vendredi 28 juin 2013

Chamboultou, même


On connaît l'œuvre de Marcel Duchamp intitulée le Grand Verre, dont le titre original est La Mariée mise à nue par ses célibataires, même. On sait peut-être moins que cette œuvre a été inspirée à Duchamp par une attraction de fête foraine, appelée "jeu du chamboultou", dans lequel on lançait des projectiles sur la représentation d'une mariée, dans le but de faire tomber un à un ses vêtements. 

Que l'avenir est lent à venir, trouvent les progressistes de tous bords, que le futur se fait attendre ! Ce sont les enfants qui sont toujours pressés d'être à demain, d'être adultes, d'être plus vieux, d'être plus loin, ce sont les enfants qui sans cesse veulent accélérer le temps, ou le raccourcir, pour vivre — enfin ! — dans ce temps merveilleux où ils ne seront plus (croient-ils) ce qu'ils sont. Les adultes, au contraire, souhaitent dans leur très grande majorité reculer l'échéance, ralentir le déroulement des opérations, repousser l'inéluctable (dont ils ont conscience, eux), prendre leur temps, remettre à plus tard, différer. L'enfant est un in-différent, il ne fait pas de différence entre son être et le temps, il habite un monde à une dimension qui ne lui permet pas encore d'éprouver la moindre distance d'avec lui-même, à la différence de l'adulte qui a mis entre soi et soi une fine et insondable épaisseur de temps, qui habite ce pli singulier qui lui permet de se voir agir et penser, qui lui permet de distinguer, c'est-à-dire d'introduire un dénivelé entre être et temps. 

Les progressistes sont des enfants. Ils veulent sans cesse et au plus vite faire tomber la robe de la mariée, voir ce qui se cache au-dessous, ils veulent y être avant l'heure, à toute heure. Chamboulons tout, vite, encore et toujours, pour voir ce qui adviendra, qui sera forcément mieux que ce qui est, que ce qui nous échoit, que ce qui nous est destiné. Et après le chamboulement ? Recommençons, forcément ! Oui, mais si la mariée est déjà nue ? On lui arrachera les yeux, les bras, les jambes, on en reconstruira une autre, de zéro, nous avons les plans, nous avons les ordinateurs, tout est prêt pour les travaux perpétuels. Le progressisme, c'est la Cité en travaux perpétuels, les trottoirs défoncés et les marteaux-piqueurs hurlants comme utopie in progress. Pourquoi cassez-vous sans cesse ? Mais pour réparer, enfin ! Cassage et réparage sont dans un bateau, et personne ne monte à bord. Ça s'ra bien mieux, vous verrez ! Oui, mais lendemain est toujours lendemain… Quelques passants, lassés, désabusés, fatigués, ennuyés, exaspérés : « C'était mieux avant… » QUOI ?! Chiens de contre-révolutionnaires, vous ne méritez pas d'être là demain. Ça tombe bien, nous avions prévu autre chose. Vous ne méritez pas de vivre (sic) ! Mais nous ne vivons pas, nous ne vivons plus, sous votre gouvernement, nous attendons demain pour vivre. Vous n'avez pas la foi ! Non. Vous êtes vieux ! Oui. Et vos enfants, alors ? Mais ce sont vous, nos enfants, sales gosses bruyants et qui ne voient pas ce qui est, tellement occupés à voir ce qui pourrait être. Vous êtes tristes ! Vous nous attristez, c'est vrai, car le monde appelle à l'aide et vous êtes sourds à ses plaintes. Des plaintes, des plaintes, alors que nous sommes occupés à faire la fête ! Vos fêtes sont notre enfer, votre progrès est notre épouvante. 

On voit que le dialogue n'est plus possible, entre les entrepreneurs sociaux et les conservateurs historiques, entre les toujours plus et les ça va bien comme ça, entre Chamboultou et Es ist genug, entre les mariées topless et les fiancés en carrosses, entre les femen et les homen. Accepter la donne, acquiescer au donné, remercier pour ce qui est, hériter, mais vous n'y pensez pas ! La Nature ? Fasciste ! La langue ? Fasciste ! La sexualité ? Fasciste ! La suite des nombres — car 2 vient après 1 ? Fasciste ! La Dualité ? Fasciste ! Les lois de la physique, de la chimie, de la biologie ? Fascistes, puisque ce sont des lois ! Quand donc va-t-on abolir le dimanche, au fait ? Et ne parlons même pas de l'utérus dans le corps des femmes ! De la semaine de sept jours (pourquoi sept, et pas huit, ou vingt ?) ! Du sel dans l'océan ! Des oiseaux qui volent et des poissons qui nagent (et pourquoi pas l'inverse ?) ! Le "c'est comme ça", la tradition, la décence ordinaire sont à peu près l'équivalent de "Arbeit macht frei", ou de "Deutschland über alles" chanté dans un avion de la El-Al survolant la Pologne. Et je n'ose même pas parler de l'identité… Les traditions sont toujours merveilleuses quand elles s'appliquent aux contrées lointaines traversées par les touristes, mais toujours effroyables quand ce sont les nôtres. L'identité des Tibétains est admirable et la nôtre détestable. La décence est vraiment la moindre des choses lorsque ces sympathiques touristes visitent un pays islamique mais elle est ignoble quand on prétend l'exiger chez nous. Les bobos singent du mieux qu'ils peuvent la vêture et les coutumes locales quand ils sont à l'étranger mais trouvent scandaleux qu'on ose demander aux étrangers de se comporter ici comme nous le faisons. Ils s'étouffent d'indignation si quelqu'un se permet de manquer de respect à quelque liturgie bouddhiste mais trouvent parfaitement normal qu'on entre dans une cathédrale dans la tenue avec laquelle on se rend à la plage. Ils mettent un point d'honneur à prononcer les noms des capitales étrangères comme les autochtones les prononcent, mais ils trouvent détestable qu'on reprenne ceux qui parlent mal le français. On pourrait continuer longtemps… sans aucun espoir d'ouvrir les yeux de ces aveugles par volonté. La réciprocité est un concept qui ne parvient pas à leur cerveau, ou, plus exactement, qui arrive bien à leur cerveau, mais à un cerveau amputé d'une moitié, celle qui précisément permet à un être humain de juger de la réalité avec une certaine équité, dans un certain équilibre, avec une certaine justesse, sinon justice. 

Il est assez amusant de voir la France tout récemment mise en accusation par l'Europe progressiste pour la manière dont elle traite ses opposants à la modernité, cette même Europe vide de sens et profondément défaitiste qu'elle a infligée sournoisement à son peuple. C'est Moderne contre Moderne, c'est la mariée mise à nue par ses célibataires, même. Tout ce que les progressistes ont mis des décennies à imposer à des esprits assoupis et culpabilisés se retournerait donc in fine contre eux ? S'ils avaient pu penser qu'un jour leurs propres armes seraient utilisées contre eux, désormais nus comme les vermisseaux qu'ils sont, et que cette nudité, qu'ils avaient réussi à cacher si longtemps, commence à se voir, et même à crever quelques yeux… Les démocraties européennes se sont patiemment dépouillées de leurs derniers atours, ont abandonné leurs dernières protections, avec une louche mauvaise conscience, et maintenant qu'un pauvre chiffon blanc cache tant bien que mal un sexe rabougri et honteux, l'Organe hors-sol, le Machin délocalisé à Bruxelles viendrait par-dessus le marché fesser leurs croupes déprimées ? C'est trop injuste ! Pour un peu, on en pleurerait, si notre Grand Chamboultou 1er n'était si retors et malfaisant, par delà son maquillage dégoulinant de bisous.

Le Grand Verre brisé a été rafistolé tant bien que mal, et c'est à Philadelphie qu'il faut se rendre si l'on veut le voir. L'Europe brisée ne sera sans doute bientôt plus visible que dans les livres d'histoire que personne ne lit plus.

(à Michel Gandilhon)

jeudi 27 juin 2013

Pourtoussisme


Demain, l'art sera libre et généreux ! C'est France-Cul qui le dit. Jusqu'à présent, bien sûr, l'art était prisonnier et radin, replié sur son petit derrière sale et étriqué d'art conservateur, peureux, compassé, frileux, agressif comme un vieux chien malade, et puant son hétéromanie ringarde. Auparavant, l'art était colonial, collabo, consanguin, égoïste et aristo, et bien sûr, honte sur lui, élitiste ! Autrefois, l'art était fasciste, nazi, enfin, quoi, merde, de droite

Heureusement, ces temps-là sont révolus. Depuis un certain Lang, Jack Lang, depuis un certain Mao, qui allait leur salir un peu les mains, à ces artistes qui ne savaient même pas faucher ni faire pousser du riz, sont venus tous ceux qui ont voulu faire prendre l'air à ces momies prétentieuses et coupées-des-vrais-gens, les sortir de leurs tours d'ivoire, les confronter aux réalités réelles du social, du terrain, des valeurs et de la rébellion programmée, en un mot en faire des citoyens responsables, solidaires et durables payant leurs impôts avec la gratitude émue de qui sait ce qu'il doit à son État et à sa RIVP*. Des routes, des hôpitaux et des œuvres citoyennes à chaque rond-point, voilà la feuille de route punaisée en lieu et place des pin-up impérialistes blondes aux gros nichons qui trottaient dans les vieux cerveaux malades des artistes de jadis. 

L'art, c'est comme le mariage, c'est comme le savoir, c'est comme la beauté, c'est pour tous ou pour personne ! Les Nouveaux Artistes ont parfaitement assimilé la leçon, on les voit tous les jours la réciter en y mettant le ton, et si certains persistent à ne pas vouloir comprendre, des tuteurs citoyens et responsables se chargeront de leur faire un peu de pédagogie appliquée en leur coupant les vivres, en photoshopant toutes les photos où ils apparaissaient et en les dénonçant aux comités des bonnes valeurs associées, subventionnées par l'État, qui fleurissent un peu partout : les Assoces.  

Il est très divertissant d'entendre les Nouveaux Artistes railler par exemple le Réalisme Socialiste ou l'art pompier d'antan, alors que leurs réalisations dépassent de très loin tout ce qui a pu se faire dans ce domaine. Mais on ne mord pas la main qui vous nourrit, surtout quand cette main est libre et généreuse.

(*) Régie Immobilière de la Ville de Paris

mardi 25 juin 2013

Désir d'enfant…

Madame, Monsieur,

vous avez toujours voulu avoir un enfant, votre plus grande tristesse est de ne pouvoir procréer, mais vous ne voulez ni adopter un gentil petit Noir qui mourait de faim ni avoir recours à la GPA. Rassurez-vous, si nous n'avons pas les moyens de vous procurer le petit être que vous désirez plus que tout, nous avons en revanche la possibilité de vous consoler de son absence. Nous ne parlons pas de cet enfant idéalisé, de ce merveilleux bébé aux boucles blondes et aux petites mains potelées dont la photographie trône sur la commode de la chambre jusqu'à la triste vieillesse de ses parents, abandonnés par lui dans un institut spécialisé, nous parlons de l'enfant réel, celui dont vous devrez vous occuper chaque jour que Dieu fait dans l'espoir de vous pousser au suicide, cet être infâme, idiot, méchant, irresponsable, égoïste au dernier degré, désinvolte, grossier, brutal, bruyant, vulgaire et consternant de conformisme, qui semble n'exister que pour vous taper et exiger toujours plus de vous, alors que vous lui donnez déjà tout. Il est laid, il est sale, il est analphabète, maladroit, il s'habille comme un clodo, il fume au lit, il ne nettoie jamais les toilettes, il est rivé du matin au soir à son portable, il boit du Coca à table, il rote devant vous sans même mettre sa main devant sa bouche, vous ne savez jamais s'il va rentrer ou non, ni à quelle heure, il vous impose ses copines, encore plus vulgaires que lui si c'est possible, qui ne vous disent même pas bonjour lorsqu'elles s'invitent à dormir dans la chambre dont vous ne possédez pas la clef et dont, évidemment, l'entrée vous est strictement interdite, il vous ment (très mal) sans aucune vergogne, il vole sans se gêner, et il se permet de vous faire la morale sur tous les sujets, des plus futiles aux plus graves, avec la morgue imbécile de celui qui ne connaît rien à rien et qui n'a jamais eu à se battre pour exister, à qui l'on offre tout avant même qu'il ne le demande, sans bien sûr qu'il pense à remercier tant cela lui semble dû. 

Vous étiez prêts à lui pardonner tout cela, dans votre grande bonté, ce dont nous ne saurions vous blâmer. Mais voici que votre Cher Petit s'est découvert une passion (il était temps !), et qu'il s'est mis en tête qu'il était "un artiste" ! Nous sommes certains que lorsque vous aurez entendu ce que cela donne, vous serez enfin prêts à comprendre à quel grand malheur vous avez échappé. Aucun père, aucune mère, ne veut en arriver à tuer son propre enfant, et c'est pourtant ce que vous auriez fait, tout naturellement, si vous aviez dû supporter ce qui suit :




Ne nous remerciez pas, c'est notre métier.

Sons et brioches…


Charles Lamoureux (1881-1899)
Camille Chevillard (1897-1923)
Paul Paray (1923-1928)
Albert Wolff (1928-1934)
Eugène Bigot (1935-1950)
Jean Martinon (1951-1957)
Igor Markevitch (1957-1961)
Jean-Baptiste Mari (1961-1979)
Jean-Claude Bernède (1979–1991)
Valentin Kojin (1991–1993)
Yutaka Sado (1993–2011)
Fayçal Karoui (2011-...)


« Fayçal Karoui obtient un premier prix de piano au conservatoire à rayonnement régional de Saint-Maur-des-Fossés dans la classe de Catherine Collard et un premier prix de direction d'orchestre au conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris. Il est lauréat du Concours international de jeunes chefs d'orchestre de Besançon et a été l’assistant de Michel Plasson à l’Orchestre national du Capitole de Toulouse. Depuis 2001, il dirige l'orchestre de Pau Pays de Béarn. Il s’efforce de populariser la musique classique au-delà de son auditoire traditionnel : concerts « sons et brioches » pour les enfants, concerts à l’université, en prison, à la foire-exposition, soutenus par la municipalité via une politique tarifaire attractive. L'orchestre de Pau Pays de Béarn compte, pour la saison 2008-2009, 1400 abonnés. L'orchestre propose également une saison de musique de chambre. Il a enregistré en 2004 une version « dépoussiérée » de Pierre et le loup de Serge Prokofiev, avec Smaïn en récitant. En 2006 et 2007, il est directeur musical de l'opérette Le Chanteur de Mexico de Francis Lopez, montée au théâtre du Châtelet à Paris, où il dirige l'Orchestre national de France puis l'Orchestre national d'Île-de-France. En juillet 2006, Fayçal Karoui a été choisi pour devenir le cinquième directeur musical du New York City Ballet. Il y a commencé son mandat le 1er décembre 2006. Une annonce de février 2012 indique que son contrat prendra fin en juin 2012. En janvier 2011, il est nommé directeur musical de l'Orchestre Lamoureux. En juin 2011, il a créé avec Thierry Malandain, l'Orchestre de Pau Pays de Béarn et le Malandain Ballet Biarritz, le ballet Lucifer de Guillaume Connesson, dont il est dédicataire. En janvier 2013, il est fait Chevalier des Arts et Lettres par Aurélie Filippetti, Ministre de la Culture et de la Communication. »

(…)

samedi 22 juin 2013

En France


Argenteuil, en France. Saint-Denis, en France. Nîmes, en France. Marseille, en France. Roubaix, en France. Avignon, en France. Agen, en France

En France

Il faut préciser

C'est comme pour le camembert. Il y a le camembert de Normandie, et le camembert (fabtiqué) en Normandie. Bien lire l'étiquette !

Il faut essayer de distinguer les choses…


« Il y a la mère, enfin la gestatrice, donc, celle qui reçoit les gamètes, il y a, quand la femme elle-même ne peut pas donner ses propres ovocytes c'est une autre femme que la mère gestatrice qui donne ses ovocytes de façon que précisément il n'y ait pas un lien trop fort entre l'enfant et elle. »

« Tiens, ce samedi Georges a épousé André. T'étais au courant, toi ? Ils auraient pu m'inviter ! »

« Enfin bon, tu vois, moi je le sentais qu'ses ovocytes y valaient rien. j'ai envie d'dire que ça se voyait à l'œil nu ! »

« J'ai toujours dit qu'y avait pas de rapport, tu vois. Les gamètes c'est les gamètes, c'est pas comme si… Non, mais t'es monstrueux, arrête avec tes comparaisons moisies ! Tu me fais honte, quoi ! »

« C'est vrai que quand t'es mère porteuse, t'as juste une responsabilité, c'est assez énorme. C'est bien normal d'être rémunéré, à mon humble avis. Faut être logique ! »

« De toutes les manières, c'est pas parce que t'es mère que t'as pas droit de l'ouvrir. Non, je parle de la bouche ! »

« J'ai une relation hyper forte avec le foetus. Mais bon, je sais faire la part des choses. »

« Il est complètement homophobe, me dis pas que tu l'avais pas compris ! Faire une fixette sur une histoire de nom, c'est juste complètement dingue. »

« C'qui compte, c'est avant tout le bonheur de l'enfant. »

(…)

vendredi 21 juin 2013

21 juin, le jour le plus con


Fermez vos gueules !

Hollandie, le pays qui ressemble à une république…


Comme c'est drôle ! On nous joue la comédie du fascisme à guichets fermés depuis cinquante ans, mais lorsqu'un gouvernement socialiste, français, et moderne jusqu'au fondement, en emprunte sans vergogne certains des attributs les plus détestables, les mêmes qui étaient enclins à voir la bête immonde à chaque coin de rue ne voient rien, n'entendent rien, ne remarquent rien. Ils sont occupés ailleurs, les résistants de naissance, on ne les a pas sonnés, les événements ne sont pas dûment répertoriés dans leur précis citoyen, dans leur manuel de mutins de panurge diplômés. Le mode d'emploi-catéchisme qu'ils ont reçus à leur baptême socialo-festif a été expurgé de la période contemporaine, et surtout du chapitre dit des "yeux-en-face-des-trous".

Il faudra trouver un nom pour ce type de gouvernements. On ne va pas se donner le ridicule de l'appeler fasciste, bien que ce serait sans doute moins bête qu'on pourrait le croire à première vue, si l'on prend la peine de réviser un peu son histoire. Mais il ne faut pas s'y tromper : le grotesque n'a jamais empêché la brutalité ni l'infamie, bien au contraire. 

jeudi 20 juin 2013

C'est sur quel site ?


Devant moi, dans un magasin de fournitures pour peintres, trois dames d'"un certain âge"* font la queue afin de payer leurs achats. « Il m'appelle "mon amour", ça me gonfle ! » Les autres : « C'est sur quel site ? » Et la première de répondre à ses amies : « C'est sur Meetic. »

(*) Le "certain âge" étant tout de même entre cinquante et soixante ans…

mardi 18 juin 2013

Mille ans !


Tout le monde se demandait ce que pouvait bien être le changement et la normalité que Caramel Hollande nous promettait. C'est enfin clair. Sept cents policiers et gendarmes mobilisés pour le président à la télé. C'était dimanche soir dernier. 700… La prochaine fois qu'il sortira de l'Élysée, il faudra l'armée et les chars pour l'accompagner acheter sa baguette de pain et son paquets de clopes. C'est normal. C'est comme moi quand je vais acheter des tubes de peinture, je me fais accompagner par ma chienne, dont j'ai préalablement limé les crocs, et je préviens le RAID (ils sont discrets, je ne les ai jamais vus). Je porte constamment, même pour dormir, une ceinture d'explosifs directement reliée à un dispositif de mise à feu situé dans une dent de sagesse creuse (la dernière). Faut c'qui faut quand on vit dans un monde normal. 

Je ne sais pas si vous réalisez la chance que vous avez. Caramel Hollande, le Reich de mille ans ! On va le cloner, il ne mourra jamais. On ne sera plus là depuis longtemps, ni Poutine, ni Obama, que Caramel Hollande bougera la tête de droite à gauche et sourira à Debouzze ou à ses descendants. Le christianisme aura duré deux mille ans, c'est pas mal. Le règne de Caramel Hollande sera presque aussi long. La France aura disparu depuis longtemps mais lui sera toujours là. Ah, mes aïeux, vous avez vraiment raté quelque chose !

Planay


Pas peu fier d'avoir habité un village dont la population est sans doute la plus stable de France. 74 personne en 1962, 81 personnes en 2009 ! 


lundi 17 juin 2013

Entre les lignes


Mon rêve est de faire construire une demeure selon mes désirs. Ce sera un blockhaus. Imprenable, avec des murs très épais de cinq mètres de haut. Elle sera construite sur une hauteur, entourée de cinq cercles concentriques, distants chacun de cent-onze mètres. À chaque cercle, fortifié, deux portes, l'une au sud l'autre au nord, sauf pour le premier cercle, le plus éloigné de la maison, qui n'en comportera qu'une seule, à l'est. Cela fait plus de cinquante fois que j'en refais les plans. 

Ingeborg termine sa lettre par ces mots : « (…) entre les lignes. » C'est malin ! Depuis des semaines, je trace des lignes rouges, à la plume, sur du papier blanc, Arches, de 640 grammes. 

Croit-on que les poèmes sont de l'indicible dont le principe est atténué par un désir de mort ? Doit-on empêcher son chien d'aboyer ? Peut-on superposer le présent au présent sans disparaître ? 

J'ai rencontré un homme étrange. Il porte un appareil photo à hauteur de son sexe et prend tous ses clichés depuis ce point de vue particulier.

(…)

dimanche 16 juin 2013

Blanchiment




Plutôt qu'un long discours…

samedi 15 juin 2013

2511 après J.-C.


— À gauche, c'était le président de la France.

— Tu te fous de moi !

— Pas du tout. Il se nommait François Hollande, c'était un socialiste.

— Incroyable ! On a eu une chance inouïe, tout de même !

— Ça on peut le dire… Normalement, tout était perdu.

— Et à droite, là, qui est-ce ?

— Aucune idée.

(À Afchine Davoudi)

vendredi 14 juin 2013

Joe Dassin à Bali


On pourrait éventuellement se plaindre d'entendre du Moustaki à longueur de journée, on pourrait avoir quelques regrets d'une France française, on pourrait éprouver quelque nostalgie d'un monde plus aimable, on pourrait se lamenter, trouver le temps sinistre et les ministres bien laids. Mais la vie est ainsi faite qu'une nouvelle bientôt vous console d'habiter l'enfer. Imaginez qu'hier-soir j'apprenais qu'à Bali certains s'étaient mis en tête de faire chanter du… Joe Dassin aux enfants de ce peuple là ! Joe Dassin… Ce n'est pas une blague. Un trou du cul (je ne vois pas comment le nommer autrement) de Français s'est mis en tête d'aller apprendre la musique (sic) aux enfants de Bali, et il a choisi Joe Dassin comme ambassadeur de la musique occidentale ! JE N'INVENTE RIEN. Ah le beau couillon ! Ah la belle enflure ! Ah l'admirable salopard ! Comme le diraient un jeune ami à moi et mon grand-père Eugène : Douze balles dans la peau ! 

Debussy admirait le gamelan balinais, Debussy… et un évangéliste de la Laideur (car elle a ses curés, ses armées, ses ministres, ses martyrs, et ses diplomates) apporte à l'un des peuples les plus musiciens de la Terre ce que nous avons produit de plus bas, de plus ridiculement insignifiant, de plus misérable ! Et d'insondables imbéciles trouvent ça sympa. C'est un peu l'œcuménisme à la crapule, le vomi servi en assiette dorée, le nazisme en chambre des évadés de Sainte-Anne. Mais c'est SYMPA !

Ça me rappelle un peu le passage de Taslima Nasreen chez Ardisson, et l'ignominie qui s'était donnée à voir alors, sur ce plateau où était réunie la racaille la plus fashion : outre l'Homme en noir à la voix de Stentor, on pouvait y croiser Ruquier et sa tête de fouine, Alonso et sa tête de cheval, Dombasle et sa paradisiaque bétise. Je préfère ne pas mentionner le rappeur à peu près aussi intelligent qu'un navet mal cuit qui donnait des leçons d'islam à Taslima Nasreen. Pauvre femme, pauvre et admirable femme tombée dans cette bouche d'égoût, dans laquelle ces cloportes variqueux ajoutaient la honte à l'ignoble ! 

Il y a des jours où il est dur d'être un homme.

jeudi 13 juin 2013

La Brosse à ongles


La brosse à ongles se fait rare. On peut même dire qu'elle a complètement disparu. Il n'est pas besoin d'aller le vérifier dans les salles de bains, ça se voit à l'œil nu, sur Internet et dans la rue. En 1968, on disait "Sous les pavés, la plage". En 2013, la plage est sur les pavés (grâce au marchand de sable Delanoë), et la crasse sous les ongles. Un des premiers gestes qu'on nous enseignait jadis, dans l'enfance, était celui qui consiste à se laver les mains. Je revois Geo, un ami de mon père, plombier-zingueur et aviateur que j'admirais beaucoup, et que j'allais regarder travailler dans son atelier, un lieu que j'aimais énormément. Il avait, Geo, une manière de se laver les mains qui m'impressionnait, et qu'il m'avait enseignée, à ma demande. Ce n'est pas seulement le bout des mains qu'il lavait (il remontait très haut sur les poignets et même une partie des avant-bras), mais c'était surtout le soin avec laquelle cette tâche était réalisée qui a marqué le jeune esprit que j'étais alors. L'opération durait suffisamment pour devenir une technique, un art, une morale en acte.

Une morale, oui. Hier encore, je devais expliquer à un élève de piano qu'on ne soigne pas seulement ce qui se voit (ce qui s'entend), mais aussi, et peut-être surtout, ce qui ne se voit pas. Il me regardait avec étonnement : "Mais à quoi ça sert, si personne ne l'entend ?" Alors, exaspéré, je lui ai parlé de ces jeunes femmes fardées, parfumées, vêtues avec soin, mais dont l'hygiène est douteuse. L'hygiène, ce qui ne se voit pas, ce qui est au-dessous, mais qu'on doit pourtant aux autres autant qu'à soi-même. Les ongles… On en revient toujours là. Les ongles : le moyen le plus simple et le plus rapide pour voir si quelqu'un a de l'hygiène (et donc de la morale). Une amie me parlait il y a peu d'un gynécologue qui fumait dans son cabinet. Pourquoi fumait-il ? À cause de l'odeur… Eh oui, à cause de l'odeur de la crasse, parce que, désormais, une femme n'hésite plus à aller chez son gynécologue avec un sexe sale. Maquillée (à outrance), parfumée (à outrance), mais sale… Et on s'étonne des infections nosocomiales ! « Je viens comme je suis. » En effet. Sales en bas, sales en haut, mais avec le dernier piercing à la mode, avec le dernier tatouage à la mode, et avec cette foutue épilation intégrale. Rien ne sera épargné aux gynécologues, qui ont pris la place des confesseurs d'antan. Ceux-là avaient les oreilles offusquées, eux ce sont les yeux et le nez.

Mais tous, nous sommes les témoins ébahis de cette nouvelle crasse, physique, mentale, et morale ! On crache par terre, des femmes (à Paris !) défèquent sur les trottoirs, et les élèves de piano pensent qu'on ne doit soigner que "ce qui s'entend"… 

lundi 10 juin 2013

Force et attrapes


La banalisation…euh… des mots… euh… de la haine… euh… favorise, nous le savons… dans le débat public… ou sur… euh… internet… euh… le passage… euh… à l'acte… et nous devons… euh…  tout faire… pour… euh… éradiquer… euh… ces messages… euh… de haine…

Ainsi s'exprime Manu le Valseur, sur le ton grave des HLPSDNH. Derrière lui, dans la rue où lui sont tendus micros et caméras, on aperçoit heureusement des visages graves, empreints gravement d'une émotion grave et républicaine. Jusqu'aux rides sur le front des visages graves, qui sont graves et républicaines, profondes et graves. Ils froncent le front de la Fronce gravement, les républicains graves qui accompagnent Manu le Valseur dans son numéro de gravité grave. C'est beau comme de l'antique, et, en un sens, c'en est, de l'antique, car ce que Manu le Valseur et son beau modèle, François le Dernier, imitent, sans y parvenir le moins du monde, et c'est bien cela qui fait farce, est François le Premier et sa cour, qui les ont précédés de quelques décennies en les murs de la République. François le Premier avait inventé le Front National et-sa-nébuleuse, et ses lointains ayant-droits en récoltent aujourd'hui encore les dividendes, gravement préoccupés de ne pas dilapider le précieux héritage. Il y a bien eu Jospin pour révéler l'origine et la nature du pactole, mais on l'a rangé dans son île, d'où il n'est pas prêt de sortir, sauf quand ce sera son tour de proposer son corps glorieux au mijotage théologal. Que l'extrait du petit discours faussement improvisé de Manu le Valseur reproduit scrupuleusement plus haut ne veuille strictement rien dire n'a pas la moindre importance, ou plutôt, est essentiel, car le message se situe à l'évidence ailleurs que dans l'in-sens de l'in-énoncé. Sauf pour un mot : "éradiquer". Les autres vocables sont là comme marqueurs, ils ont les visages familiers des légumes ordinaires qui composent la soupe églogale de la Gauche (et quand je parle de la Gauche, je parle bien entendu de la vraie Gauche, et pas seulement de celle qui porte ce nom aujourd'hui). L'unique molécule agissante est l'éradication, une potion que la Gauche manie depuis toujours avec le sens inné de la médecine radicale qui la caractérise. Ce que la farce dit parfaitement, en l'occurrence, c'est : « Fini de rire. Il n'existe pas d'Ailleurs, il n'existe pas d'Autre. Et si jamais il en existe encore quelques traces, ici ou là, nous les éradiquerons sans états d'âme. Nous sommes à la fois le Peuple, le Légitime, la Force, la Raison, la Manière, la Cause. Nous sommes le Bien sans Reste, et nous entendons le rester. » 

Je ne sais pas si tout le monde connaît le sens du mot "éradication", en français, mais il vaut la peine d'être rappelé : « Élimination complète d'une espèce animale nuisible » ou encore : « Suppression complète d'un organe, d'une tumeur, d'une lésion ». La "tumeur", aujourd'hui, c'est tout simplement ce qu'il faut bien appeler par son nom : la dissidence. Quant à "l'espèce animale nuisible", elle est clairement constituée de tous ces Français qui persistent à ne pas vouloir être remplaçables, ni remplacés. Ça fait (encore) un peu de monde, mais ce n'est pas ce qui effraie les totalitaires qui sont en passe de réussir là où des Staline et des Lénine avaient encore l'excuse des débutants. 

dimanche 9 juin 2013

Agustin Anievas


J'aime de plus en plus Agustin Anievas. Écoutant la quatrième ballade de Chopin par Horowitz, Perlemuter, Arthur Rubinstein, Pollini, Zimerman, Cziffra, Anderszewski, Ashkenazy, et lui, Anievas, je suis frappé à nouveau par son élégance, sa simplicité, sa droiture, et sa technique sans faille mais sans ostentation. Le plus opposé à toutes ces qualités est sans doute Horowitz, sans parler d'Anderszewski, insupportable de maniérisme et de sophistication bête.

C'est très curieux, comme avec certains immenses pianistes, je pense ici en particulier à Horowitz et à Richter, on est, la plupart du temps, extrêmement déçu par la réalité de leur jeu, et souvent même exaspéré. Comment, Horowitz, le plus grand pianiste du monde, c'est ça ? Cette désinvolture, ce côté relâché, imprécis, sale, épais, brutal, et techniquement approximatif, c'est Horowitz, le pianiste par excellence, le Liszt du XXe siècle ? Je me rappelle une sonate de Liszt (il l'a enregistrée plusieurs fois) que j'avais apportée à mon maître, et qui, l'ayant écoutée, avait seulement lâché : « Ça ne vaut pas un clou. » Il faut bien se l'avouer, malgré ce que cela nous en coûte : la réalité ne correspond pas toujours à l'image que nous avons de ces très grands artistes. Combien de fois Richter m'a semblé exaspérant, et pire, décevant ! Et pourtant je n'oublierai jamais la seule fois que je l'ai vu jouer en concert, il y a bien longtemps, à Saint-Denis. Il y avait joué entre autre les novelettes de Schumann, et je crois bien que plus jamais je n'entendrai pareille merveille. Rubinstein, aveugle, était dans la salle, et toute l'assistance avait été bouleversée parce ce qu'elle avait entendu ce soir-là.

Chopin est un compositeur très difficile à interpréter. Qui est-il, comment jouait-il, quelle sonorité avait-il, que cherchait-il ? On croit savoir, il n'est pas si loin de nous, et pourtant, plus le temps passe plus il semble mystérieux et inatteignable. Quand on voit jouer ceux qui l'ont entendu (je pense en l'occurrence à Francis Planté), on se dit que ce n'est pas possible, que ce ne peut pas être ça, Chopin ! Et puis il y a les innombrables témoignages écrits, racontés, transmis, et puis les écoles, et puis les traditions, et puis les disques… Il me semble que Chopin est paradoxalement le compositeur le plus mal connu au début du XXIe siècle.

Anievas va droit au but, sans chercher, avec une honnêteté sonore rarissime. Il est facile de dire que la poésie de Chopin ne doit pas être sollicitée, qu'elle doit venir naturellement du texte, mais il est extrêmement difficile de jouer ainsi sans être platement "objectif". Mais le plus étrange est encore que lorsqu'on veut trouver une interprétation qui soit proche de celle-ci, on est obligé de se tourner vers quelque chose de très différent, comme celle de Rubinstein par exemple. Quelle est donc la vérité de Chopin, pour se trouver ainsi dans des exécutions qui sont parfois à l'opposé les unes des autres ? Que la musique est donc compliquée !

samedi 8 juin 2013

Enchaînements


La fonction "aléa" d'iTunes me fait faire régulièrement des découvertes très intéressantes. Tout à l'heure, j'étais ravi d'écouter deux préludes (opus 103) de Fauré par Casadesus. Mais c'est surtout l'enchaînement proposé par iTunes qui m'a surpris et instruit à la fois. Une fois le deuxième prélude achevé, j'ai pu entendre la quatrième ballade de Chopin comme jamais je ne l'avais entendue. 

Premièrement, il ne me serait jamais venu à l'idée, je crois bien, de passer de ce Fauré-ci à ce Chopin-là. Contrairement à ce qui me paraissait aller de soi, la transition était merveilleusement "naturelle", et c'est précisément cette qualité qui m'a surpris. Chopin est pourtant fort éloigné de Fauré, ou plutôt Fauré de Chopin, mais je me reproche maintenant de n'avoir jamais réellement entendu en Fauré ce qu'il devait à Chopin. Cette quatrième ballade est celle que je préfère du recueil, et peut-être même de tout l'œuvre de Chopin, c'est pourquoi il importe tant de ne négliger aucune écoute singulière. Je l'ai tellement travaillée, jouée, écoutée, rêvée, même, pourrais-je dire, cette ballade, que j'ai toujours peur de m'en lasser un jour, ce qui évidemment n'est jamais arrivé. 

La deuxième chose qui m'a surpris est qu'elle était jouée par Cziffra, que je n'ai pas reconnu (en tout cas pas tout de suite, pas avant la coda), et que Cziffra m'est de ce fait apparu très différent de l'image mentale que j'ai de lui. D'un autre côté, cette impression confirme ce que je pense de ce pianiste tout à fait exceptionnel (dans tous les sens du terme) : il est insaisissable, protéiforme, imprévisible. Il est capable de donner dix versions de cette ballade, probablement, et dix versions toutes différentes, selon son humeur, selon l'heure, le piano, les amis qui l'entourent, et ce qu'il a bu. Tout le contraire donc de ces pianistes d'aujourd'hui qui ont un jeu calibré au millimètre, qu'ils peuvent reproduire à longueur de concerts, et avec lequel ils peuvent gagner des concours internationaux et le cœur des directeurs artistiques des maisons de disques.

M'étonne pas qu'il se prénomme Georges, celui-là !

vendredi 7 juin 2013

Sur sa droite


André Messager écrit à Saint-Saëns pour lui expliquer pourquoi il a dû renoncer à ses fonctions de critique musical dans une revue qui voulait élargir ses audiences, manifestement (c'est moi qui souligne) :

« Je ne voulais rendre compte que de la musique, opéra, musique de chambre, musique symphonique — mais M. Canivet voulait que je parle aussi d'opéras-comiques, opérettes… »

Me voici dépassé sur ma droite, et avec un siècle d'avance, en plus — il me semble que nombre d'opéras-comiques sont bel et bien de la musique, même au sens étroit que Messager et moi nous obstinons à donner ou garder à ce mot.
(Renaud Camus, in Vue d'œil, Journal 2012)

Je pense à mon père qui avait menacé de mettre ma mère à la porte de la maison, pour la seule raison qu'elle désirait une guitare. Une guitare ? Un instrument qui ne fait même pas partie de l'Orchestre ? Et puis quoi encore ! Pourquoi ne pas écouter du Moustaki au petit déjeuner, pendant qu'on y est !

mercredi 5 juin 2013

Grâce à Bach


On apprend beaucoup en fréquentant les Facebookiens ! Tout à l'heure, encore, j'ai appris que j'étais un compositeur "très très doué", mais que, malheureusement, je faisais "de la peinture analogique"… On voit où je suis tombé ! On apprend aussi, sur Facebook, que Bach "annonçait l'avenir", ce qui d'ailleurs aurait été sa principale qualité. Il aurait permis l'invention du jazz, les Beatles auraient pu exister (quelle chance !), enfin toute la divine modernité aurait été prévue, programmée, imaginée, fécondée par le vieux à perruque. On a du bol, quand-même, que Bach ait bien voulu exister, et par là nous permettre d'entendre enfin une musique digne de nous ! 

Il y a tout de même une chose que je me demande : est-ce que c'est aussi grâce à Bach que Moustaki a pu composer ses inoubliables chansons ? 

Pleine


Je soufflais sur la sanguine quand j'ai compris. Anne-Sophie Mutter était en train de jouer l'adagio du concerto en mi de Bach. J'aime ces violonistes, tout le contraire des baroqueux, qui poussent l'archet jusqu'à faire venir le timbre à son maximum, qui poussent les harmoniques jusqu'à ce qu'elles envahissent la note, comme une coulée d'encre épaisse, charnue, pleine. On voit, on entend ces harmoniques, comme on voit les pigments, un à un, qui se dirigent vers le but qu'on leur impose doucement, s'empâtent, font vibrer la matière et font apparaître une couleur

J'aime ces femmes-là. Leurs cuisses. 

mardi 4 juin 2013

Agon


S'agissant du grand remplacement ethnique, notre retour par le nord de Paris, Barbès et la gare du Nord, pourrait m'inspirer force commentaires que je n'ai pas le temps de coucher ici, et c'est tant mieux pour le peu qui demeure de ma tranquillité éditoriale et juridique. Dans les zones que nous avons traversées une heure durant, le changement de peuple est à peu près achevé. Et j'avoue ne pas très bien voir comment qui que ce soit peut espérer sérieusement faire État, nation, peuple, société, avec la population qu'on observe là — non pas tant à cause de son caractère exclusivement allogène qu'en raison du peu de volonté d'in-nocence qu'on luit voit : la saleté est générale, l'incivisme patent, la violence et d'abord l'incivilité prêtes à sourdre à tout instant, ainsi qu'en témoignent les expressions dures, agressives, constamment agonistiques des visages, les modes de communication, les façons provocantes et conquérantes d'occuper l'espace. On voit à l'œil nu la guerre de tous contre tous, le défaut d'aménité, le manque d'amour de la terre, de la ville, du sol, des maisons, du pays.
(Renaud Camus, Vue d'œil, p. 330)

J'ai habité Paris. J'y ai vécu, grosso modo, de 1977 à 2001. Un des tout premiers appartements que j'ai occupés (une chambre, plutôt) était situé près de la place de la Nation, avenue du Bel-Air. Je me rappelle parfaitement la joie qui alors était la mienne quand, laissant pour un moment mon piano, je sortais. Je me souviens particulièrement du printemps 1977. Sortir, aller tout simplement dans la rue, dans les jardins, sur les places, au café, prendre le bus, était alors un délassement, une joie, un bonheur. On avait plaisir à croiser des visages. Je me rappelle parfaitement cette occupation qui était la mienne, alors, et pas seulement la mienne : sortir croiser des visages. Croiser des visages, c'est-à-dire échanger des regards avec des inconnus. On a peine à imaginer aujourd'hui, que cela ait pu exister, et que cela ait pu exister en un temps si proche. 1977, ce n'est pas la pré-histoire ! Cette année-là, je me rappelle qu'on lisait Fragments d'un discours amoureux, le dernier Barthes. Est-ce ce livre qui a contaminé mon rapport à cette ville, Paris, je ne sais, mais c'est bien de cela qu'il s'agit. Croiser des visages, croiser des regards était une occupation de plaisir, et c'est bien d'un rapport amoureux qu'il s'agit, avec cette ville où nous découvrions la liberté, la liberté d'être tout ce que nous pouvions être, à travers les rencontres de ces visages, de ces corps croisés dans la rue. J'étais beau, alors. Enfin, aussi beau que je pouvais l'être, avec ce corps qui est le mien, qui était léger, qui m'obéissait au doigt et à l'œil, qui ne se faisait remarquer qu'en bonne part, quand il s'agissait de se montrer, de croiser un corps de femme, de se dresser face à lui ou de l'accompagner dans les jeux de la séduction ou de l'amour. 

Ce qui me frappe, quand je pense à cette époque, disparue à plus d'un titre, lointaine et proche tout à la fois, c'est ce bonheur, tout simple mais vraiment fondamental, dans la Cité, qui consiste à observer les autres (les inconnus), et à y prendre du plaisir. Le regard est le premier geste de toute société qui se respecte, le geste le plus simple, le plus évident, le plus inoffensif en principe, celui qui dit : je ne suis pas seul, nous devons partager l'espace, la ville, la rue, le paysage, l'immeuble d'habitation, les transports en commun — et même en voiture, les autres ne sont pas absents —, fais-moi une place et je te ferai une place, enfin, bref, le regard est le tout premier geste de la civilité. Il me semble, et je ne crois vraiment pas exagérer, que ce regard était presque toujours, à quelques exceptions près, évidemment, souriant, aimable. Combien de fois ai-je entendu ma mère dire, à un commerçant, à un fonctionnaire, à un agent ou à un simple quidam à qui l'on demandait son chemin, ces quelques mots pour le remercier, qui résument tout : « Vous êtes bien aimable, monsieur, madame ! » Et ce n'était nullement là, faut-il le préciser, l'expression d'une surprise, d'un étonnement, la marque d'une situation exceptionnelle qu'il aurait fallu souligner par cette expression, non, pas du tout, c'était seulement une formule qui allait de soi, qui accompagnait naturellement le remerciement, et qui donne à merveille la tonalité générale des rapports humains dans la France des années 60. Vous êtes bien aimable ! De nos jours, si par extraordinaire on se prend à le penser, sinon à le dire, c'est tout au contraire parce que la situation nous paraît tellement extraordinaire, justement, qu'on n'en revient pas, et qu'on tient à marquer le moment d'une pierre blanche. Vous êtes bien aimables ? Non, vous êtes tout sauf aimables, et vous tenez très fort à nous le faire savoir, qu'il faut vous craindre, et ne pas vous regarder (si par hasard on en ressentait le besoin) ! La guerre de tous contre tous, c'est exactement ça, nous y sommes, dans cette cité où plus rien n'est urbain, et qui n'est une cité que par le besoin et le nombre. L'urbanité, la civilité, sont des émoussoirs, qui permettent aux aspérités du caractère et des affects de ne pas blesser, de rester en un périmètre qui protège l'autre de soi et soi de l'autre ; sans celles-ci, les regards aimables et curieux et bienveillants ont laissé place aux regards acérés et vindicatifs, qui sont comme l'urine des animaux, délimitant le territoire du dominant, qui avance dans la rue comme un brise-glace qui fend la banquise, la fait craquer, la rejette sur les côtés en paquets informes, la disloque, sans égards pour ce qu'elle permettait et promettait. Du regard amène on est passé au regard sans égard dans le meilleur des cas, le regard qui ne vous voit pas, et au regard du caïd et du prédateur dans le pire des cas, qui tend à devenir le plus courant, au moment-même où l'on nous gave nuit et jour de vivre-ensemble et de respect, ce dernier n'étant que le "respect" de l'expression tenir en respect, et le vivre-ensemble qu'une antiphrase paralysante par son imbécilité même, qui ne peut que rendre fous les survivants du monde d'avant. 

Dans la bouche de ma mère, il n'existait pas d'insulte plus grave que : "brute". J'ai grandi dans un monde où la brute était ce qui était montré du doigt comme l'ennemi du genre humain, l'envers maléfique du décor dans lequel les hommes avaient choisi de vivre, et je vais mourir dans un autre monde, un monde où la brute est partout, où elle est chez elle, où elle a investi (comme elle aime tant le dire) tout l'espace "urbain" (il est significatif à cet égard qu'"urbain" ait laissé la place à "urbanisme", qui désigne la technique ruineuse et bien rodée consistant à rendre les villes invivables et laides). Il faut que ceux qui ont connu autre chose le disent et le répètent, même s'il ne se trouve plus personne pour les croire. 

Cela fait plus de dix ans que je n'ai pas mis les pieds à Paris, cette ville que j'ai tant aimée, qui est devenue entre temps la ville des brutes, la ville de l'agon, la ville indésirable où tous les indésirables se sont donnés rendez-vous, sous la haute protection d'un des hommes politiques les plus atroces qu'on ait connus depuis longtemps, sorte de Festivus en chef en qui j'ai toujours vu une de ces brutes sans scrupules qui mènent leurs troupes bêlantes à l'agonie de la civilisation, sous le couvert de la fête et du sympa obligatoires.

PS.