dimanche 31 mars 2013

Les Tiroirs de Georges de la Fuly (14)



Sur le silence croissant de la nature 

Le parti de l’In-nocence est accablé par la mise à mal accélérée des “paysages sonores” naturels, c’est-à-dire par la disparition progressive, et qui va s'accélérant, d’un nombre croissant de sons naturels, soit qu’ils ne soient plus émis, comme nombre de bruits d‘insectes disparus et de chants d’oiseaux éteints, soit que la rumeur toujours grossissante de l’humanité industrielle, bâtisseuse, aménageuse, défoliante ou “ludique” les couvrent et les rendent imperceptibles, de même que l'excès de lumières fait disparaître les étoiles, nous prive du spectacle du ciel et de la réalité de la nuit. On nous répète sur tous les tons que nous vivons une terrible crise et qu'il convient de faire des économies par tous les moyens. Un des premiers, des plus évidents et des plus salutaires de ces moyens serait de construire moins, de moins “aménager”, de ne pas encourager par des dispositions stupides l’augmentation de la population, de cesser de courir éternellement après une absurde “croissance” de tout, sauf de la culture, de la beauté, de la vie spirituelle et de l’in-nocence.

Les Tiroirs de Georges de la Fuly (13)


« Il serait temps que les pianos comprennent qu'ils n'ont pas écrit le concerto. » ("Joseph Mankiewicz")

Résurrection



La résurrection, c'est la voix de Barbara Schlick dans Bach.

vendredi 29 mars 2013

Les Tiroirs de Georges de la Fuly (10)

Les Tiroirs de Georges de la Fuly (9)

Les Tiroirs de Georges de la Fuly (8)


— Pourquoi, Manet, es-tu si rosse avec tes confrères ?

— Eh ! mon cher, si je gagnais seulement cent mille francs par an comme Carolus, je trouverais du génie à tout le monde, y compris toi et même Baudry ! 

jeudi 28 mars 2013

Les Tiroirs de Georges de la Fuly (7 ter)



C'est beau la démocratie !

Les Tiroirs de Georges de la Fuly (7 bis)

Les sondages, ils sont comment les sondages ?

David, j'ai été comment, hein, comment j'ai été ?

Nous sommes à égalité, vous et moi, vous avez vu ?

Alors, ça remonte ?

300 000, 1 400 000, quelle est la différence ? Le niveau monte, le niveau baisse, c'est la vie, c'est normal, c'est le monde.

De toute façon, c'est pas les chiffres qui comptent. On ne gouverne pas avec des chiffres.

Attendez, j'ai reçu un SMS de Patrick Sébastien. Je jette juste un coup d'œil, hein, il va me dire comment j'ai été. 

Alors, ces sondages ?

Vous comprenez, moi, c'est pas comme le pape, je peux pas démissionner… J'ai une mission. 

Les Tiroirs de Georges de la Fuly (7)


« »

mercredi 27 mars 2013

Les Tiroirs de Georges de la Fuly (6)



« Les médecins ont dit que je faisais une phobie scolaire. Je m’ennuyais et j’ai essayé d’en apprendre plus sur ma religion. Il y avait des choses que je ne faisais pas »

Les Tiroirs de Georges de la Fuly (5)


Le nouveau calculateur à manifestants offert à la France par Kim Jong Un.

Le grand avantage de cette machine est de pouvoir également servir pour les cours de piano collectifs que Georges va organiser au mois de mai durant le grand orage magnétique qui devrait frapper durement la Bloge, conformément aux prévisions déjà anciennes de notre équipe scientifique. Pensez à réserver.

Les Tiroirs de Georges de la Fuly (4)


mardi 26 mars 2013

Les Tiroirs de Georges de la Fuly (3)



La prescription du bon Dr Georges : Daniélou et Steiner, cinq minutes chaque matin au réveil.

lundi 25 mars 2013

Les Tiroirs de Georges de la Fuly (2)



« Maintenant, je vais t'apprendre à écouter. »

Elle me regarde comme si j'étais fou.

Moi : « C'est très difficile d'écouter. »

Elle : « Mais non. Il n'y a rien à faire ! »

Les Tiroirs de Georges de la Fuly


C'est un des plus grands pianistes actuels. Si quelqu'un le reconnaît, il gagne un accord de sol dièse neuvième dans son étui de beurre blanc.

dimanche 24 mars 2013

Gigue



Dandy, esthète, poseur. Voilà les qualificatifs dont on a affublé Georges ces derniers jours, et sans doute est-ce beaucoup plus ancien que ce que cet ahuri s'imagine. Il est évident qu'il ne sert à rien de vouloir démontrer que tout cela est ridicule, faux, et même injurieux. Il ne sert jamais à rien de protester contre les charges grossières de ceux qui ne savent pas lire. Ils ne savent pas lire et ils s'en vantent. Que peut-on faire devant pareil aveu sinon donner plus de motifs encore d'insatisfaction à ceux qui veulent qu'on reste dans les ornières qu'ils ont creusées avec soin.

samedi 23 mars 2013

Quelques petits frémissements (X)


Emmanuel Todd sur le plateau de Ce soir ou jamais, hier :

« C'est vrai que, depuis 1995, on peut sentir quelques petits frémissements de problèmes… »


Il parle de "l'espace éducatif". Il est "sérieux".

Quand Finkielkraut, le dingue de service, ose exprimer quelques inquiétudes, faire quelques remarques qui ne vont pas dans le sens de la béatitude scientifique d'Emmanuel Todd, celui-ci prend son air de pape de la sociologie et lui cloue le bec en faisant remarquer la manière non-scientifique qui "procède par exemples pris soigneusement", contrairement à la méthode sérieuse de Todd et Le Bras qui consiste, bien entendu, à "prendre-les-chiffres". Et qu'est-ce qu'ils racontent, les-chiffres, quand ils sont pris par Emmanuel Todd ? Ils racontent que la France n'a jamais eu un niveau éducatif aussi élevé. Jamais. Les-chiffres pris par Todd et Le Bras sont en plein orgasme. Ça se voit, ça se sent, ça s'entend ! Todd fait jouir les-chiffres comme personne. 

Ce ne sont pas quelques petits frémissements, que les-chiffres d'Emmanuel Todd expriment, c'est un formidable orgasme tantrique, un tsunami béat, un incendie des sens. Todd et Le Bras ont rencontré des chiffres nymphomanes, c'est la sociologie dans le boudoir, c'est Emmanuel VII le retour. Ces gens-là devraient être interdits aux moins de dix-huit ans. Après Sylvia Bourdon, après Claudine Beccarie, après Just Jaeckin, après Alain Robbe-Grillet, Todd et Le Bras prennent à bras-le-corps le problème sexuel des Français. Emmanuel Todd est un pornographe dont le délire scientifique crève l'écran. Mais je reconnais que mon exemple est pris soigneusement et que je n'arrive pas encore à confondre un dément avec un homme sain d'esprit. Sans doute un déficit saisonnier en sociologie…


PS. Dans ce débat hallucinant, Chantal Delsol a passé son temps à bailler et à rire. Bailler et rire… J'aurais été à la place de Finkielkraut, je lui aurais envoyé un verre d'eau à la figure, à la Delsol ! Voir ces trois petits salopards s'amuser à ricaner et à pontifier devant les inquiétudes poignantes de Finkielkraut était presque insoutenable. Je suppose que beaucoup de ceux qui ont vu hier-soir cet aréopage obscène et presque crapuleux ont été choqués et révulsés par leur morgue inouïe, par leur splendide indifférence à ce que vivent quotidiennement de plus en plus de Français dans notre pays. Il y a des jours où j'en arrive à comprendre ceux dont les envies violentes de vengeance (oui, de vengeance) sont de moins en moins étouffées par le surmoi républicain. Qu'est-ce qu'ils sont patients, les Français ! Qu'est-ce qu'ils sont gentils, finalement ! 

vendredi 22 mars 2013

Le Réactionnariat populaire



Êtes-vous réactionnaire ? Non ? Mais vous êtes complètement ringard, mon pauvre ami ! Le Réak (le ré-actionnaire) a relevé la tête, et porte dorénavant une rosette à la boutonnière. Fini le temps où il se cachait, où il se faisait petit. Il l'a ramène, désormais. Il porte le menton en direction de demain. Il hausse la voix, en attendant de la placer. De cette manière, d'autres, ses semblables, se dévoilent eux aussi, relèvent la face (sans révéler la farce), et répondent à l'apostrophe avec un sourire encore un peu maladroit (ils avaient perdu l'habitude) mais engageant, et qu'on sent prometteur. Ah, comme il est bon de ne pas être seul. On le croyait, pourtant, on se croyait unique en son genre, méprisé, martyrisé, réduit à peu de chose, au silence, à la discrétion des anciennes minorités. Mais l'histoire ne s'arrête jamais. Nous sommes bel et bien en 2013, ce dont personne ne semble s'être aperçu, et les progressistes, hier encore arbitres des élégances, sont aussi réjouissants que les vieillards croupissant dans leurs couches, le nez à la vitre, qui regardent passer le train enchanté de la modernité, le même train pourtant qui les a conduits où ils sont, à l'hospice.

C'est agaçant cette habitude qu'a le monde de ne jamais se stabiliser, de toujours vouloir renverser les hiérarchies et les valeurs. C'est lassant et grisant à la fois. À peine s'était-on assoupi paisiblement auprès du poêle ronronnant, écoutant un impromptu de Schubert, caressant son chien, qu'il faudrait changer de lunettes, renouveler son habit, se peigner la moumoute, remonter à cheval et affronter le froid mordant du réel ? Quand donc aurons-nous la paix ? Quand donc mettra-t-on la machine sur pause, une bonne fois ? Qui est donc l'excité du bonnet qui renverse la vapeur à chaque clairière entr'aperçue ? Quel but insensé poursuit-il ? 

Il est amusant de constater que l'homme est toujours, systématiquement, incorrigiblement, en retard. "La crise de la dette", lit-on partout en gros caractères gras. En effet, il y a bien une crise de la dette, mais pas celle qu'on croit. Envers qui, envers quoi sommes-nous en dette ? Je n'ose pas le dire car je vais avoir tous les économistes et tous les sociologues sur le paletot. Et aussi tous les politiques, tous les militants, toutes les féministes, tous les blogueurs, tous les jeunes, tous les internautes, tous les patrons, tous les banquiers, tous les musulmans, tous les catholiques, tous les syndicats, tous les gauchistes, mais aussi tous les réactionnaires et leur ligues morales, voire tous les Belges. Ça fait beaucoup. Pour éviter le sujet (« et d'une manière générale, je dis à chacun que chacun est charmant ») et parler presque d'autre chose, je dirai qu'il ne me surprend pas que le Réak soit devenu moral, très moral, et même hyper-moral, quand ce n'est pas moralisateur ou démoralisant. Ça nous pendait au nez, bien sûr. L'être humain est ainsi fait qu'il ne se sent pas, jamais, glisser d'un état à l'autre, et qu'il continue de faire des théories sur une chose qui est déjà morte, longtemps après, même, que cette chose soit morte. C'est curieux parce qu'on pourrait dire que l'état normal de l'humain est la transition (ce qui est déjà une contradiction dans les termes), et que, pourtant, il ne cesse de croire que rien ne bouge, que sa jeunesse est toujours là, qu'il a le temps, que le temps l'attend, que le temps sera toujours là, le même temps, indéfiniment identique à celui durant lequel il a cru qu'il était et qu'il serait, puisqu'il avait été. Les minorités se croisent sans se reconnaître, elles avancent dans une nuit épaisse et sourde, avec ce sentiment inébranlable de rester pour toujours ce qu'elles sont depuis toujours, et qui les fait exister, qui les rend réelles et qui leur permet de se définir, de se compter, de se reconnaître, et de prendre collectivement la voix de la minorité bafouée. La reconnaissance est une méconnaissance. Sitôt qu'un groupe parvient au point où il peut parler en tant que tel, il commence à s'oublier, à s'ignorer lui-même, à ne pas se reconnaître, ou à se prendre pour un autre (ce qui était son but secret). Et c'est le moment qu'il choisira pour parler très fort, prenant prétexte pour cela de ce que sa voix est étouffée, niée, internée dans une cellule que pourtant il est en train d'observer du dehors, et qui lui confère anachroniquement son statut enviable de réprouvé. 

Nicolás Gómez Dávila (il aurait eu cent ans dans quelques semaines) est un écrivain admirable, ainsi que Philippe Muray, et beaucoup d'autres qui les ont précédés, mais ils n'étaient pas en train de thésauriser, ils n'amassaient pas une forme de pouvoir moral à l'abri de leurs imprécations. Ce temps béni où les réactionnaires authentiques pouvaient fertiliser la pensée sans la fossiliser me semble sur le point de finir et celui où les ré-actionnaires vont arriver par centaines pour profiter du butin va commencer. Bien entendu, comme toujours, il y aura une période grise, où les deux races se croiseront (à tous les sens du terme), durant laquelle il sera loisible à tous les néo-Réaks pressés de rejoindre le sens de l'Histoire de se fondre dans la masse de la minorité majoritaire. Les néo-Réaks ajoutent leur farine et la pâte est en train de prendre silencieusement, de se constituer socialement, c'est-à-dire de rejoindre la grande vulgarité qui toujours et par tous les moyens reprend ses droits après les brèves ouvertures du temps. Peine perdue, la page se tourne même quand le livre n'est pas écrit, et ce qui recouvre la pensée vive est toujours une vieille peau trop fardée qui vient faire son tour de ventriloquie accompagnée des rengaines immuables de la paresse morale. Il n'y a pas plus immoral que les moralisateurs qui jouissent de la victoire en récitant les pages arrachées du carnet des vaincus. 

Heureusement, Angela Davis est encore en vie, et l'on peut entendre cette vieille caricature de gauchiste tenir son rôle avec une conviction certes un peu molle, mais qui devrait suffire à certains pour se rassurer et pour continuer de s'appuyer sur les troncs creux qui les soutiennent dans leur quête de sens. Donnez, braves gens, donnez à ceux qui sauront placer votre voix et vos actions, participez à l'effort de guerre lasse, avant que la vague grise reflue en emportant vos derniers remords, prenez votre ticket pour l'au-delà de l'Histoire. Il reste quelques progressistes pour que le Réak ne flanche avant le sommet de la cotation. Il devrait les canoniser avant qu'il soit trop tard ou reprendre un peu de Viagra.


Poulenc


Francis Poulenc est un Stravinsky un peu sucré pour qui 1917 n'a aucune signification. Sa révolution à lui est bien plus ancienne, il a eu tout le temps de s'en remettre. 

jeudi 21 mars 2013

Dans la forêt…


Dans ce qui était dans les années 60 la belle cité blanche du Printemps, regardée avec jalousie par les HLM voisines aujourd'hui en bien meilleur état, maman a pour amis un couple de Yougoslaves. Elle est croate, il est serbe de Bosnie. Ils forment, avec quelques autres retraités, le dernier carré de petits Blancs de la cité. Leurs gentilles têtes chenues émergent des fenêtres, entre une forêt d'antennes paraboliques. « Regarde le balcon de mes compatriotes, comme il est bien entretenu ! Les rideaux propres, des fleurs… » Maman est fière d'eux. Que défendent-elles, les personnes âgées des banlieues qui s'enferment chez elles à triple tour après huit heures du soir ? Certainement pas la supériorité de la race blanche sur toute autre race. Leurs souvenirs clairs. Leur jeunesse propre. Leur mode de vie bon enfant. Je me souviens de l'époque où les propriétaires et locataires du Printemps allaient au travail en costume. C'était un endroit presque chic, qui tombe peu à peu en décrépitude. 
 (Patrick Besson, Le Sexe fiable)

mercredi 20 mars 2013

Esprit de responsabilité


Le MRAP déplore l’écho donné au livre France Orange Mécanique dans les médias télévisés et audiovisuels sans que le public ne soit suffisamment informé de l’idéologie d’extrême-droite de son auteur.  Seule la presse écrite, notamment Médiapart, a déconstruit le discours raciste et ultrasécuritaire de Laurent Obertone, auteur de ce brûlot. Mais la consultation détaillée des articles parus sous la plume de Laurent Obertone, depuis la fin des années 2000, sur le site internet "surlering", révèle une dimension du personnage qui dépasse le seul cadre du racisme et des délires sécuritaires. Ses articles agrègent le racisme et l’homophobie avec un sexisme obscurantiste qui renvoie des décennies en arrière lorsque Simone Weil est odieusement qualifiée de "femme foetale". Plus généralement Obertone défend des thèses inégalitaires et anti-républicaines qui apparaissent comme des effluves des années 40 qui le conduisent à déplorer que les noms de Céline et Pétain disparaissent des plaques indicatives de nos villes. Déjà le 23 mai 2012, le MRAP dans un communiqué dénonçait la chronique haineuse, raciste et misogyne, d’Eric Zemmour sur une radio nationale. Laurent Obertone va encore plus loin dans le discours de haine. Le Front National s’est immédiatement fait l’agent publicitaire d’Obertone, tandis que la “droite populaire” tente de dérober ce livre de chevet de Marine Le Pen pour l’installer sur les rayons de l’UMP. Personne ne s’en étonnera ! Il est scandaleux que certains médias offrent des tribunes a ce genre de plumitifs qui vomissent la haine anti-républicaine, sans leur opposer des contradicteurs ayant une connaissance précise des thèses et de la trajectoire de tels agitateurs d’extrême-droite. Le MRAP appelle donc les médias audio-visuels à plus d’esprit de responsabilité.

lundi 18 mars 2013

1. Proverbe écossais



Il pleut tous les jours
À la fois sur le juste et sur l'injuste,
Mais surtout sur le juste,
Parce que justement
L'injuste a pris le parapluie du juste.

dimanche 17 mars 2013

La Barbe à Chris



« L'ennui avec les bons sentiments, c'est qu'ils conduisent tout droit aux mauvais. » (Patrick Besson)

Georges est content. Mais alors content ! Trente ans qu'il attendait ça. On peut dire qu'elles y ont mis le temps, ces connasses ! Nous sommes en 2013, il aura fallu attendre que Hollande se pointe et que Benoît XVI se retire pour qu'une pauvre tarte du nom de Chris Blache y pense ! À croire que le vieux nazi à la grosse bagouze l'intimidait, la Chris ! Vous avez noté le prénom, je suppose ? Chris… Chris-quoi ? Chris tout court, comme dans Chris et Bégaiements. Ni Christian, ni Christine, ni Christophe, ni Christelle. Ça va pas la tête, la/e Chris elle/il veut pas qu'on l'assigne, point barre ! Chris et Chris sont dans un tableau, Chris pince Chris, qui tombe à l'huile ? Personne ne tombe, puisqu'il n'y a ni haut ni bas dans le tableau de Chris. Chris n'est ni mi ni moi, ni beauté ni laideur, ni jeunesse ni vieillesse, ni masculin ni féminin, ni ceci ni cela, ni une ni deux. M'assigne pas, pov'con ! Chris veut supprimer le 1 et le 2. Commence direct à 3, ou 4, je sais plus. Dire qu'il y en a qui se sont fait suer à inventer le 0, qui trouvaient qu'on n'avait pas assez de chiffres, et Chris il/elle trouve qu'il y en a encore trop, qu'il faut entrer dans le vif du sujet sans passer par la case genre (ou sexe, je sais plus). C'est con, c'était le seul chiffre que je retenais, moi, dans mon numéro INSEE, le premier, donc le 1, puisque j'avais encore le très mauvais goût de croire que j'étais un mec, elle/il est pas pour les préliminaires genrés, Chris, il/elle mange pas de ce pain-là, d'ailleurs à mon avis, elle/il ne mange pas de pain du tout, c'est trop ringard le pain, too french, la baguette (sic), et puis quand on y réfléchit bien, est-ce que par hasard ça ne ferait pas référence, comme ça, l'air de rien, à l'eucharistie, le pain, le vin, mon corps, son sang, ton sex-toy, les boulangeries sont des crypto-chapelles où l'on vend des phallus blancs, c'est in-sup-por-table ! Je ne peux que lui donner raison, à Chris, car à chaque fois que j'entre dans une boulangerie, j'ai une érection, toutes ces miches, cette pâte molle ou croustillante, ces brioches qu'on a envie de téter, ces religieuses qu'on a envie de défroquer, ces têtes de nègre qu'on a envie de couper d'un coup de dents, cette boulangère qu'on a envie de pétrir dans le fournil, c'est vraiment dégueulasse, toute cette ambiance mystico-sexuelle, ça devrait être interdit. Si je peux raconter un souvenir personnel, c'était rue Saint-Antoine, à Paris, tout près de la Bastille, sur le trottoir de gauche en venant de la place, une boulangerie où les baguettes étaient délicieuses. Il y avait là une belle black plantureuse qui me faisait rêver. Un jour, je retire de l'argent au distributeur de billets, juste à côté, on est en été, il fait beau et chaud, elle est dehors, elle vend des glaces, elle a un décolleté profond dans lequel je m'abîme. Je lui souris, elle me sourit, elle me dit : « Vous pensez à moi ? » Moi : « Bien sûr ! » Le soir-même, je l'attendais à la fermeture et je l'emmenais chez moi pour lui faire l'amour. En réalité, comme à chaque fois, ou presque, dans ma vie amoureuse, les choses avaient commencé par un malentendu. Elle ne m'avait pas dit : « Vous pensez à moi ? » mais « Vous en prenez pour moi ? » Heureux les malentendants ! J'ai oublié son prénom mais je me rappelle encore un long poil fascinant qui lui partait du nombril pour se perdre… Bref, j'ai toujours aimé les boulangères. Mais revenons à nos chiffres. 

Il est donc insupportable à Chris que le 1 précède le 2, et cette succession que l'on pourrait croire innocemment algébrique (si l'on était un innocent un peu attardé) n'est que l'un des très nombreux pièges dans lesquels cette ordure de mâle attire la femme pour lui faire avouer qu'elle n'est qu'une infirme sans testicules ni cerveau. Les modernes en général haïssent l'héritage et les héritiers en particulier, puisque les modernes aiment tout recommencer à zéro chaque lundi matin. Les modernes détestent également les hiérarchies, les petites hiérarchies et les grosses hiérarchies, les modernes détestent les classements, les rangements, les catégories, les sexes, les modernes détestent les nations (puisqu'elles prétendent installer une hiérarchie entre nationaux et étrangers), les traditions, les souvenirs, la nostalgie, l'histoire, la musique, l'art, l'éducation, la politesse, l'ordre, la campagne, le silence, les modernes détestent à peu près tout, sauf eux-mêmes et le présent ; en fait, les modernes haïssent d'une haine féroce le Temps ! Donc la culture. On pourrait donc croire que détestant la culture, ils aiment la nature, mais ce serait bien naïf. Ils n'aiment ni l'un ni l'autre car ils détestent avant tout les oppositions, les successions, et finalement la différence, bien qu'ils n'aient que ce mot-là à la bouche. Depuis que nous sommes sommés de prononcer ce vocable au minimum cinq fois par jour sous peine de procès ou de dénonciation à la milice ortho-médiatique, le monde est devenu complètement in-différent, et depuis que la Diversité a envie nos rues et nos discours, le monde est devenu totalement in-divers, ce que le métissage généralisé promet et promeut à sa manière biologiquement correcte. Mais Chris Blache voit plus loin, Chris Blache voit plus profond, et Chris Blache débusque la souche infectée jusque dans les nombres, jusque dans la statistique Carmille, elle traque le "signifiant sexué" jusqu'en ces ultimes replis hiérarchiques. Écoutez cette langue admirable : « En transformant l’unité familiale, avec l’homme comme chef de famille, en produit statistique, l’Insee installe durablement dans notre ADN un «signifiant sexué» qui calcifie aujourd’hui encore notre modèle social. Et l’on voit combien la formalisation de ces normes continue de faire obstacle à une transformation sociétale pourtant en marche depuis la fin des années 50. » "L'homme comme chef de famille", ce vieux coup de calcaire, cette scorie de l'ère glaciaire, sinon glaciale, voilà l'Ennemi de Chris. À ce résidu des temps historiques, c'est-à-dire maudits, à la Norme, véritable démon grimaçant qui la réveille en sursaut chaque nuit, à la Classification, son rejeton débile et hideux, Chris oppose le 3, ou, mieux encore, rien, l'absence, le vide, le silence statistique, le soupir chiffré qui annonce la paix du sexe, l'ataraxie des genres, l'armistice des dominations, qui seul admet l'Avancée sociétale, ce Nirvana qui berce Chris Blache et lui permet de se rendormir dans la paix morale, cette banlieue chic où elle demeure.

Dans le fond, en lisant Chris, on sent bien qu'elle est une héritière à sa manière, une héritière qui s'ignore, sans doute, mais une héritière quand même. Elle est de ceux qui ne se sont jamais remis d'avoir perdu le Maréchal Pétain, parce que ce Pétain-là leur donne des motifs d'indignation qu'ils ont du mal à trouver ici et maintenant. Alors on les voit creuser, sous la lune pâle, dans leurs potagers déserts. Ils creusent le passé, tremblants de fièvre, pour en rapporter des ossements blanchis qu'ils brandissent ensuite comme le saint sépulcre dont ils recouvrent la caverne où ils se terrent en hurlant. Cette caverne, ils l'appellent le futur. 

samedi 16 mars 2013

Les Valeurs

La concomitance, la convergence… Au même moment, je découvre qu'un internaute qui atterrit ici a inscrit dans Google : « PROSTITUE FESAN LE TAPAIN » (je conserve bien sûr scrupuleusement l'orthographe de notre visiteur avide de connaissance) et je reçois par mail une invitation à "visionner" une merveilleuse vidéo, que voici :


Dans le mail, intitulé "une voix d'ange époustouflante", on me dit qu'il est fort probable que je ne puisse pas retenir "une petite larme qui risque de couler sur [ma] joue". 

Il serait difficile, en un instant aussi solennel, de ne pas croire à la divine convergence. D'autant que, quelques instants plus tard, comme si l'on avait besoin d'une confirmation, on reçoit un nouveau mail dont je vous recopie les premières lignes :

Bonjour,

Je me permets de vous contacter car je suis persuadé de pouvoir vous aider. Je suis un médium de très haut niveau et vous pouvez me joindre sans payer au : 01 75 75 42 40Il y a des choses que vous devez absolument savoir.
Peut être avez vous ressenti certaines choses dernièrement?

Si j'ai ressenti certaines choses dernièrement ? Ah mais c'est peu de le dire ! Par exemple une soudaine envie d'aller massacrer le papa, la maman et le tonton de cette merdeuse blanchâtre qui à mon avis n'est autre que la PROSTITUE FESAN LE TAPAIN que mon visiteur recherche avidement. Mais voyez plutôt comment le mail continue : 

Sachez que j'ai de nombreux ressentis sur vous et je pense que vous devez absolument les connaitre. J'aimerais confirmer cela avec vous et je vous propose de faire une consultation avec moi quand vous le souhaitez cette semaine.
Je vous consulterai en priorité, appelez moi dès que vous le pourrez au : 
01 75 75 42 40
J'ai tellement confiance en mes prédictions que je ne vous demanderai rien pour cette première consultation, je vous l'offre. Je ne veux pas vous laisser dans l'ignorance, vous avez le droit de savoir.

Si j'ai le droit de savoir ? J'espère bien que j'ai le droit de savoir, Aline Durand (c'est elle, au 01 75 75 42 40) ! Les ressentis d'une Aline Durand de très haut niveau, tu parles que ça me parle ! Déjà, on va dire que j'aimerais assez (en plus de me consulter) qu'elle me confirme, Aline, que mes valeurs sont les bonnes, enfin, que j'ai pas investi en vain, tu vois, que je visionne clair les enjeux citoyens, que je place le curseur correctement sur comment gérer mes affects et ma social spirituality, après, que je suis dans le flux au niveau tolérance et ouverture à l'autre. Déjà pour commencer. 

Concomitance, convergence, concupiscence, je sais pas vous, mais moi je trouve la langue française qu'elle est magique, avec ou sans poils. L'autre jour, encore, je tombe sur une blogueuse cool qui me dit comme ça, d'entrée de jeu : « Je est un autre ! » Putain la meuf, Bibi qu'elle s'appelle, comme ça, sans polémiquer ni rien elle me sort ça. Moi, sur le cul un peu, j'me d'mande comment qu'elle le sait, et surtout comment qu'elle sait qu'elle peut me dire ça à moi, tu vois, genre, elle aurait pu s'embrouiller sévère, quand j'y pense j'ai la raie un peu humide. Mais non, paf, direct elle met la main sur le machin, enfin, j'me comprends. Pour un peu, j'me dis, c'est Aline ! Non, quand-même pas. Durand, c'est pas le genre pseudo et compagnie. Bibi en gros elle fait comme ça Hi Georges on a les mêmes valeurs ou bien ? Comme ça à sec. Ben faut voir, Bibi. En général, moi je demande une photo, tu vois, histoire de pas se déplacer pour des prunes, vu le prix de l'essence. Et puis l'hygiène aussi. Sur les photos, je regarde toujours si elles ont les ongles propres. C'est un truc que ma maman m'a appris : tu lui regardes les ongles, après t'es tranquille. Concomitance, convergence, concupiscence, c'est ma devise. Faut pas se laisser refiler de la camelote. C'est pour ça qu'Aline, elle tombe à pic. Moi les voix d'anges, j'ai tendance à me méfier. C'est toutes des racistes et tout, en général. Mais bon, si Aline me dit que c'est OK au niveau des valeurs…

Quand-même, une meuf qui "a de nombreux ressentis sur vous", ça fout les jetons, on se dit qu'elle va les revendre sur le Net, ou vous dénoncer à Sir Aymeric Cartonrouge, pourquoi pas. Mais quoi qu'il puisse m'arriver demain matin, je sais que je suis vraiment un mec chanceux, car moi, au moins, je n'ai pas eu une fille qui s'appelle Jackie Evancho, parce que ça, je ne l'aurais pas supporté. 

vendredi 15 mars 2013

Pour l'introduction de l'énéma dans la blogosphère



Pierre Labouche l'appelle l'écrivain pour dames.


Quand XY se contente d'écrire sans prendre la pose de l'écrivain qu'il n'est pas et quand il ne nous raconte pas d'une manière particulièrement odieuse sa vie privée (et celle des autres) par le détail, quand il ne fait pas le malin (c'est rare) avec ses énormes métaphores d'adolescent en mal de reconnaissance, il est loisible de le consulter avec profit, comme dans ce billet récent, si l'on prend soin de lire en diagonale les neuf premiers paragraphes d'un texte qui aurait gagné à être sérieusement dégraissé. (C'est triste, ces blogueurs qui croient être doués d'un "talent" qui est précisément ce par quoi leur prose sent la mort et la fabrication laborieuse, et que certains encouragent  de façon irresponsable et presque criminelle.) 


Aujourd'hui, je me relis, je relis l'écrivain pour dames, et je me dis que non, décidément, ce n'est pas possible, il n'y a à peu près rien dans son texte, une fois qu'on a enlevé le stuc et la glu des mauvaises métaphores, une fois qu'on a évité les poses longues durées où il se regarde dans le-miroir-à-écrivant qu'il emmène partout avec lui. Tout se casse la figure, ou, pire, tout devient affreusement transparent, à la deuxième lecture. Et ce qu'on aperçoit derrière est tellement triste qu'on ne peut que refermer le couvercle du blog en question en essayant de penser à autre chose. 

Penser à autre chose, ça ne devrait pas être bien difficile, justement, me dit Nicole, en train de me sucer sous le bureau, pendant que mijote le veau aux carottes qu'elle est venue me préparer à domicile. Nicole, je te l'ai dit cent fois : dans le veau aux carottes, il faut absolument un pied de veau. Bon, je reconnais que cette fois-ci tu as pensé à la tomate, on est en progrès. 

Elle tient un blog, Nicole, un blog qui traite de la fessée, la fessée pour adultes, la seule encore permise aujourd'hui. Nicole a de jolies fesses roses, les fesses de quelqu'un qui aime les carottes. Nicole est de Marseille. Nous nous étions rencontrés à un stage de musique de chambre dans lequel un immense violoncelliste que nous nommerons B. avait une passion étrange qui concernait les jeunes filles. Le Maître avait donc écouté jouer Nicole, il l'avait félicitée, avait fait quelques remarques sur sa technique et son jeu, comme avec chacun des autres participants, et avait ajouté qu'il lui manquait éventuellement un "petit quelque-chose", et qu'il se faisait fort de lui révéler un secret très utile d'ici la fin du stage. Nicole était aux anges, on s'en doute. Le soir-même, elle retrouvait sa compagne de chambre — nous étions logés dans un grand château glacial dans le sud de l'Angleterre, garçons et filles séparés — en larmes. Après d'inutiles tergiversations bien féminines, Aurélia, qui avait deux ans de plus que Nicole, lui raconta ce qui la plongeait dans une sorte de désespoir nerveux. 

B. lui avait tenu à peu de choses près le même discours qu'à mon amie. Cependant, les choses étaient plus avancées, pour Aurélia. Avant le dîner, elle était allée, à la demande de B., le rejoindre dans ses appartements, pour y être initiée au petit secret de celui-ci, secret qui devait définitivement la faire accéder sur son instrument à un stade artistique supérieur. Le Maître l'avait très bien reçue, lui avait offert un verre de whisky qu'elle n'avait pas refusé, puis lui avait exposé tranquillement la chose. Sa théorie était que certaines jeunes filles, déjà bonnes musiciennes, avaient pourtant un jeu de constipées (ce n'est pas le mot qu'il utilisa). Il était fort bien élevé et n'aurait jamais dit à ses étudiantes ce qu'un Emmanuel Krivine par exemple dit fréquemment à ses musiciens d'orchestre : "Vous jouez avec un balai dans le cul, Mademoiselle !", ou ce genre de choses, mais il avait sa manière à lui de se faire comprendre. Lorsque Aurélia reposa son verre de whisky, elle remarqua, posé sur un coussin, un ustensile qui l'intrigua, une espèce de poire munie de deux longs embouts, sorte de petit serpent rose qui semblait en train de digérer une pomme. Quand Nicole me raconta l'histoire, je ne pus m'empêcher de l'interrompre pour lui apprendre qu'on appelait cela un énéma. B. expliqua posément à Aurélia que la seule et unique chose qui pourrait améliorer son jeu de violoncelle était un lavement, et il se levait déjà pour se rendre à la salle de bains quand la pauvre fille prit ses jambes à son cou.

Les affaires de tuyauterie sont fondamentales, au moins depuis Vatican II, sinon depuis les Grecs. Être constipé, éjaculateur précoce, ou incontinent, on y vient un jour ou l'autre. Les plombiers et les prêtres ont été remplacés par les blogueurs et les médiâtres, mais cela ne marche pas aussi bien, loin s'en faut. La plupart des femmes ont besoin d'une bonne fessée, beaucoup plus que de mots et de conseiller en communication. Une fessée administrée avec art remet l'appareil symbolique en ordre de marche avec une économie de moyens remarquable.

Nicole, à défaut d'avoir été sondée par un maître anglais du violoncelle, a au moins compris cela. Elle n'est pas la meilleure violoncelliste du monde, mais pratique la fellation avec une virtuosité de professionnelle. La plupart des femmes ne savent pas phraser une fellation, c'est malheureux à dire mais il faut bien que quelqu'un le dise. La plomberie c'est pareil : vous préférez le plombier Michelangeli ou le plombier Arrau ? Ça n'a rien à voir, figurez-vous. Il ne faut pas encourager les mauvais artisans, il faut les décourager à tout prix, il en va de leur santé, et accessoirement de la nôtre. Les femmes sont des amateurs en ce qui concerne la sexualité, je suis désolé mais c'est un fait mieux établi que le réchauffement du climat. Vous n'allez tout de même pas me demander s'il existe un rapport entre l'art de la fellation et la fessée ? Si ? En tout cas, je l'ai maintes fois constaté, il y a un rapport direct entre le sens du rythme et les châtiments corporels. Les "arythmiques" sont légion de nos jours, et ce n'est pas un hasard si ce qui tient lieu de musique a cessé d'être ternaire ou même binaire pour devenir ou redevenir une sorte de ressassement unaire, à une époque qui a peur des baffes comme du diable. On peut gloser interminablement sur ce qu'est le phrasé, mais dans le fond, c'est très simple. Il s'agit seulement de savoir répartir la douleur et le désir selon un rythme adapté au sens. Il suffit donc de ne pas être bouché.

lundi 11 mars 2013

Mark Rothko



De quoi parlait-il avec son fils ? De musique. Mozart, Haydn, Beethoven, Schubert… Il n'allait pas au-delà. La musique est ce qui l'a le plus influencé. Ses enfants ont hérité de sa collection de disques. Sa peinture sourit à travers les larmes, comme on le dit de la musique de Mozart. La tristesse n'est jamais loin, mais les couleurs sont les plus belles couleurs qu'on ait vu sur de la toile ou du papier. Comme tous les plus grands artistes, il n'a jamais pensé se couper de la tradition, de l'art qui l'a précédé. C'est parce qu'il ne voulait pas mutiler la figure humaine qu'il a opté pour l'abstraction, mais aussi parce que seule l'abstraction lui permettait de philosopher en peinture




dimanche 10 mars 2013

Rigueur torse



En addendum à deux précédentes entrées de ce blog, voici une intervention de Cassandre, sur le forum de parti de l'In-nocence, qui me paraît éclairante et précieuse :

Autant la rigueur mathématique du spécialiste est nécessaire pour comprendre le réel quand il échappe aux sens, autant quand il s'agit de la vie quotidienne des individus, de ce qu'ils enregistrent tous les jours, 365 fois par an, le spécialiste me semble sujet à caution. Soit il confirme le témoignage des sens, auquel cas il est inutile ; soit il l'infirme et il ne peut être alors que dans son tort, car nul spécialiste ne peut avoir raison contre le vécu, l'expérience, de millions de gens surtout s'il ne vit pas leur vie. Le fait que ce n'est pas la terre qui est immobile mais le soleil ne pouvait être connu sans le travail scientifique d'un Copernic ou d'un Galilée car ce phénomène échappe aux sens des individus qui voient de leurs yeux le soleil se lever à l'est, se coucher à l'ouest et sentent la terre immobile sous leurs pieds. En revanche un spécialiste de la société papoue en saura bien plus sur celle-ci que les non Papous mais pas davantage que les Papous eux-mêmes même s'ils le savent différemment. Rien ne me semble plus pernicieux que ce culte du spécialiste de tout et n'importe quoi qui caractérise la modernité. C'est une terrible machine de guerre contre le peuple dont elle discrédite l'expérience, le témoignage et la parole. S'il faut des spécialistes pour faire comprendre au peuple ce qu'il voit et ressent dans sa vie quotidienne, alors c'est qu'il est sérieusement débile et que la démocratie est une erreur. D'ailleurs en Droit n'y a-t-il pas un adage qui affirme que les témoignages concordants venant de personnes nombreuses qui ne se sont pas concertées à l'avance valent preuve? A plus forte raison quand il s'agit du témoignage de dizaine de milliers de personnes sur des dizaines d'années. C'est pourquoi le livre d'Obertone n'a nul besoin de la rigueur du spécialiste puisqu'il confirme ces témoignages. A la limite on pourrait dire qu'il est inutile car, en effet, il n'apporte rien que ce que le vulgum pecus connaissait déjà. S'il paraît néanmoins à ce point nécessaire c'est qu'il fait appréhender une réalité inquiétante interdite d'expression, qu'il la rend audible et lisible même à ceux qui la connaissaient déjà mais qui n'étaient pas autorisés à la dénoncer. 

Intervention à laquelle il faudrait ajouter la réponse qu'elle fait à l'un de ses contradicteurs :

(…) Les individus qui forment un peuple ne sont pas dans une tour d'ivoire ! Ils se fréquentent, se parlent, échangent leurs expériences et leurs impressions. C'est ce qui finit par former ce que l'on appelle les "lieux communs" qui contrairement aux "préjugés" non fiables sont des "postjugés" généralement fiables parce que, précisément, ils sont le résultat de dizaines de milliers d'expériences et d'informations échangées sur des dizaines d'années, puis transmises aux générations suivantes. C'est plutôt l'"élite" qui risque d'avoir des préjugés parce qu'elle est trop peu nombreuse pour pouvoir échanger un nombre suffisant d'expériences surtout si elle vit éloignée du terrain. Seule la propagande peut arriver à discréditer les lieux communs, et souvent elle y arrive. C'est pourquoi il faut, à plus forte raison, prendre ceux-ci au sérieux quand ils lui résistent. Cela dit, les peuples ont aussi des préjugés quand ceux-ci ne concernent pas, non plus, leur expérience directe. En ce qui concerne l'évolution des phénomènes et des situations dans le temps, il est certain que le spécialiste est nécessaire. Encore que, à une époque où les centenaires se multiplient, avec bon pied, bon oeil et bonne mémoire, il est difficile, par exemple, d'affirmer que la société française était aussi violente (voire plus) il y a cinquante ans qu'aujourd'hui. Il est vrai que le mépris dans lequel on tient la vieillesse interdit qu'on entende la parole des "anciens" comme on disait (ce qui avait une autre allure que "troisème âge").
(…)
Le souci de rendre audible une vérité occultée doit certes s'appuyer sur un maximum d'exactitude, nul ne le conteste. Toutefois cette situation que décrit Obertone est vécue depuis trente ans par certaines catégories de la population qui vivaient au contact de l'immigration arabo-africaine. Je me rappelle encore ce témoignage d'un Français encore jeune et bien sous tous rapports qui décrivait le climat dégradé fait de vandalisme, d'insultes, de menaces, que les gens comme lui vivaient déjà dans sa banlieue depuis le regroupement familial. En parlant, cet homme avait la gorge nouée et quasiment les larmes aux yeux, non parce qu'il avait peur ou n'en pouvait plus mais parce que, ayant été élevé dans le culte de la tolérance et de l'antiracisme, ce témoignage qui allait à l'encontre de tout ce qu'on lui avait appris lui coûtait terriblement et n'en n'était, d'ailleurs, que plus poignant. Il n'empêche qu'il avait pu le faire sans que personne ne le traînât dans la boue. C'était, il est vrai, en ... 80, époque où la gauche et son idéologie immigrationniste n'était pas encore au pouvoir ni ne régnait encore de façon absolue sur les esprits. A partir de l'élection de François Mitterrand et de la création de SOS racisme ce genre de témoignage devint impossible. En revanche quantité d'articles et de livres parurent , dont l'emblèmatique "La France raciste" de Michel Vieworka, pour expliquer qu'il n'y avait pas davantage  d'insécurité en France mais seulement un sentiment d'insécurité et sous-entendre que ce sentiment avait pour origine le racisme et la xénophobie des Français "de souche". Et pendant toutes ces années pas un seul Obertone pour demander aux auteurs : "Mais quelles sont vos sources ? Quels sont vos chiffres ? D'où les tenez-vous ?". Pas un seul pour démonter, par exemple, le si facilement démontable et si scandaleux " La France raciste" donné au contraire comme modèle d'enquête sociologique aux étudiants. Cette pléthore d'ouvrages ne se contentait pas de quelques approximations, eux : le plus souvent ils mentaient carrément. Et voilà qu'au bout de tant d'années de mensonges sous toutes les formes, on tombe à bras raccourcis sur le premier livre à rendre compte de la situation que vivent les Français au motif de quelques inexactitudes minuscules dont le nombre d'homicides qui serait en baisse. Le breau scrupule que voilà ! S'ils sont en baisse et même si on ne tient pas compte de l'explication qu'en donne Obertone, laquelle, me paraît pourtant valable, c'est depuis si peu de temps et en si faible proportion par rapport à l'énormité du phénomène que cela ne change rien au constat de l'auteur !

jeudi 7 mars 2013

Récits


Dans la réponse excellente que Laurent Obertone fait à l'Abbé Plenel, il note : « Pour résumer, il suffit d'avoir des yeux et de s'en servir. » Tout en étant bien d'accord avec lui, j'ajouterai cependant que c'est la chose la plus difficile qui soit. Il n'y a pas un jour où je ne sois amené à constater que les deux appendices qui se trouvent de chaque côté de la tête des humains ne leur servent à peu près à rien, aussi je me dis qu'il doit en aller de même pour les yeux. Moi-même, d'ailleurs, je me sers très peu de mes yeux. Je les laisse soigneusement au repos car je sais que dans la mort ils sont très utiles, et peuvent même nous la sauver. 

Cela doit bien faire dix ans que je n'ai pas lu un livre, même s'il m'arrive régulièrement d'en ouvrir. J'aime beaucoup le bruit que fait un livre qui se referme sur lui-même. Souvent, le soir, dans mon lit, je me divertis en soufflant à travers les pages d'un volume. Outre le son magnifique que cela engendre, dont je ne me lasse pas, j'imagine que mon souffle décolle les caractères imprimés sur les pages et les renvoie là d'où ils n'auraient jamais dû sortir, en ce territoire sacré qui précède l'écrit, le récit. Alors je repose la livre sur la table de nuit, j'éteins la lumière, je remonte les couvertures sur ma bouche, et j'écoute Luna me raconter des histoires de chiens. 

Les abbés sont comme moi, ils réservent leurs yeux à l'autre monde, et les récits qui les intéressent ne concernent pas celui-ci. 

Cause Monde : orage magnétique



Il était temps ! L'autre de Jean-marie Le Pen, Jean-Marie Le Guen, sauve l'honneur. Quand on pense que personne n'avait encore eu cette idée, on en frémit d'horreur rétrospective. Et si Jean-Marie Le Guen n'était pas né, et si Jean-Marie Le Guen n'était pas "un élu socialiste", et si Jean-Marie Le Guen n'était pas progressiste, et si Jean-Marie Le Guen n'était pas suffisamment moderne pour avoir eu l'idée d'un Carnaval de la Diversité ? Et si Jean-Marie Le Guen s'appelait Modeste Albirun ? Je ne crois pas que Modeste Albirun aurait eu spontanément une idée si géniale. Je peux me tromper mais je ne crois pas. S'appeler Jean-Marie Le Guen, quand le Grand Autre de la politique s'appelle Jean-Marie Le Pen, ça aide à avoir des idées qui sauvent l'honneur, ça aide à sentir le vent de l'histoire, ça aide à regarder dans la bonne direction, la direction utile, comme disent les comiques croupiers issus de la Couveuse Mondiale, ceux qui ont le droit de s'asseoir dans le Fauteuil de Ruquier. 

Mais je crois qu'on peut faire mieux. Imaginons un instant une femme de notre temps qui s'appellerait Marine Le Guen, ou mieux encore Marine Le Ben. Imaginons que cette femme, moderne, progressiste, bien sous tout rapport, donc, encore jeune et suffisamment ambitieuse pour faire don de sa personne à la Raie publique, se demande de quelle manière elle pourrait bien frapper les esprits, de quelle façon elle pourrait réveiller l'ouïe endormie des négligents qui gisent à Paris-Plage ou à Boboland, de ceux qui n'entendent plus la différence entre le P et le B, par exemple, ayant leur tympan prématurément usé par des décennies d'extase citoyenne. D'accord, elle peut se lancer dans le rap, un rap qui n'utiliserait que des consonnes labiales, mais il est à craindre qu'un art aussi subtil et finalement élitiste soit de nature à ne pas rassembler plus de quelques milliers d'individus déjà acquis à la cause labiale. Une Marine Le Ben ne peut pas en rester à une logique groupusculaire, aussi séduisante soit-elle, elle doit viser le million, voire la dizaine de millions, si elle veut que son nom sonne enfin comme le cor enchanté du Bien, la trompe sacrée du Contemporain. C'est par l'écart infime que très souvent l'original se révèle comme le singulier absolu. C'est la porte étroite de la Renommée : L'événement qui révèle l'évènement. Vaincre ou mourir, exister ou disparaître, quand la destinée vous a offert pareil patronyme, est une axiomatique sans alternative. 

L'Évidence est toujours cachée, comme la lettre du même nom, au milieu de la figure médiatique. Ce sont pourtant les découvreurs d'Évidence qui font l'Histoire. Aujourd'hui, l'Évidence est grosse de concepts à retournements simultanés et multidirectionnels qui sont, en outre, sujets à déconstruction automatique et permanente, ce qui constitue bien sûr une chance pour la France mais surtout une Chance Pour les Journalistes. Les concepts à CPJ interne sont en vogue chez nos celles-et-ceux politiques, qui les rendent enrobés de salive républicaine quelques jours après, sous la forme de ce qu'on nomme "petites phrases". La Diversité est un des concepts à CPJ interne qui a le plus gros rendement, en terme de petites ou grandes phrases. Nous nous sommes renseignés auprès de l'Institut national chargé de la traçabilité des principaux concepts à CPJ interne, qui nous a aimablement fourni une carte lumineuse à fort coefficient de radio-conformité, un peu à l'image de ces plans de métro munis d'un clavier qui nous fascinaient tant, enfants. (Vous cherchiez une destination, vous appuyiez sur le bouton correspondant, et le trajet s'affichait sous la forme d'un serpent coloré qui vous guidait vers la sortie du labyrinthe.) Nous enfonçâmes le bouton Diversité et ce fut Noël en plein mois de mars ! Bien entendu, son trajet croisait celui de Carnaval, avec un changement à la station Assemblée nationale, comme on pouvait s'y attendre. Mais le plus important est que le sentier lumineux de la fée Diversité croisait beaucoup d'autres sites qui, eux-mêmes, appartenaient à des titres divers à la grande famille des aisselles rasées et des Hessel rasant, des Caroniens aux crocs aigus, des Batteurs de coulpe à votre place, des Pleneliens de choc, des Badiou de Vaindiou, des Caramels Hollande, des Morand de Meurés, des Bourmaliens supérieurs, des Delanoé Soulépavé, des Bourdieu de Morin et des Attali des Serres chaudes, toutes dynasties délocalisées dans un Ailleurs sans papiers mais à bifetons. Les prophètes et les procureurs du Vivrensemble obligatoire pour tous s'étant engrossés mutuellement, il n'est plus question d'y retrouver la moindre diversion ni la moindre divergence, mais qu'importe la réalité puisque nous avons la CPJ en perfusion gratuite administrée dans la salle de shoot municipale située juste à côté de la salle polyvalente, qu'importe le divers puisque nous avons la diversité.

C'est dans cette économie parfaitement réglée et d'une efficacité aux normes européennes qu'une Marine Le Ben pourra et voudra venir déposer et proposer son tube à réussite à l'admiration citoyenne des résolus sociaux.

Ça a débuté comme ça :

Marine Le Ben est assise sur son canapé en coton bio équitable acheté à la Camif, elle feuillette les pages culture de Télérama. Tout à coup, elle s'immobilise, le front moite, l'œil enflammé. Elle prend une feuille de papier recyclé. Sur la page blanc écru, elle écrit :

— Racisme (c'est fait)
— Inégalités sociales (c'est fait)
— Discrimination (c'est fait)
— Stigmatisation (c'est fait)
— Antifascisme (c'est fait)
— Vivrensemble (c'est fait)
— Festif, fête, festivités, ludique (c'est fait)
— Citoyen, citoyenne, citoyenneté (c'est fait)
— Cités, quartiers, politique de la ville, moyens (c'est fait)
— Réseaux sociaux (c'est fait)
— Fraternité, solidarité (c'est fait)
— Accueil, étranger, sans papiers (c'est fait)
— Alphabétisation, restos du cœur, DAL (c'est fait)
— Paris-Plage, Nuits blanches, etc. (c'est fait)
— École, lieu de vie, convivialité (c'est fait)
— Fêtes des voisins (c'est fait)
— Mamans, mamies, seniors (c'est fait)
— Dialogue inter-religieux (c'est fait)
— Légalisation du cannabis (c'est fait)
— Lutte contre l'homophobie (c'est fait)
— Social au sens large (c'est fait, au sens large)
— Assosses (c'est fait)
— Prisons (c'est fait)
— Culture (c'est fait, oh là là, c'est fait !)
— Rythmes scolaires (c'est fait)
— Tabac (c'est fait)
— Lutte contre l'industrie pharmaceutique (c'est fait)
— Pédophilie (c'est fait)
— Indignation (c'est fait)
— Féminisme (c'est fait)
— Genre (c'est fait)
— Care (c'est fait)
— Nucléaire (c'est fait)
— Exil fiscal (c'est fait)
— Vocabulaire, lexique, expressions (c'est fait)
— Sexisme (c'est fait)
— Nouvelles technologies (c'est fait)

(…)

Long silence, durant lequel Marine Le Ben transpire abondamment. Son pouls est à 100. Sa tension à 9,5 / 14,5. Le bout des doigts picotent. Bref accès de découragement. Mais c'est pas possible, tout ne peut pas avoir été fait ! Il y a sûrement quelque chose à quoi personne n'avait pensé jusque là ! C'est là, je le sens, c'est au bout de mon stylo, c'est pour moi, ce sera mon idée, à moi, rien qu'à moi. Je dois trouver ! Elle a la vessie pleine, mais elle se dit qu'elle n'ira pas aux toilettes tant qu'elle n'aura pas trouvé, quitte à faire dans sa culotte. Marine Le Ben a du caractère. On a toujours dit, autour d'elle : Marine, c'est quelqu'un ! Quand elle une idée dans la tête, elle l'a pas ailleurs ! Nous sommes mercredi soir, les enfants sont couchés, Jean-Marie, le mari, est en formation-stage d'entreprise (synergie-trans-énergétique de groupe), il ne rentre que samedi. Elle est donc seule avec sa feuille de papier. Il fait 19 degrés dans la salle de séjour, la table est débarrassée, la vaisselle est faite. Tout va bien, Marine, tout va bien. Réfléchis, respire et réfléchis ! Le ventre, respire avec le ventre. Inspire le bonheur, expire le malheur. Lâcher-prise. Ondes alpha. Coolitude cool. (…) Rien, le vide total. Elle n'arrive plus à penser, c'est comme si son cerveau était en arrêt de travail. Droit de retrait. Cortex en réunion syndicale. Neuromédiateurs à la plage. Hypothalamus en RTT. Synapses en congé maternité. Putain, Marine ! Les doigts dans la prise ? Non, trop douloureux. Une petite branlette ? Les enfants pourraient se lever pour boire un verre d'eau. L'horloge parlante ? Existe plus ! Lire les commentaires sur son blog ? S'y laisserait prendre, comme d'hab. Elle essaie d'arrêter ses jambes de danser sur place, contracte ses sphincters. Un peu de volonté, quoi, merde ! La pendule sonne dix heures.

Reprenons. Une cause. Une cause nationale. Une cause nationale et consensuelle. Une cause nationale, consensuelle et moderne. Une cause nationale, consensuelle, moderne et sympa. Une cause nationale, consensuelle, moderne, sympa et utile. Une cause nationale, consensuelle, moderne, sympa, utile et… Non, nationale, on s'en tape. Faut voir plus grand. Donc, une cause internationale, sans frontières, consensuelle, moderne, sympa, utile, de gauche (pléonasme). Une image lui passe par la tête : Jean-Paul Sartre sur son tonneau, à Billancourt. La Cause du Peuple. La Cause du Citoyen. Elle n'a pas connu mai 68, mais son père lui a raconté. Révolte, rébellion, indignation, cause, soulèvement, résistance, entraide, solidarité, modernité, histoire, révolution, droits, commune, front populaire, congés payés, avortement, droit de vote, pilule, échangisme, partouze, non, stop ! Elle a trop envie de faire pipi. Elle court aux toilettes, mais trop tard, elle a mouillé sa culotte et ses collants. Elle pisse. Ah que c'est bon. Elle ôte ses collants, sa culotte, reste assise aux toilettes, le regard vague, le visage entre ses mains. Citoyen du monde. Elle se répète ces trois mots comme un mantra. Citoyen du monde. Elle pense aux multinationales, au nucléaire, à la guerre, aux armes en vente libre, à George Bush, au Tibet, au Sous-commandant Marcos, à Louis XIV, aux éoliennes, aux Incas. Les Incas… Les Incas…

Elle se lève, tire la chasse, se précipite sur l'ordinateur, dans la chambre. Internet, Dailymotion, Google, Wikipedia… Les Incas… Le soleil. L'éclipse de soleil. Tintin. Re-Google. MCE. Éjection de masse coronale. Mai 2013. Voilà, j'y suis. NASA, Canada, magnétosphère, vents solaires, tempêtes, cycles, taches solaires, alignement, 1859, Carrington, réveil, catastrophe, secret, silence, complot…

Bon dieu mais c'est bien sûr ! Mai 2013, mais c'est dans deux mois ! Deux mois, deux petits mois à peine ! Comment se fait-il que personne n'en parle ? On sait depuis longtemps que se prépare sans doute la plus grande catastrophe de tous les temps, et on nous parle d'insécurité ? Ah les salauds ! On sera peut-être morts dans trois mois et on invite Laurent Obertone à la télévision ? Ah les ordures ! L'Actu, c'est pas Orange mécanique, c'est ORAGE MAGNÉTIQUE ! Quand je passerai chez Ruquier, j'exigerai d'être la seule invitée ! On sera en prime-time, pas à minuit moins dix ! Ah les cons ! Évidemment, les Puissants se sont certainement déjà préparés à la Chose, il doit exister des solutions, mais on se garde bien d'en parler, parce qu'on sait qu'il n'y en aura pas pour tout le monde ! Israël doit être dans le coup. On ne les entend plus trop en ce moment. Ils ont autre chose à foutre que de balancer une bombe sur l'Iran, tu parles ! Pas besoin de bombe, pour les Iraniens. Suffit d'attendre, planqué trois cents mètres sous terre, avec des réserves pour deux ans. La voilà l'Insécurité du millénaire, le voilà l'ensauvagement du monde à l'échelle planétaire ! La soleil va nous chier dessus, et on n'a aucun parapluie en état de marche. 90 secondes pour revenir à l'âge de pierre, et Jean-Marie qui fait son stage d'entreprise… J'y crois pas ! Mai, le mois de Marie ? Le mois de Marine, oui ! Ça va tweeter dur, dans les jours qui viennent, c'est moi qui vous le dis ! C'est pas la Trierweiler qui va me faire de l'ombre, à moi ! La voilà, ma Cause internationale, hyper-moderne, consensuelle, et utile ! Peut-être pas aussi sympa que j'aurais souhaité, mais on ne va pas faire la fine bouche. Plus moderne qu'une tempête solaire à donf, tu meurs ! Surgissent quelques questions non dénuées d'importance : la Tempête solaire est-elle de droite ? La Tempête solaire fait-elle le jeu du Front national ? La Tempête solaire a-t-elle partie liée avec les Marchés financiers ? La Tempête solaire pourrait-elle favoriser le retour de Sarko ? La Tempête solaire est-elle anti-républicaine ? La Tempête solaire stigmatise-t-elle les quartiers sensibles ? À toutes ces questions, Marine répond : Oui, oui et oui ! Dans les jours qui viennent, elle aurait le temps de justifier ces affirmations, mais pour l'heure, il y a urgence ! Il convient de résister, de faire front commun, de s'indigner contre ces vents solaires et cette masse coronale qui va frapper les plus démunis, les exploités, les damnés de la Terre, les Sans-papiers, les immigrés. À la masse coronale qui menace les peuples de la Terre, Marine Le Ben, dès ce soir, décide de dire, contre vents solaires et marées rouges :

NO PASARAN ! Touche pas à ma magnétosphère !

dimanche 3 mars 2013

Juste utiles


« L'insécurité est ce que les médias n'en disent pas. » (Robert Ménard)

Pauvre Obertone ! Il a été assez mauvais, il faut bien le reconnaître, même si on ne lui jettera pas la pierre, car on est bien conscient de la difficulté de l'exercice. Face à un Aymeric Caron bavant de haine, à une Natacha-Polony-comment-il-est-mon-profil qui a montré, une fois de plus, à quel monde elle souhaitait appartenir, et à tous les semi-débiles présents sur le plateau du clown institutionnel, il n'avait pratiquement aucune chance de s'en tirer. Les pour-qui-tu-roules et les d'où-tu-parles ont été jetés en grêle depuis les mâchicoulis du Spectacle sur celui qui n'émettait guère que des ultra-sons pianissimo, il fallait s'y attendre, et jusqu'au : « Laurent Obertone, êtes-vous utile à la société ? » (bis) du comique de service. Ces gens sont des salopards de gros calibre. On a beau le savoir, ça fiche toujours un coup au moral de toucher du doigt leur absence totale de morale. Chiens.


Pas une seule fois, évidemment, la seule question qui vaille : « Est-ce vrai ? » n'a été posée. 260 viols tous les jours en France, est-ce vrai ? Oui, c'est vrai. Deux cent soixante, vous avez bien entendu ? Les ça-a-toujours-existé (avec la variante ruquio-caronienne : c'était-bien-pire-avant), les quelle-est-votre-solution, ont étouffé les 260 viols à la naissance (couvercle à peine soulevé déjà refermé, c'est magique), les plateaux-télé ne peuvent pas supporter 260 viols par jour en France, ils ont la couenne fragile, les plateaux-télé, ils ont un cœur de pierre mais la tripe sensible, selon la belle formule de Finkielkraut. On n'est pas là pour s'anxiogénifier, mais pour raconter des blagues et gagner sa vie en se foutant complètement de ceux qui en crèvent, de ces 260 viols par jour en France. Obertone, tu nous casses l'ambiance, avec ton bouquin-orange-livre-de-chevet-de-Marine-Le-Pen que même la Polony elle trouve mauvais, que c'est pas comme ça qu'il faut en parler, que la Polony elle sait comment il faut en parler pour que Sir Aymeric fasse pas trop la gueule, et surtout que c'est une chasse gardée, quoi, merde, si tous les Obertone de province viennent mettre les pieds dans le plat mais où on va aller dîner tranquille, quoi ! Pouvait pas faire un bouquin sur le végétarisme, ou sur la francophonie, ou tiens, mieux, sur l'amitié franco-algérienne, l'Obertone de mes deux ? Pour débuter dans le journalisme, excuse-moi, vieux, mais on met pas direct les pieds dans le plat où mangent tous ces messieurs-dames de la télé ! Mais qu'est-ce qu'on fout, dans les écoles de journalisme, bon dieu, tout fout le camp ! Apprends un peu les bonnes manières, Laurent, et reviens après, tu verras comme on se marre bien entre nous, comme c'est cool d'être pote avec Ruquon, Ardissier, Natacha, Jessica, Maëva, tu pourras amener ta femme, et tu pourras enfin te saper correct. Allez, mec, sois cool, choisis mieux tes amis, de toute façon, on est les plus puissants, et on s'entraide, c'est ça la famille, tu vois. Tiens, je vais t'offrir les 220 satoris mortels de François Matton pour te calmer un peu les nerfs, ça te changera un peu de tes 260 viols par jour en France. Mais j'y pense, ah oui, c'est ça, t'as été violé quand t'étais petit, hein, oui, c'est bien ça, tu t'en es jamais remis, ah, pauvre petit, et tu crois te venger avec ton bouquin-livre-de-chevet-de-Marine-Le-Pen, ah, les salauds d'hétéros blancs catholiques et colonialistes, encore un pauvre petit gars qu'ils auront massacré à la naissance, les ordures, et après on s'étonne que ça nous fasse des inutiles-à-la-société-qui-font-le-jeu-du-Front-national. Pauvre petit Laurent, quand on pense que t'aurais pu t'appeler Ruquier, t'as vraiment pas eu de bol, toi ! T'aurais mieux fait d'être pédé, Obertone, tu nous aurais écrit un bon bouquin sur l'homophobie ou genre, enfin du solide, quoi. Au lieu de quoi, tu nous rabâches ce machin indigeste que déjà tout-le-monde-il-en-parle-sans-arrêt et qu'on sait tout ça par cœur ! On sait tout ça par cœur et en même temps ça n'existe pas, tu vois, c'est ça la dialectique moderne, on a dépassé depuis longtemps le stade de la non-contradiction, nous, on en est au stade de la non-non-contradiction déconstruite, eh oui, mon pote, faut juste un peu se tenir au courant, quand on se prétend journaliste ! Journaliste, t'entends ? Un journaliste, c'est pas le mec qui angoisse nos clients, Laurent ! T'es con ou quoi ? Tu veux travailler ou pointer au chômage ? Regarde Sir Aymeric. Ça c'est du journaliste. Il suit la ligne, il en démord pas, il mordrait sa mère plutôt que de déroger à la Règle. On peut compter sur lui. On est des soldats, tu comprends ça ? Des larbins, oui, si tu veux, mais il en faut, et c'est pour la bonne cause. En Afrique ils ont les enfants-soldats, nous on est les larbins-soldats. C'est le prix à payer pour mettre les doigts dans le gâteau. On n'a qu'une vie, Laurent, tu comprends ça ? On met nos enfants dans des écoles privées, chais pas si tu sais mais ça douille, ces conneries ! On est UTILES À LA SOCIÉTÉ, nous ! C'est juste normal qu'elle nous le rende un peu. C'est comme ça que ça marche. Bon, OK, les 260 violées, c'est dramatique, c'est vrai, mais on n'y peut plus rien, tu vois, ce qui est fait est fait, ce qu'il faut c'est aider le Jeune qui les a violées à ne plus recommencer, à lui apprendre à lui aussi les bonnes manières, tu comprends, comme à toi. Parce que lui aussi il veut mettre ses doigts dans le gâteau, tu vois, c'est juste normal. Si on le laisse en prison, le Jeune, comment on saura si sa réinsertion a réussi ou pas, hein, gros malin ? Faut bien qu'il sorte, pour qu'on vérifie nos théories généreuses ! Et puis, comme l'a si bien dit le Canadien au gros pif : « Ça sert à rien de construire de grosses prisons, c'qui faut c'est aimer l'autre ». C'est simple comme un gros pif au milieu de la figure.

« Qu'as-tu fait, ô toi que voilà Pleurant sans cesse, Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà, De ta jeunesse ? » Je ne sais pas si tu aimes la poésie, Laurent, mais tu devrais juste méditer ces vers. Arrête de chialer comme une gonzesse, et viens rigoler avec nous, tu verras, c'est bien meilleur pour le cholestérol. Sois utile à la société, mon pote, au lieu de débiner Joey Starr et Samy Naceri. T'es rien, à côté de ces géants ! Rien du tout, zéro, Obertone, juste un son qu'on n'entend même pas, comme tu l'as démontré hier-soir. Tu as voulu traverser l'Achéron et rester vivant, mais Caron ne mange pas de ce pain-là, lui, t'as encore trop le goût de bidoche, mon petit. Rester vivant, aujourd'hui, est un affront terrible au vrai Pouvoir. Regarde nous. Nous sommes tous morts, et tout va bien, je t'assure ; pénards qu'on est, tu peux pas imaginer. La seule manière qu'il ne t'arrive rien aujourd'hui est d'être déjà mort. Être journaliste au XXIe siècle consiste à être mort, à parler comme un mort, à penser comme un mort, à vivre comme un mort. Viva la muerte !



PS. Je me demandais une chose, hier-soir, en regardant ce cirque abject : Est-ce qu'un jour, oui ou merde, il y aura quelqu'un pour se tirer de là en plein milieu en leur disant froidement, les yeux dans les yeux, vous êtes une bande de connards, je vous laisse entre vous ? Non ? Vraiment personne ?

PSS. Voir l'excellente réponse de Laurent Obertone aux Médiapartisans.

samedi 2 mars 2013

Sonate retrouvée dans ma déclaration d'impôts



À l'heure où la fachosphère unanime proclame qu'elle est Laurent Obertone, ce dont tout le monde se doutait bien (et se fout), nous avouons nous aussi : 

François Schubert, c'est nous !

La preuve