendait de la bonne musique en guise de "jingle", on n'allait tout de même pas se plaindre ! L'idée d'utiliser les Goldberg comme illustration sonore de "Répliques" était bonne, très bonne, même, car les Variations Goldberg sont une œuvre dans laquelle le chiffre 3 est nettement à l'honneur (connaissant Bach, rien de surprenant à ça). Elles sont comme chacun sait constituées de dix groupes de 3 variations (entourés de deux arias), dont chaque groupe se termine par un canon (du canon à l'unisson (3/3) au canon à la neuvième (3x3)), les mesures à 3 temps y sont plus nombreuses que les autres, et l'écriture est souvent à 3 voix. Pour une émission où l'on dialogue, le chiffre 3 me paraît tout indiqué, car on sait bien qu'un vrai dialogue a besoin d'une troisième figure (personne présente ou absente) pour fonctionner véritablement. D'autre part, dans l'organisation des Variations Goldberg, il s'établit comme un balancement entre le chiffre 2 et le chiffre 3. (Finkielkraut est le "saint esprit" de la trinité radiophonique qu'il met en scène chaque samedi sur France-Culture.) Elles sont également organisées en 2 groupes de quinze, avec 2 fois le même aria, qui ouvre et clôt l'œuvre, lui conférant cette circularité si particulière (ce qu'a merveilleusement mis en lumière Glenn Gould, dans sa vie même, et dans sa chair, en commençant et en terminant sa vie discographique par cette même œuvre). On pourrait presque dire que les Goldberg n'ont ni commencement ni fin, tout comme la conversation avec les livres (ou avec les amis) n'a pas de fin. Le contrepoint est bien une conversation, ce sont des voix qui dialoguent entre elles, qui sont parfois deux, parfois trois, parfois quatre, et qui reviennent inlassablement à l'air, au thème, à la basse, à la base, le creusent et le nourrissent à la fois de leur commentaires infinis, comme les juifs savent si bien le faire. Il y a un ground, un socle, quelque chose à quoi l'on revient sans cesse, dont on se rapproche après s'en être éloigné, en un mouvement de spirale et de respiration, comme dans la chaconne, comme dans la passacaille, qui signifie "passer dans la rue"…

Il est troublant que cette œuvre m'ait à la fois attiré à Répliques et qu'elle m'en ait ensuite éloigné. J'ai beaucoup de mal à supporter encore, semaine après semaine, d'entendre cette première variation, toujours jouée par Glenn Gould et toujours dans la même version de 1981, répétition qui lui a conféré au fil du temps une dureté de granit (la variation qu'il a choisi étant l'une des plus instrumentales et des plus "carrées") proprement exaspérante, encore amplifiée par l'articulation impitoyable de Gould. On me dira que je n'ai qu'à attendre la fin du chapeau pour commencer à écouter l'émission. Sans doute, mais le mal est fait. Même si je ne l'entends pas réellement, cette musique est présente, elle continue de colorer la parole des invités, et surtout celle du meneur de jeu, dont la voix même me semble s'être transformée, au fil des années, pour se conformer à cette lancinante toccata. 

Jamais content ! Quand les indicatifs radiophoniques sont bricolés avec de la merde (et c'est 95 % des cas), je ne les supporte pas, et quand ils sont faits avec la plus belle musique qui soit, je ne les supporte pas non plus. Je ne tiens évidemment pas rigueur à Alain Finkielkraut pour le choix, encore une fois très judicieux, de cette musique, mais, comme me le disait Tante Glyne : « On se lasse de tout, même des meilleures choses, mon Fifi ! »

Nous avons souvent écouté "Répliques", avec ma mère, qui avait une grande admiration pour Finkielkraut. Depuis qu'elle est morte, en 2003, je n'écoute plus vraiment, ou alors très exceptionnellement, cette émission. Il m'aura fallu du temps pour voir que les choses étaient concomitantes. 

vendredi 14 mars 2014

Sopranos


Ah, les sopranos ! Les sopranos, les sopranos, les sopranos… Je suis capable de passer de journées entières à les regarder, à les écouter, et à les regarder encore. Les grosses, les maigres, les fines, les grasses, les énormes, les légères, les lourdes, les belles, les moches, les sexy, les monuments, les grandes, les toutes petites, les vulgaires et les classieuses, les nobles et les ignobles, les intelligentes et les idiotes, les brunes et les blondes, les blanches et les noires, les rousses, les Russes et les Néo-Zélandaises, les Texanes… Toute la gamme, des coloratures aux mezzos, les légers, les lyriques, les dramatiques, en passant par les Falcon et les wagnériens. Kiri Te Kanawa est l'une des plus belles, et qui reste merveilleusement belle encore aujourd'hui (c'est peut-être la seule à devenir de plus en plus belle au fur et à mesure qu'elle vieillit). Comme beaucoup, je ne l'oublierai jamais dans l'Elvira de Losey. Tout est venu par Callas évidemment, qu'on a entendue encore enfant, et redécouverte dans Carmen un peu plus tard, alors qu'on repeignait le portail de la maison familiale, l'après-midi, en été. Victoria de Los Angeles, Lotte Lehmann, Christa Ludwig, Rita Streich, Berganza, Caballé, Suzanne Danco, Lisa Della Casa, Flagstad, Leyla Gencer, Elisabeth Grümmer, Astrid Varnay, Tebaldi, Crespin, Gundula Janowitz, Renée Fleming, Mirella Freni, Sena Jurinac, Edita Gruberova, Pilar Lorengar, Janine Micheau, Birgit Nilsson, Lucia Popp, Leontyne Price, Mado Robin, Julia Varady, Leonie Rysanek, Jessie Norman, Barbara Hendricks, Renata Scotto, Elisabeth Söderström, Kathleen Battle, Teresa Stich-Randall, Joan Sutherland, Cecilia Bartoli, Anna Netrebko, Anne-Sofie von Otter, Irmgard Seefried, Angela Georghiu, et Schwarzkopf bien sûr… Vous imaginez, toutes ces femmes…! Toutes ces voix… Une quarantaine de noms, de noms et de visages associés à des voix, à des corps vibrants et chantants, mais aussi murmurants… J'en oublie quelques unes, je sais. Quelques unes involontairement, et quelques unes volontairement… Mais peu importe. Imaginez-les toutes, toutes celles que je viens de nommer, imaginez-les toutes, vivantes, vibrantes, là, chez vous, dans votre salon, en train de discuter entre elles, un verre à la main. Schwarzkopf étant définitivement à part, je crois que je ferais un sort à Angela Georghiu, dont le timbre me procure une sorte d'ivresse unique, que je ne saurais expliquer. Tebaldi, Callas, Sutherland, dans un coin, et Schwarzkopf qui les observe du coin de l'œil, pendant que Seefried lui raconte qu'elle a écouté Otter dans Berlioz, mais le rire de Lucia Popp vient crever les bulles du champagne. La Bartoli ne sait pas trop comment se tenir et se rue sur les petits fours tandis que Jessie Norman et Monserrat Caballé se jaugent d'un coin du salon à l'autre, incrustées dans des fauteuils profonds comme des tombeaux. Fleming pose ses yeux lourds sur l'assistance et reste étrangement silencieuse. Hendricks passe d'un groupe à l'autre, très à l'aise, dit à Netrebko qu'elle est encore plus ravissante que sur scène, puis va embrasser Leontyne avec une émotion non feinte. Je trouve que Lisa della Casa a un air de famille avec Georghiu, ça ne m'étonne pas, mais elle est encore plus belle. Elisabeth Schwarzkopf fait signe à Janine et à Gundula de venir les rejoindre, et… On sonne à la porte !

« Surtout n'allez pas ouvrir ! » me dit Kiri Te Kanawa en mettant sa main sur mon épaule… Je regarde par la fenêtre, et je ne vois que la mer, à perte de vue !

jeudi 13 mars 2014

L'Odeur


Je suis chez ma copine Nicole. Elle m'a offert un café avec une part de gâteau qu'elle a fait elle-même. Elle fume une de ces très fines et longues cigarettes qui m'énervent un peu. Je profite de ce moment pour lui raconter. J'étais déjà assise depuis trois minutes quand ce type est venu s'installer à côté de moi. Énorme. Il a eu du mal à passer son derrière entre les accoudoirs ; j'ai même vu le moment où il devrait renoncer et aller s'installer ailleurs, mais où ? Alors à peine le cul à côté du mien, il se met à souffler, tu vois, comme s'il se remettait d'un effort important. Mais il avait fait que s'asseoir. Bon, j'essaie de ne pas faire attention, je consulte le programme, enfin, je me mets à l'aise. Quand-même, je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il est rudement bien sapé, on voyait tout de suite que le costard avait dû lui coûter un max. Le type il arrêtait pas de souffler, et je me suis dit que s'il continuait comme ça, ça allait me gâcher le concert. Quand la lumière s'éteint, je le sens qui se relâche un peu, et du coup c'est comme s'il prenait encore plus de place ; je l'entends qui souffle encore, mais c'est plus paisible, et je vois qu'il a étendu ses jambes. Nicole se lime les ongles pendant que je lui parle, elle a sa clope aux lèvres, je me demande si mon histoire l'intéresse ou bien si elle pense à autre chose. Les musiciens s'accordent, j'essaie de repérer Arnold, j'oublie un peu le gros. Mais quand le chef entre et qu'on se met à applaudir, c'est là que je sens l'odeur. Nicole lève le nez, et elle reprend du café. « T'en veux d'autre ? » Non, je continue mon histoire. « Quelle odeur ? » elle me fait. Justement, c'est ça le truc. Je n'arrivais pas à savoir ce que c'était. Je distinguais évidemment l'eau de toilette du gros, et quand-même par là-dessus un peu de transpiration, mais il y avait autre chose, et ça me tracassait. Nicole pose sa lime et écrase sa cigarette dans le cendrier. « Bouge pas, je vais faire pipi. » Je regarde par la fenêtre, je vois un type en maillot de corps, en face, accoudé à son balcon, qui regarde dans notre direction. « Tu t'es acheté un nouveau tableau ? » que je lui dis, mais en fait je m'en moque un peu. Elle tire la chasse : « Qu'est-ce t'as dit ? » Elle revient s'asseoir et s'allume une autre cigarette. « Tiens, donne-m'en une aussi. » En allumant la clope, je me demande si je continue mon histoire. « Ben alors ? » qu'elle me fait, comme si ça la passionnait absolument. Alors, je lui dis, pour l'odeur, mais en parlant je me dis mais de quoi je suis en train de parler, Bon Dieu, j'en sais rien moi-même. J'ai un grand pif qui m'a souvent joué des tours, et souvent je sens des choses que les autres ne sentent pas. « Oui, une odeur on va dire qui ressemblait à rien, voilà. » Elle a l'air déçue. « Mais tu veux dire quoi, qu'il sentait mauvais ? » Non, non, que je lui dis, c'est pas ça, je peux pas dire ça. Une odeur qui m'inquiétait, voilà, ce serait plus ça, une odeur qui m'avertissait, mais de quoi, et dire ça, j'aurais eu l'air d'une folle bien sûr. Dans la pénombre, j'ai jeté un œil sur les mains du type, qui pendaient des accoudoirs, comme deux morceaux de viande inertes. Ces mains m'ont fait peur. Et à ce moment-là, je me suis dit, c'est ça, ça sent le sang frais. Mais maintenant que j'y repense, là, chez Nicole, je me dis que c'est n'importe quoi. 

Dans un moment où la musique fait une pause, je me dis, tiens, c'est bizarre, je l'entends plus souffler. Enfin, c'est pas vraiment que je me dis ça, mais tu vois, y a comme quelque chose qui m'inquiète, mais je n'ose pas le regarder. Ça doit être qu'il est concentré sur la musique, que je me dis. Et l'odeur qui me revient dans les narines, mais l'adagio continue, j'essaie vraiment d'écouter, alors je concentre mon attention sur Arnold et sur sa voisine de pupitre, une nouvelle. On voit qu'elle n'est pas tranquille, c'est Arnold qui tourne les pages. Tu sais comme j'aime Bruckner ! Et surtout cette symphonie là, la Septième, alors je ne veux pas que le gros me gâche mon concert. Quand je vais écouter du Bruckner, je pense "mon orchidée empoisonnée"… C'est entêtant, comme un parfum lourd, qui étourdit. Et tu sais, le passage où il répète je sais plus combien de fois sol la si, sol la si, sol la si, aux cuivres, tu vois, après toutes les modulations, eh bien à la fin de ce passage, je sens la tête du gros qui me tombe sur l'épaule… Je me dis, c'est pas vrai, ce con s'est endormi, mais comment peut-on s'endormir quand on écoute Bruckner, j'ai vraiment pas de bol, moi ! Nicole se met à rire alors je l'arrête tout de suite : « Il était mort ! »

mercredi 12 mars 2014

Mettre toute la vaisselle sur la table


Il faut entendre le Duke annoncer « Sam Woodyard », son batteur, il faut entendre toute la gourmandise sonore qu'il met dans ces quelques syllabes, pour comprendre ce qu'est le plaisir dans la musique. Sam Woodyard n'a jamais eu de professeur, dans sa vie de musicien. C'est Clark Terry, assis près de lui, qui lui expliquait les morceaux, au fur et à mesure qu'ils les jouaient avec Ellignton. « Gaffe-moi ça, tout le monde va essayer de se débrouiller… » Sam Woodyard va apprendre la batterie en accompagnant l'orgue de Milt Buckner, c'est une très bonne école, d'accompagner un organiste, pour un batteur, quand il s'agit d'entrer dans un big-band. Pousser un organiste, c'est un peu comparable à pousser les quatorze musiciens d'un big-band, quand on est de la section rythmique. Sam n'est pas un bon lecteur, mais il possède une excellente oreille et une bonne mémoire. Mais surtout, il met tout son cœur à jouer pour l'orchestre, pas pour lui. Depuis le début, il a toujours fait ainsi, en pensant à l'orchestre avant de penser à lui, à la batterie. Duke Ellington avait le don très sûr de savoir recruter les musiciens qui étaient à leur place, dans l'orchestre, en plus d'être les meilleurs. Johnny Hodges, Cootie Williams, Ben Webster, Ray Nance, Jimmy Hamilton, Sonny Greer, Cat Anderson, Russell Procope, Paul Gonsalves, Clark Terry, Aaron Bell, etc., ce ne sont pas seulement de merveilleux instrumentistes, ce sont aussi et peut-être surtout de fantastiques musiciens d'orchestre. 

Un jour que Billy Strayhorn demandait, lors d'une séance d'enregistrement : « Où est ma partition ? » Sam (qui n'en avait jamais) enchaîna : « Et la mienne ? » À quoi, Tom Whaley (copiste) répondit en lui faisant passer une feuille de papier sur laquelle était inscrit un simple "P", qui pouvait signifier : « Sois Personnel. » Ou bien : « Sois Prêt. » ou encore : « Sois Présent. » Duke avait une expression particulièrement destinée à son batteur, qui tenait lieu de partition et de grand P : « Mets toute la vaisselle sur la table ! », qui est une très vieille expression du Sud. C'est ce qu'a fait Ellington toute sa vie, de mettre toute la vaisselle sur la table, même si son menu était par ailleurs très rigoureux : jus de pamplemousse, steak et salade. Un homme qui avait lu quatre fois la Bible en entier, qui avait pris un grand plaisir à converser avec la reine Elizabeth, qui avait peur d'être "empoisonné par l'air pur", et qui ne se déplaçait jamais sans sa trousse médicale portant l'inscription : "Dr E.K.E." (Docteur Edward Kennedy Ellington). En plein milieu d'une répétition, il pouvait réclamer à son médecin et ami Arthur Logan qu'il lui prenne le pouls. « On ne sait jamais comment on se porte avant d'avoir pris l'avis de son médecin. » Évidemment, la meilleure manière de savoir comment il se porte est encore pour Duke Ellington de mettre toute la vaisselle sur la table, en compagnie de ses musiciens. 

mardi 11 mars 2014

Pensons déjà à l'après fin du monde !



À l'UMP, Grand-Colon et Petit-Flipé sont d'accord pour ne pas être d'accord. C'est déjà immense. Depardieu je l'embrasse sur les deux joues. À cinquante et un pour cent d'impôt, si j'étais riche, je me tirerais de ce pays de tartuffes. De toute façon être français de nos jours devrait consister essentiellement à se barrer d'ici. J'hésite entre les USA et l'Albanie, mais en fait j'irais direct en Suisse, la Suisse qui est mon vrai pays. La Suisse allemande. Et je désapprendrai le français. Seul à la montagne, sans téléphone, sans Internet, avec une vache, un chien, une chèvre, et une vallée qui me sépare de mes plus proches voisins. Je ne peux pas croire que François Hollande finisse son mandat. Impossible. Ou alors c'est vraiment que les Français ont assassiné Dieu. J'avais déjà un vague soupçon… Les cons seraient certainement d'accord si on mettait son existence aux voix (je parle de Dieu, pas de l'autre à qui on a dit qu'il était président). Un peu comme ces abrutis qui se réveillent un beau matin, le cul encore fumeux, ou fumant, et, à peine assis sur leur matelas, se grattent la tête en s'exclamant : « Eureka ! Je sais : après la mort, rien n'existe, on est mort ! »  Ce matin, je rêvais que j'étais en compagnie d'une jeune fille très jeune, très belle, très intelligente, bandante comme je peux pas vous dire. On était dans un bar. Je me lève pour aller pisser, et, en arrivant aux chiottes, je me vois dans une glace : Merde, je ne me suis pas reconnu. Le look gothique, et vingt-cinq ans de moins, des cheveux longs, noirs, les sourcils teints. Quand je suis revenu à la table que je venais de quitter, c'était Laurence Parisot qui sirotait un lait-fraise en fumant des Pall Mall rouges. Ne plus jamais dire un mot en français, voilà mon rêve. Je lirais Proust en m'extasiant sur cette langue étrange, et barbare, mais quand-même pas Annie Ernaux ou Juan Asensio. Too much ! Je regarderais BHL à la télé, sans le comprendre, et je le trouverais gothique, lui aussi. Je n'ai jamais rien lu d'aussi drôle que : « Parce qu’il préfère le "ça" du bistrot au "cela" qu’aurait employé n’importe quelle plume de la NRF ou du Mercure de France, on croit que le reste est à l’avenant. Et donc qu’il a tout naturellement utilisé "commencé" plutôt que son synonyme "débuté", qui sans être pédant, est d’un registre un poil plus soutenu. » C'est Grégoire Leménager qui écrit ça dans le Nouvel Obs. Grégoire, écoute-moi, mon petit, écoute le vieux qui te parle avec compassion et désintéressement. Achète-toi un jeu video pour Noël mais laisse tomber la littérature. Elle ne t'en voudra même pas. De toute façon, toute flippée qu'elle est, elle ne s'en rendra pas compte. 

lundi 10 mars 2014

Sérénade interrompue (ou l'Amour au brusque visage)


Tu étais la seule interlocutrice de ma vie. La seule. Toi partie, il ne reste rien. Rien du tout. Absolument rien. Déjà, en juillet 2003, j'avais connu une interruption de ce genre. C'est affreux, quand les rares avec lesquels on a un dialogue meurent. Avec toi, c'était encore mieux. Tu n'es pas restée longtemps. Et je sais, de manière certaine, qu'il n'y aura plus d'autre interlocuteur. Jamais. Il reste bien sûr la solution de parler tout seul, mais je crois savoir que cette aubaine, pour laquelle j'ai quelques dispositions, se tarit assez vite, quand ce dialogue n'est pas relayé par un autre dialogue, réel celui-là. Ç'avait fait rire, quand j'avais parlé ici-même d'orphelin absolu. Les crétins, quoi qu'on dise, ça les fait rire. Ça ne les intéresse jamais d'écouter, les crétins. Ils savent déjà. La seule occupation du crétin est de tisser du lien, du lien aval, du lien amont, du lien horizontal, du lien vertical (quoi que déjà beaucoup moins), du lien oblique, enfin du lien, n'importe quoi, mais quelque chose qui le relie à un autre crétin. Ne pas rester seul, c'est l'unique obsession, c'est le but caché mais agissant de la vie. Pour ça, tout est bon, absolument tout. La musique, la politique, la bouffe, le tout à l'égout, les safaris, la peinture, le tricot, la pornographie, les courses de F1, les courses à Auchan. Le crétin est doué pour tout, sauf pour rester seul. J'ai fait des progrès, c'est indéniable, mais ça ne suffit pas. 

Ah oui, la littérature ! Laissez-moi rire. Ça n'intéresse personne, absolument personne. Ils mentent tous comme des arracheurs de dents. C'est comme tirer un coup, ça permet de mieux dormir après. Cette nuit j'avais tellement mal au dos que je ne pouvais même pas me lever pour aller pisser. Phrase sans virgule. La ponctuation comme une dose de cocaïne. Parfois comme une colique néphrétique. 

Tout à l'heure, dans le bain, je t'appelais : Allez, viens, pousse la porte, n'aie pas peur, viens. Rien ne s'est produit. T'es sourde ou quoi ? 

L'autre, elle me demande : qu'est-ce tu lis en ce moment ? Et ta sœur ! Je comprends rien à ce qu'elle me raconte. On dirait qu'elle parle avec un oreiller sur la bouche. Mais je comprends que je suis déjà dans un autre monde. La transmission n'est pas excellente ! Qu'est-ce que ça peut te foutre, ce que je lis ? Et d'abord, je ne lis pas, je ne lis jamais. On n'a pas que ça à foutre, quand on est mort.

Mais alors, t'as pissé au lit ?

***

Je suis au lit, encore, je baille à m'en décrocher la mâchoire, comme on dit, et j'entends Luna, je m'entends paraphraser Luna, avec cette montée dans l'aigu si caractéristique qui terminait ses bâillements.

Comment ça se passe, là-bas, de l'autre côté du monde ? Es-tu plus heureuse qu'avec moi — et je le souhaite de tout mon cœur —, sais-tu encore qui je suis, qui tu as été ? Reste-t-il quelque chose du bref passage sur terre, quand on est au-delà, ou bien cette farce est-elle dissipée à jamais ? C'est la question qui me taraude depuis toujours. Il y a là une contradiction gigantesque, dont je m'étonne que peu l'aperçoivent. Prenons un exemple tout simple. Ma mère aimait plus que tout les Roses d'Ispahan, de Fauré, et aimait que nous l'écoutions ensemble, par Michel Dalberto, que nous étions allés écouter en récital à Annecy, et Barbara Hendricks. L'amour de cette mélodie là ne peut pas être séparé de l'amour qu'elle éprouvait pour moi, amour partagé, faut-il l'écrire. Quand la mort survient, nous nous consolons en pensant que ceux qui nous ont quittés restent les mêmes, qu'ils persistent dans leur être, au-delà de la vie. Morts peut-être, mais morts tels que nous les souhaitons. Seulement, si la mort n'est pas la fin de tout, ceux que nous abandonnons au seuil de ce mystère continuent, en toute logique, leur trajectoire (et peut-être leur "vie"), même si elle nous est momentanément cachée. Ils peuvent donc changer. Ils nous ont aimés durant leur vie terrestre, soit, mais qu'est-ce qui nous prouve qu'ils continueront à nous aimer dans la mort ? Si, comme je le crois, ils sont dans la lumière de Dieu et ont hérité de sa sagesse, s'ils lisent en nous comme à livre ouvert, comment pourraient-ils continuer à nous aimer, alors que se sont dissipés les brumes et les mensonges et les bassesses, mais surtout la terrible myopie des humains ? Cela semble impossible. Qui pourrait, en toute conscience, dire de lui-même qu'il est aimable, s'il accepte d'être transpercé de vérité ? Il faudrait être fou — ou complètement innocent, ce qui revient au même. Je l'ai aimée, certes, je les ai aimées, mais est-ce suffisant pour être aimable, pour être digne d'amour ? Certainement pas. Un être omniscient ne peut pas aimer un humain, ou alors il faut supposer qu'il le fait quand-même, malgré ce qu'il sait, ce qu'il voit, il faut admettre qu'il entre dans cet amour là une déraison (ou une raison) supérieure, qu'on ne peut comprendre avec notre conscience humaine. Donc, ma mère morte aimerait toujours les Roses d'Ispahan, de la même manière qu'elle m'aimerait toujours (et ce toujours prend bien sûr un sens particulier, ici). Luna m'aimerait toujours (et peut-être mieux, tant qu'on y est). Moi je les aime toujours, mais on voit que ce toujours n'a pas le même sens, ne peut pas avoir le même sens, malgré que j'en ai. Pourtant, et c'est le paradoxe, mon toujours à moi est très bref ; il a donc peu de chance d'être remis en question (on peut compter sur moi pour que je m'y oppose de toutes mes forces). Le leur, de "toujours", est le vrai toujours, puisque sa durée est infinie, et si l'on part du principe que "la vie" (ou du moins une trajectoire) continue après la mort (mais elle continue autrement), alors cet infini toujours ne peut plus exclure le changement, la transformation, l'impermanence, bien que cette impernanence là se situe dans le lieu-même de l'éternel, ce qui est tout de même une fichue contradiction. La seule manière de résoudre cette contradiction consiste à essayer de penser que le Temps n'est plus, dès qu'on quitte la route humaine, mais c'est une chose dont je me sens tout à fait incapable, du moins pour l'instant. La Mort et la Résurrection, ce n'est pas la fin des temps, mais la fin du Temps, comme l'avait pressenti Olivier Messiaen dans son merveilleux quatuor, sans doute sa plus belle œuvre. La mort serait donc ce seuil qui nous fait sortir du Temps pour entrer dans la Résurrection permanente du non-temps.  Impossible d'être mort si le Temps n'existe plus car c'est le Temps qui tue.

On sait que La Recherche commence et finit par ce mot de "temps". Les écrivains ont toujours été fascinés par ce problème insoluble, ils ont toujours cherché dans cette direction. Vainement. Pas tout à fait vainement peut-être, mais sans jamais réussir à trouver la sortie, le seuil. Ils sont restés enfermés à l'intérieur du problème, qui reste un problème, même paré de toutes les magnificences de l'intelligence et du style, et de la grâce. Seule la musique a la solution, même si elle ne sait pas l'expliciter, même si l'on ne sait pas traduire ce qu'elle nous dit, ou plutôt si ce qu'elle nous "dit" fait partie de ces intraduisibles qui précisément nous sauvent de la malédiction humaine : la parole.

Demain, demain, quand l'Amour 
Au brusque visage
S'abattra comme un vautour
Sur mon cœur sauvage…

(en écoutant l'andante quasi allegretto, deuxième mouvement de la quatrième symphonie en mi bémol majeur d'Anton Bruckner, par les Berliner Philharmoniker, dirigés par Eugen Jochum)

dimanche 9 mars 2014

Ma préparatrice se shoote au tétraplégique !


Et voilà, ça continue ! Ils ont supprimé le Myolastan ! Abrutis, gougnafiers, têtes de lard, thénardiers, malfaisants ! Je ne sais pas ce que j'ai, mais il suffit qu'un médicament me soit prescrit pour qu'on le supprime séance tenante ! Veulent pas que je me soigne, les enflures ! J'ai déjà connu ça avec le Vioxx, qui était le seul anti-inflammatoire qui marchait bien. Ensuite il y a eu le Di-Antalvic. Heureusement, j'en avais acheté cinquante boîtes juste avant sa disparition. Viscéralgine, pareil ! Il y en a eu d'autres dont j'ai oublié les noms et l'usage, vous pouvez me croire sur parole. À croire que quelqu'un me surveille ; si un médicament me fait du bien : Paf, interdit ! Je demande à la préparatrice pourquoi le Myolastan (qu'elle appelle le tétrazépam, évidemment) a été interdit. Elle me répond que les toxicos l'utilisaient pour se shooter ! Alors ça c'est la meilleure de l'année ! Mais alors, Nicole, va falloir interdire beaucoup de choses, t'es au courant ? Les coûteaux, les ciseaux, les cutters, la morphine, et même les sièges des chiottes. Pourquoi ? Eh bien rien n'empêche le taré de service de le démonter et de vous le balancer sur la tronche depuis sa fenêtre, quand il s'ennuie ! Il va falloir aussi penser à construire des voitures en chewing-gum ou en coton hydrophile, pour qu'un chauffard furieux ne puisse pas vous faire de mal en cherchant à vous passer sur le corps ! Et les assiettes que les époux s'envoient à la tête à la moindre dispute du dimanche soir, il faudra dorénavant remplacer la porcelaine de Limoges par du carton, et encore, pas trop dur, le carton, parce que c'est vicieux, un époux en colère. Maintenant que j'y pense, le Myolastan, ça fait déjà un moment qu'il avait été supprimé, puisque médecins et pharmaciens, dans un bel et euphonique ensemble, avaient décidé de ne l'appeler plus que par le nom de sa "molécule", le tétrazépam. Il faut que je pense à me renseigner sur ce qui constitue le pain au niveau moléculaire, car la semaine prochaine, il est fort possible que cette denrée soit désignée par le nom des molécules que ces vicelards de boulangers nous forcent à ingurgiter sans que nous nous en doutions.

Mais tout ça m'a donné soif, je vais aller m'envoyer un verre d'H2O bien frappé ! 

samedi 8 mars 2014

Pauvre Tavernier


Hier-soir j'ai regardé Quai d'Orsay, le dernier film de cette grosse baderne de Tavernier. Il se confirme que ce type est l'un des plus mauvais cinéastes qu'on ait connus depuis très longtemps, en plus d'être un prétentieux bouffon qui se prend pour un intellectuel. N'importe quelle série américaine est mille fois supérieure à ce film idiot. L'avantage de ce genre de navets est qu'ils étalent avec une netteté implacable les pauvres tics et les faiblesses insignes de ces fameux acteurs français (je ne sauverai que Niels Arestrup) que soi-disant le monde nous envie. Tout ce que la France a de plus ridicule, de bouffi, de farcesque, mais surtout de conforme (aux sacro-saintes valeurs humanistes qui nous viendraient des Lumières et devant lesquelles il conviendrait de se prosterner cinq fois par jour) à l'air du temps est caricaturalement aligné ici, catalogue terriblement poussif mais impitoyable qui nous révèle la bêtise contemporaine avec une cruauté magistrale. Comme toujours, dans le cinéma français d'aujourd'hui, celui-ci parle tout seul, je veux dire qu'il dit bien autre chose que ce que croient lui faire dire ces cinéastes qui ne sont que des tâcherons idéologues ne maîtrisant même pas les armes qu'on leur confie, bien qu'ils se répandent à longueur de journaux et télés sur leurs formidables jouets, sur ces merveilleux jouets qui leur évitent, croient-ils, d'avoir à penser, ne serait-ce qu'un peu. Mais finalement, il suffit de noter les noms des acteurs principaux de ce triste pensum pour y voir clair : Thierry Lhermitte en ministre des Affaires étrangères qui ne lit qu'un seul auteur : Héraclite ! On se pince très fort mais on continue à dormir. Comme par hasard, Julie Gayet et Jane Birkin sont de la partie, et le générique de fin est émaillé d'un "bêtisier", ce qui suffirait largement à connaître l'essentiel de ce film sans l'avoir regardé. J'aurais dû m'appliquer ces bons conseils. 

Pauvre Tavernier. Entre Autour de minuitDans la brume électrique, et Quai d'Orsay, s'il possédait ne serait-ce qu'un peu d'amour propre, il brûlerait ses films, pour qu'on ne puisse pas en garder trop longtemps le souvenir consterné. 

vendredi 7 mars 2014

Shéhérézade (3)


Alors voilà. Tout à coup, je me dis : Shéhérazade, c'est aussi ce type qui marche sur un câble entre les deux tours de Manhattan, en 1974. J'entends le cor anglais, en le revoyant, son balancier dans les bras. Être à la pointe du monde, là où l'on est seul. C'est ça, Shéhérazade. Ça n'a rien à voir avec un exploit, bien sûr. C'est pour cette raison que ce genre de choses est absolument incompréhensible de nos jours. Si Petit (il se nomme Petit, ça ne s'invente pas !) marche sur un fil à 400 mètres de hauteur, tout le monde désormais vous parle de son exploit, et donc personne ne voit ce que ce type est en train de faire. Ils ne le voient tout simplement pas. Ils pensent : 400 mètres, et ils pensent : exploit. Et leurs yeux se ferment. La douceur des clarinettes, dans le Shéhérazade de Maurice Ravel, est-ce un exploit ? Jouer une sonate de Mozart au piano, est-ce un exploit ? Aimer une femme, est-ce un exploit ? Vivre, est-ce un exploit ? Mettre au monde, est-ce un exploit ?

Une fourmi est capable de porter cent fois son poids. Vous imaginez, c'est comme si un homme portait une charge de dix tonnes. Est-ce un exploit ? La fourmi est incommensurablement plus forte que l'homme, et pourtant nous l'écrasons du pied, sans y penser plus que ça. François Hollande est arrivé "à la tête de l'État", alors que manifestement il est idiot, beaucoup plus idiot que la plupart des Français. Ça c'est un exploit ! 

En revanche, qui, dans les soixante millions de Français, serait capable d'écrire le Tombeau de Couperin ou les Oiseaux tristes ? Pas un seul. Plus il y a d'exploits, dans le monde, moins il y a d'art. 

Personne ne parle jamais de Philippe Petit. On s'en fout absolument, de Philippe Petit, dans la France merveilleuse de M. Hollande. Comme de Ravel, comme de Debussy, comme de Couperin, comme de Dutilleux, comme de Chausson. La France veut des exploits, et vendre des Mirages. 

Shéhérazade (2)


Mais Shéhérazade, kézako, mon Coco ? Ah, ma Cocotte, c'est tout un ensemble, Shéhérazade ! C'est la Voix déployée, c'est le vent dompté, c'est le grand récit chanté, c'est le soleil en pleine nuit sur la mer, c'est la blancheur de ton haleine pendant que je dors, c'est l'unisson miraculeux, c'est la couleur que personne ne voit, c'est la douceur infinie, c'est cette pièce où je suis seul ce matin, à penser à toi, et où mon corps semble indifférent au monde qui l'entoure.

Cette nuit, j'étais dans l'eau, avec un bébé, nu, qui respirait aussi bien sous l'eau qu'hors de l'eau. Nous flottions tous les deux, je le prenais dans mes bras, je le lâchais, rien n'arrivait, qu'une douceur impossible, élastique, translucide, éternelle.

Je vais sans doute mourir sans savoir, sans avoir compris ce qu'était une femme. Je serai passé tout près, pourtant, tout près. Ah, cette flûte, cette couleur qu'on ne peut pas décrire… Son grave si persuasif… 

Ravel, je me rappelle… Ces accords écrits dans le livre. Je cherchais à comprendre la différence entre ses harmonies et celles de Debussy, les accords de neuvième. Papa m'avait offert l'intégrale de son œuvre pour piano par Claude Helffer, un coffret vert. Mon premier disque à moi, je crois bien. J'aimais quand le père prononçait le mot Daphnis et qu'il me parlait des oiseaux. C'était ma hantise, un monde sans oiseaux. On se réveille, un matin, et ils ne sont plus là. 

Cet hiver, deux trous ont été creusés dans le jardin. Une tranchée pour la conduite d'eau, après qu'on a découvert une fuite, et puis le trou rectangulaire de ta tombe, dans l'autre partie du jardin. Tout a été rebouché, on ne voit presque plus rien. Tout est là, cependant, sous nos pieds, dans la terre. Tout continue, mais de l'autre côté du monde. C'est ça, Shéhérazade

jeudi 6 mars 2014

Shéhérazade (1)


Nous écoutions Shéhérazade, de Maurice Ravel.

mercredi 5 mars 2014

Le juif qui jouait (mal) du violon


La journée a été longue. Ils l'ont passée à écouter des violonistes, afin de tenter d'en recruter un pour l'orchestre. Le niveau est catastrophique, la clochette retentit très vite et très souvent, au bout de quelques mesures seulement, et les candidats défilent, avec une monotonie accablante. Le dernier candidat n'est pas meilleur que les autres, loin de là, mais le chef, Armin Jordan, lui demande de continuer à jouer, de présenter d'autres morceaux, ce dont s'étonnent les autres membres du jury. L'un d'eux, qui n'en peut plus, demande à Jordan à quoi ça rime, puisqu'il est évident que ce pauvre violoniste ne convient pas, à quoi le chef suisse fait cette réponse : « Laissez-le jouer. Pour une fois que j'entends un juif qui ne sait pas jouer du violon, j'ai envie d'écouter. » 

Mais voici le plus intéressant, qui est la remarque que fait Christian Merlin, qui rapporte cette anecdote : « Un autre aurait été traîné devant les tribunaux, mais on savait qu'avec Armin Jordan ce plaisir de choquer cachait un cœur immense et un humanisme généreux qui n'étaient nullement ceux d'un antisémite. » Je vous la répète, pour que vous puissiez bien en saisir le délicieux fumet. « Un autre aurait été traîné devant les tribunaux, mais on savait qu'avec Armin Jordan ce plaisir de choquer cachait un cœur immense et un humanisme généreux qui n'étaient nullement ceux d'un antisémite. » Je résume. Si quelqu'un qui ne s'appelle pas Armin Jordan fait cette même plaisanterie, il convient de le traîner devant les tribunaux. Il est évident qu'il est antisémite. Il est évident, en outre, qu'il n'est pas en possession d'un cœur immense. Il est non moins évident qu'il ne peut pas à la fois faire preuve d'un humanisme généreux et prononcer ces quelques mots. Mais s'il s'appelle Armin Jordan, si, c'est possible. Mais quand-même. Attention ! Si toi aussi tu veux affirmer que les juifs sont plutôt de bons violonistes, en tout cas très souvent, et qu'en conséquence un juif qui n'est pas doué pour le violon fait exception, tu ferais mieux, mon ami, de t'assurer de vérifier ton patronyme. Si celui-ci commence par Jor et finit par dan, et s'il est précédé du prénom Armin, tout va bien. Sinon, abstiens-toi. Même en Suisse, il existe des tribunaux qui seraient ravis de te rappeler que "le plaisir de choquer" n'est pas encore octroyé de manière tout à fait démocratique. Oui, je sais, je sais, tu penses toi aussi posséder un cœur immense et un humanisme généreux, mais si tu le penses, c'est justement parce que c'est faux. Tu comprends ? Non ? Alors tu es mûr pour le tribunal. 

Jacques Brel


— Georges, que pensez-vous de Jacques Brel ?

— Je le trouve beau.

— Mais à part ça ?

— Avez-vous regardé les images du 11 septembre qu'on peut voir ces jours-ci ?

— Je ne vois pas le rapport avec Jacques Brel !

— Vous ne voyez rien du tout, je sais. Je les ai regardés, moi, j'ai passé des heures à regarder ça. C'est d'une beauté à couper le souffle. 

— Pardon ?

— J'avais été très choqué en 2001 par les propos de Stockhausen, mais je crois que je comprends aujourd'hui ce qu'il voulait dire. 

— Revenons à Jacques Brel…

— Il m'a fallu 11 ans pour comprendre de quoi il parlait. 

— Jacques Brel ?

— Non, Stockhausen. 

— Écoutez, Georges, je crois qu'on va arrêter cet entretien, si vous persistez à faire de la provocation. 

— Je ne fais aucune provocation. Arrêtez votre magnétophone si vous voulez, mais vous ne m'empêcherez pas de penser…

— Ah, ne me faites pas le coup de la censure, hein ! Pas vous !

— Je ne parle pas de ça. Enfin, peut-être que si, justement. On ne peut jamais, jamais, jamais, dire qu'on n'est pas un. On ne peut jamais, jamais, jamais expliquer… enfin, je veux dire, on ne peut jamais parler sincèrement, simplement, honnêtement, c'est impossible, et parfois je me demande pourquoi. Je ressens toujours un malaise terrible à écouter parler les gens, à les voir ne pas dire, à les entendre dire autre chose que la simple vérité, que les choses "telles qu'elles sont"… C'est plus fort que nous, nous ne pouvons pas faire autrement, il faut que nous donnions de nous une image, sinon aimable, du moins favorable, qui nous semble à nous intéressante et surtout conforme à l'idée que nous voudrions que les autres se fassent de nous. J'aime ça, je n'aime pas ça, presque toujours, ça signifie : regardez comme je suis intéressant, comme mes goûts sont en accord avec le personnage que j'interprète. La cohérence est l'ennemie du genre humain. Je suis sensible à ça, sans doute en grande partie à cause du concert. J'ai vu dans ma vie des centaines de concerts, de toutes sortes, et j'ai toujours, depuis que je suis tout petit,  ressenti ce malaise, vous savez, quand les autres, après le concert, vous demandent ce que vous en avez pensé, ou vous expliquent ce qu'ils en ont pensé. La plupart du temps, vous n'en pensez rien, rien du tout. Mais il est impossible de le dire. Alors immédiatement (mais l'adverbe est très mal choisi, justement), vous commencez à faire fonctionner la machine. 

— De quelle machine parlez-vous exactement ?

— Je parle de ce mécanisme extrêmement complexe, qui s'élabore à l'intérieur de vous dès que vous vous trouvez face à une œuvre d'art ou à quelque chose que vous prenez comme tel, qui met en branle des dizaines de catégories, ce mécanisme qui fait intervenir les sensations, les sentiments, la morale, la psychologie, l'intelligence, la physiologie, la mémoire, la peur, le désir, l'ambition, l'instinct de survie, la jalousie, j'allais oublier la culture (au sens ancien), et même peut-être l'angoisse de la mort. Comme je suis musicien, chaque fois que j'entends des gens autour de moi donner leur avis sur un concert, sur un disque, je me sens mal à l'aise parce que je sais immédiatement qu'ils ne disent pas la vérité. C'est comme si une forêt de signaux lumineux s'allumaient précipitamment les uns après les autres au-dessus de leur tête, ces signaux lumineux étant reliés chacun à une des catégories dont je viens de parler. Aucun n'est en lien avec la musique ! C'est ça qui est fascinant. Les "jugements" sont toujours émis en fonction de tel ou tel impératif extrinsèque et contingent. Vous allez me dire qu'il en va ainsi de tous les jugements, que ce n'est pas propre à la musique, et vous aurez raison, mais il me semble que c'est particulièrement vrai en ce qui concerne la musique, peut-être paradoxalement parce que la musique est l'art qui est en relation avec tout. La musique donne trop d'informations au cerveau, il y a une espèce de sidération à se trouver face à une symphonie de Beethoven. Qu'en penser ? C'est impossible à dire, à expliquer, à résumer, à transmettre. C'est comme une décharge électrique, mais une décharge électrique qui fait penser, et qui fait penser avec le corps. Elle vous atteint à un moment donné, durant un laps de temps délimité, et pourtant elle met en jeu le temps total de votre vie, y compris celui que vous n'avez pas encore vécu par vous-même. La musique, elle, a déjà vécu la vie que vous allez ne pas réellement vivre, ou pas complètement, en tout cas. Elle vous rappelle par anticipation que vous n'allez pas habiter votre corps, votre demeure, à chaque instant de votre vie, que vous vous êtes absenté bien souvent de votre vie, tandis que le bruit du monde, lui, persistait, donnait la mesure, sotto voce,  du drame en cours. Ceux qui s'occupent du son parlent du signal sur bruit, pour désigner le son pertinent, ce qui se dresse hors du déchet, et qui fait sens, pour l'auditeur. L'être humain est plongé dès sa naissance dans une rumeur qui ne cesse jamais. Même au plus profond de nous, quand nous faisons silence, quand tout autour de nous est silencieux, cette rumeur est là (le "dialogue intérieur" ne cesse jamais), elle bruit (oui, "bruit" est aussi une forme verbale, ce n'est pas seulement quelque chose que nous recevons passivement !), elle est le signe audible de la vie, dont nous sommes à la fois les exécutants, les réceptacles et les transmetteurs. La musique est un arrachement à la vie, à la vie qui bruit sans le savoir, à la rumeur du monde, elle est la conscience qui informe cette rumeur, qui la fait s'arracher à elle-même, qui lui fait rejoindre le temps dans une conjonction (presque) impossible. Je pense à ces sons qui n'existent pas. Je pense aux descriptions de ceux qui étaient dans les tours, le 11 septembre 2001, et qui parlent de ce qu'ils ont entendu. Je pense à ce son que j'ai entendu, en 1995, lors du tremblement de terre qui a eu lieu en Haute-Savoie cet été-là. Ce sont des sons qui ne sont pas au catalogue. La rumeur du monde, c'est une infinité de sons, moins quelques uns. Ces quelques uns peuvent être les sons de la catastrophe, ou les sons de la musique. C'est pour cette raison que je parle de sidération, face au Quintette de Schubert par exemple, ou encore face au mouvement lent de la sonate Hammerklavier, joué par Gilels. Quelque chose se dresse, devant vous, quelque chose se constitue là, soudain, qui échappe au catalogue prévu par le monde humain, quelque chose vous permet, si vous empruntez ce véhicule, de vous retrouver ailleurs, véritablement ailleurs, c'est-à-dire d'échapper à la mort. Vous savez, on parle toujours du silence après Mozart "qui est encore du Mozart", mais cette image n'est pas une image, c'est la stricte vérité. Le son vrai provoque un silence inouï, inouï au sens propre, comme si le monde se taisait, soudain, face à l'événement, l'avénement de la vérité (et la vérité ne se trouve jamais dans un dialogue). L'air du catalogue de Don Giovanni, cette pure merveille, c'est un peu la mise en situation théâtrale de ce que je vous explique. La femme qui n'est pas au catalogue est la femme que tous les Don Juan cherchent en vain. Les hommes chantent dans l'espoir de faire cesser le catalogue infini avec lequel ils sont tous nés. 

— Nous nous sommes un peu éloignés de Jacques Brel, Georges !

— Ah bon ?

— Oh, et puis zut ! De toute manière vous n'en faites qu'à votre tête, toujours ! 

— Voulez-vous que nous parlions de Georges Brassens ?

— Ah non alors ! Non Merci. J'ai entendu la leçon !

— Dommage. Avec un prénom pareil, ça devait être quelqu'un de bien !