mercredi 30 janvier 2013

Enfer


L'existence humaine ne devient une véritable souffrance, un enfer que lorsque deux époques, deux cultures, deux religions interfèrent l'une avec l'autre. Un homme de l'Antiquité ayant dû vivre au Moyen Âge aurait lamentablement péri, suffoqué. De la même manière, il est certain qu'un sauvage étoufferait au milieu de notre civilisation. Parfois, une génération entière se trouve prise entre deux époques, entre deux styles de vie ; à tel point qu'elle perd toute notion d'évidence, tout savoir-vivre, tout sentiment de sécurité et d'innocence. Il va de soi que chacun ne ressent pas ce phénomène avec la même intensité. Une personnalité telle que Nietzsche a dû subir le mal d'aujourd'hui avec plus d'une génération d'avance ; les souffrances qu'il fut contraint d'endurer dans la solitude et l'incompréhension affligent désormais des milliers d'hommes. 

(Le Loup des steppes, Hermann Hesse)

dimanche 27 janvier 2013

Les Djangos



J'adore les "djangos", comme les appelait Serge. Ces guitaristes qui ne se posent aucune question, qui jouent leurs "plans" le plus vite possible, avec le plus de dextérité possible, qui travaillent leur guitare toute la journée, même aux toilettes, même en regardant la télé, qui se nourrissent de plaquettes de chocolat et de bière, qui enfilent les traits comme des malades, je les adore. Ils semblent faire partie d'une secte, ces parfois très jeunes musiciens. Le manche d'une guitare est bien adapté à cette forme d'esprit, puisque les notes conjointes ne se trouvent pas les unes à côté des autres, comme sur le clavier du piano par exemple. On saute de quarte en quarte, toujours dans un raccourci, toujours en descente, le cul en l'air, la clope au bec. Toujours plus vite, toujours plus dopé, toujours plus speed, une main gauche qui semble sortir d'un film muet des années 20, vite, vite, encore plus vite ! Il n'y en avait qu'un qui pouvait les suivre, de quinte en quinte, c'était Stéphane Grappelli. Reinhardt, Grappelli, c'était la France ? Oui, bien sûr, que c'était la France ! Comme Miles Davis, un peu plus tard. Même Segovia admirait Django, et il faut bien reconnaître que Menuhin, à côté de Grappelli, fait un peu pitié… Des instrumentistes comme ça, ça console de beaucoup de choses, comme par exemple des journalistes qui tiennent des blogs en prenant la pose.

vendredi 25 janvier 2013

Yaka m'appeler Ygor !



On sait que la blogosphère regorge d'imbéciles, d'abrutis, de crétins, de débiles, d'attardés en tout genre et de précieuses ridicules dont il est très facile de se moquer. Georges a toujours préféré s'en prendre à ceux qui avaient réussi à prendre la posture des intelligents, ceux qui avaient un pédigrée, ceux qui tiennent des blogs ou des forums, auxquels les bitophiles bêlants s'abonnent aujourd'hui comme autrefois on allait à confesse. On en a connu des sacrés, des précieux, des hyperboliques, des sous-tendus, des pluridisciplinaires, des dilatés du foie, des flasques, des amphigouriques, des dorés sur branche, des hystériques et des flamboyants, des trombosés du logos,  des cataleptiques de l'induction, des nervurés de l'anamnèse, des perforés de la vergogne, des spasmodiques du colon, mais il me semble, je crois, j'en suis presque sûr, qu'il ne nous avait pas encore été donné d'atteindre à ces rivages, à ces sommets vierges, à ces altitudes où ne soufflent que des vents sublimes et la pensée la plus cristalline, où l'esprit peut se mettre à dériver sans crainte de toucher les bords du gouffre sans dimension et sans fin auquel il aspirait depuis l'origine de l'origine. Si improbable que cela semble, jamais nous n'avions été lire du Yanka dans le texte, sans doute secrètement affolés par la puissance de ce qui là est mis en branle*, et nous avions bien raison. "Bonheur de lecture", "être réceptif aux vibrations", "Ce qui doit être exceptionnel ou sublime, c'est le regard que l'écrivain porte sur les choses, non les choses en elles-mêmes.", "Écrire est toute une alchimie, un processus très complexe", "ce que vous lisez de ma plume sur mes blogs n'est que la crème fraîche de mon gâteau, la partie visible de mon iceberg", "ce n'est pas tant de moi que je parle que de ma sensibilité, de mon ressenti", "Question vocabulaire, je suis paré", … Le processus très complexe du ressenti des vibrations de l'iceberg… Parés pour le départ, Captain, Zoby Dick en vue ! 

Tout à l'heure, sans que rien ne laisse prévoir l'événement, nous nous sommes retrouvés ici. Si vous avez eu le toupet insensé de suivre le lien que je vous propose, vous êtes sans doute, comme nous le sommes, sonnés, interdits, pétrifiés, vidés, exténués par le rire ou terrassés par l'effroi, vous vous êtes peut-être précipités à l'église pour prier, aux toilettes pour vomir, à l'hôpital voisin pour vous faire examiner, toutes choses que personne ne songera à vous reprocher. Nous aussi nous sommes restés sans voix un petit moment, hésitants, titubants, perplexes, la rate en état de choc. Nous croyons pourtant avoir trouvé la solution pour supporter ce coup formidable et nous voudrions en partager avec vous le bénéfice, comme nous le ferions d'un remède contre une maladie infectieuse et contagieuse. Contrairement à ce que des racontars malveillants laissent entendre, Georges a toujours été empli de compassion pour ses semblables. 

Relisez tranquillement le texte (les textes) de Yanka, mais en les plaçant mentalement dans la bouche de Didier Bourdon, mais si, vous savez bien, Didier Bourdon, le premier des Inconnus, le plus drôle. Faites-le ventriloquer du Yanka, mettez-lui par exemple en bouche les phrases qui suivent : « Qu'entendons-nous d'abord par "écrivain" ? Qu'entends-je, moi, par "écrivain" ? Toute personne tenant une plume et publiant n'est pas forcément un écrivain. Je ne dissocie pas l'écriture et l'art. L'écrivain, pour moi, est d'abord un artiste, mais il n'est pas que cela. » Vous entendez ? Vous commencez à comprendre ? Encore un peu, si ce n'est pas tout à fait limpide : « Je n'ai tout de même pas vécu tant que ça de situations extrêmes. Je me méfie d'ailleurs de mes propres perceptions. Quand tout s'effondre autour de moi, c'est la plupart du temps une impression ou une interprétation dramatique. La vérité, c'est que tout s'effondre en moi, que je perds pied et coule — du fait, c'est vrai, d'événements extérieurs plus ou moins identifiés ou de malveillances émanées d'individus cherchant à m'éprouver, à me nuire, à me détruire. Deux choses. La première, c'est que je suis fragile par excès de sensibilité ; la seconde, c'est que je suis fort de ma fragilité. Par là je veux dire que je suis très lucide sur moi-même, que j'ai une conscience aiguë de ma fragilité et que j'ai appris à me protéger. (…) Tout m'abîme, rien ne me détruit. (…) Les coups que l'on me porte au moral sont durement ressentis, ils m'ébranlent, me font vaciller, mais je parviens à demeurer plus ou moins coi, à la fois par orgueil et volonté de ne pas montrer à l'adversaire à quel point je suis fichu déjà. » Vous voyez ? Ce talent, cet humour, la petite moue lipidique de celui qui se rengorge sur le divan de la belle famille, un verre à la main, ça y est, vous visualisez la scène, vous y êtes ? Il n'y a que Lui pour savoir faire une chose pareille. Didier Bourdon se faisant passer pour un blogueur qui pète les plombs, dont le slip craque sous la pression, avouez que c'est génial ! Depuis que j'ai compris, je chante à tue-tête la Grande Fugue, j'ai retrouvé l'appétit et je suis d'une bonne humeur que rien ne saurait dissiper, même Luna pouffe avec moi, on s'en étouffe de joie, ah, je vous jure, ça fait du bien. Quel talent, ce Bourdon ! Quand je pense que certains prétendent  que nos comiques n'ont plus d'humour (on apprend incidemment que l'auteur a mis "trente ans" à en arriver là, à écrire comme ça, et ce trait ultime (et définitif) nous semble le sommet absolu d'un art consommé de la drôlerie, dans ce qu'il peut avoir de plus… consommé) ! Je m'étais régalé jadis du Jeu des perles de verre, et je découvre sur le tard de ma vie qu'on peut jouer avec autant de bonheur en utilisant des crottes de nez, qui sont gratuites et disponibles à profusion sur Internet. Pour pauvre comme Job, et comme moi, il s'agit d'une nouvelle fort réjouissante.

Didier — si vous permettez que je vous appelle par votre prénom —, je vous serre dans mes bras, je vous embrasse, je vous bénis, je vous adore, vous êtes le Sauveur de la Bloge, vous êtes celui qui tend la main au pestiféré, celui dont la générosité sans bornes éclaire désormais nos journées, celui qui nous fait oublier nos peines, nos tracas, nos dettes, et la masse de papiers sur la table du salon. Cher Didier, Cher Ygor, Cher "Adrénaline 1431" (quelle trouvaille, quelle puissance, cet intitulé !), dès ce soir, j'irai vous allumer un cierge à la cathédrale d'Alès. Laissez-moi une fois encore vous remercier et vous embrasser de toute la force (forcément fragile) de ma gratitude sans limite.


(*) 1. ... il était seul et paraissait soucieux. Avant de stopper, il regarda son frère, et branla plusieurs fois la tête. R. Martin du Gard, Les Thibault, L'Été 1914, 1936, p. 334 

 2. Chacun d'eux mange en diable (...) Il faut voir leur vitesse À branler le menton. Leclair, Les Méditations d'un hussard, 1809, p. 56 

 Fam., forme interr. Qu'est-ce qu'il branle ? Que fait-il ? 

 7. Mais le vieux les terrorise. Ils n'osent pas branler devant lui. A. Arnoux, Roi d'un jour, 1956, p. 314 

Trivial. Masturber : 4. C'est là qu'il a rencontré la peintresse Jacquemin, qu'il n'a pas baisée, dit-il, mais qu'il a branlée... E. et J. de Goncourt, Journal, 1894, p. 603 

 5. L'opinion du mitan sur mon compte, avec la mentalité qui y régnait maintenant, je m'en branlais éperdument. A. Simonin, Touchez pas au grisbi, 1953, p. 77

mercredi 23 janvier 2013

Amer Clavier, évidemment


Norman Rosten et Marilyn Monroe assistant à New York à un récital d'Emil Gilels. 

Une série politico-merdique française où le spin doctor — forcément génial — en charge de la campagne de la candidate (forcément) à l'élection présidentielle prépare un meeting important à Lyon. Il choisit les "musiques", et annonce à son staff : « Alors, la Marseillaise, évidemment, et puis, à la fin, le mouvement lent de la sonate Hammerklavier de Beethoven. » 

Arnaud Parlotte, à France-Culture, dans une émission consacrée au dernier livre de Yasmina Reza, qui fait — forcément — allusion à la même sonate, qu'il prononce : « Amer Clavier. »


mercredi 16 janvier 2013

Médailles


Hier on m'a remis la médaille Picabia dans l'ordre du mérite et de la gloire. J'ai essayé de l'échanger contre un chèque ou un paquet de croquettes pour chien mais il n'ont rien voulu savoir. Il paraît que je peux m'adresser à François Hollande et que tout va aller mieux dès demain. J'en suis convaincu mais je dois rembourser un trop versé de la Sécu (je ne dis pas "trop perçu", parce que je ne m'étais aperçu de rien, n'ouvrant jamais le courrier de la banque (trop pour qui ? Pas pour moi, en tout cas)), que j'ai dépensé en allant aux putes, de manière tout à fait inconsidérée, je dois le reconnaître. C'est assez urgent. On m'accuse d'être un panier-percé mais il faudrait encore que j'aie un panier. Toute la nuit, je me suis battu à poings nus contre des blogueurs armés d'hyper-liens. Leurs uniformes étaient ceux de la fourmi dévoreuse d'abeilles. C'était affreux. Pour finir, je m'en suis débarrassé à coup d'aérographe, ce qui fait que ce matin je n'ai plus une goutte de peinture. On (me) verse, je déverse. Il faut bien que quelqu'un s'en charge. C'est la règle d'or de Georges.

J'ai aussi reçu un mot d'un certain Pierre Tarnac. Je n'ai pas bien compris ce qu'il me voulait, je crois qu'il vend des magazines pornos. Comme si j'avais besoin de ça ! Entre ça et les évangélistes, la France est bien mal partie. Il faudrait que je me présente aux présidentielles, mais je sens que ça va encore m'occasionner des frais, et je n'ai plus un seul costume présentable. Tant pis pour eux ! Tout à l'heure, en jouant la Sonatine de Ravel, le troisième mouvement, j'ai renversé mon café sur moi, et comme j'étais en slip, je me suis salement brûlé. Mais je suis très fier parce que malgré la douleur je suis allé jusqu'au bout. N'empêche, le piano est bien faux ! Ah oui, le Tarnac parle d'un atelier d'écriture sur Internet… Je ne savais même pas que ça existait encore, ces conneries. Il faudrait vraiment un Théodore Kaczynski pour nous débarrasser de toute cette chienlit, mais un Théodore Kaczynski un peu plus malin. La chose qui manque le plus, de nos jours ? Les oiseaux tristes.

dimanche 13 janvier 2013

Caramel Hollande



Quand on observe Caramel Hollande, on ne peut qu'être frappé par le caractère ubuesque du personnage. Est-il réellement possible que cet homme là soit le président d'un pays comme la France ? On est saisi d'un sentiment puissant et très étrange : c'est impossible, on est en train de rêver. Tout dans ses manières, dans sa physionomie, dans son langage, son regard, ses gestes, sa tenue, dit emphatiquement l'impossibilité à assumer pareille fonction. Alors, que s'est-il passé pour qu'il soit à cette place, pour que des millions de Français aient voté pour lui ? Il faut que je me corrige, car ce que j'ai écrit est faux, Caramel Hollande n'est pas ubuesque : Le Père Ubu a une forme de drôlerie, d'excès, de flatulence spirituelle qui fait défaut à notre Machin présidentiel. Nous avons connu déjà des présidents par excès, qui en faisaient trop, qui étaient trop là, qui faisaient trop de gestes (et parfois pas les bons), dont le corps dépassait l'habit mal taillé, et d'autres sans doute un peu ternes, mais je ne crois pas que nous ayons jusqu'à présent connu un président par défaut, toujours en-deçà, toujours à la poursuite de sa fonction, en souffrance de pouvoir, en mal de décision, dont l'inexactitude foncière et la maladresse profonde se voient comme le nez au milieu de la figure. Il n'y croit pas lui-même. Contre-emploi, dit-on dans le monde du cinéma, erreur de casting. On se souvient de Johnny Hallyday chez Godard. On se rappelle ce malaise à voir un tel acteur dans un tel film, mais ici, nul réalisateur de génie, nul scénario impeccable, aucun humour, rien n'est à même d'éviter la nausée profonde qui nous soulève le cœur et nous laisse sidérés, muets et titubants sur le trottoir de la cité recouvert de crottes fumantes. Il y a une malédiction des François modernes à la tête des Français. François Mitterrand n'était pas de gauche, il était mitterrandien, François Hollande n'est pas non plus "de gauche", il est gauche. La Gauche française depuis quelques décennies a l'art de nous refourguer plus souvent qu'à leurs tours ces personnages de décomposition qui ont l'air étonnés eux-mêmes qu'on les prenne au sérieux mais qui, beaux joueurs, entrent avec gourmandise — et une certaine candeur — dans la peau de celui qui a annulé au dernier moment la représentation. Ce sont les politiques pieds-levés.

À propos de pied levé, il fallait voir Angela Merkel guider Caramel Hollande sur un quelconque tapis rouge, devant des militaires et des journalistes, si je me souviens bien, il fallait voir ce couple extraordinaire, digne des grands films comiques des années 1920, pour être convaincu que la farce allait prendre des dimensions épiques et historiques. Cinq ans à ce régime : quelle nation pourrait survivre à pareille pénurie, je ne dirais même pas de l'esprit ou de la grandeur, mais de la simple dignité, ou plus simplement encore de la vraisemblance, quel état pourrait supporter cinq années de ridicule porté à ce degré ? Même une nation d'opérette n'y survivrait pas longtemps. À peine Caramel Hollande était-il arrivé au Château, d'ailleurs, que son entourage proche se chargeait de démontrer avec une hystérie éprouvante à quelle ouvreuse de théâtre de boulevard nous avions confié nos gants et notre pardessus. Le ton était donné immédiatement, de manière à la fois péremptoire et tragi-comique. À époque de blague, gouvernement de comiques. Malheureusement pour nous, les blagueurs de ce début de siècle ne sont pas bons, ils sont même mauvais, et à leur manque de talent ajoutent une arrogance en proportion de ce manque. Ce ne sont pas les préliminaires empruntés de débutants, auxquels nous avons assisté, interdits, mais l'ordinaire flasque de ce pouvoir là, qui compte bien pousser l'aspartamisme jusqu'en ses extrémités les plus pathétiques. Les acteurs sont collants, le metteur en scène glycérique, l'équipe technique s'est dissoute dans la mélasse, et d'ailleurs ce sont les mêmes, les mêmes qui prennent par capillarité l'informe et l'aspect de ce président qui colle aux dents.

Les Français ont donc porté au pouvoir Caramel Hollande. Peut-être n'avaient-ils plus assez de force pour hisser à cette place un véritable chef d'État, peut-être se sont-ils rabattus d'instinct sur le plus léger, le plus inconsistant, le plus mou, celui qu'un coup de vent emportera sans laisser de traces autres qu'un rictus désolé et vaguement honteux ? On ne peut pas ne pas se dire que les Français ont reculé pour mieux sauter, qu'ils ont senti que la prochaine étape de l'histoire serait brutale et décisive, et qu'ils ont voulu se laisser un dernier répit pour reprendre leur souffle, comme un temps mort avant la bataille. Le calcul est mauvais mais l'offre politique l'était encore plus, ne l'oublions pas. Le tragi-comique, la farce, annoncent souvent des périodes de réveil très dures. Il ne s'agit que de différer l'inévitable événement, de le reporter, plus loin, plus tard, le plus tard possible. Le problème étant que durant ce différé, loin de se dissoudre, l'indéfectible réel prend encore de la puissance et de l'ampleur, se charge de tout le négatif qu'on refusait, et plus, qu'il se contracte et bande ses muscles pour mieux se déchaîner ensuite. Le Président des bisous devrait renforcer le plan Vigi-picrate, avec distribution gratuite de rouge qui tache à la populace, parce que nous allons en avoir besoin dès qu'il aura avec ses copains les intermittents de la débâcle débarrassé la scène où ils interprètent laborieusement leur moderne mélofarce à coups de poses moralino-pompeuses.

Je ne sais pas si vous avez assisté à cette chose inouïe : les vœux de Caramel Hollande ! Tellement minables qu'on les aurait cru écrits par Sarkozy pour plomber définitivement son successeur. Misérable litanie atone débitée sur le ton impayable de celui qui s'imite lui-même, fasciné par son absence de reflet dans le miroir. Hollande, c'est un Mitterrand qui se serait vidé, qui aurait perdu toute sa force, son talent, sa séduction, un Mitterrand qui serait atteint d'une maladie dégénérative, creusé par la bulle rose d'un Malabar sur le point d'éclater à la face d'une adolescente boutonneuse et percée aux naseaux. Quand je vois Caramel Hollande à la télévision, j'éprouve le même sentiment que lorsque je vois ces adultes, de plus en plus nombreux, écrire au stylo d'une écriture enfantine, informe, malhabile, et finalement débile. Que s'est-il passé ? Trop de Coca-Cola, trop de socialisme-à-la-française, trop d'ennui, 24° dans la chambre à coucher, les femmes, une psychanalyse interrompue, une carrière rentrée de poète ? Ou peut-être un fabuleux humour au quatorzième degré ? Ce qui réjouit le plus dans tout ça, ce sont les quelques défigurants appointés qui viennent régulièrement nous expliquer, d'un ton melliflu et doctoral, que « François Hollande est extrêmement intelligent ». Il doit être question de cette sorte d'intelligence qui met un point d'honneur à passer inaperçue, j'imagine, en quoi elle est encore plus intelligente que l'intelligence normale de ceux qui sont intelligents juste comme ça, un peu par hasard on va dire.

Mais voici que Caramel Hollande s'est mué aujourd'hui, nous dit-on de toute part, en Chef de guerre. Figurez-vous que la France, la France éternelle, la France terre-d'asile et le-pays-des-droits-de-l'homme, la France, donc, ce grand pays qui fiche la frousse à tout ce qui bouge au Lichtenstein, la France est en guerre, et Caramel Hollande a enfourché son destrier et mis son armure pour aller défendre le Mali gentil attaqué par de méchants terroristes qui nous menaceraient aussi si Captain François n'avait pas dégainé le Phallus piquant qui lance des étincelles, celui qu'on remet à tous les présidents de notre grand pays menaçant pour les méchants. Vous ne connaissez pas le Mali ? Peut-être mais le Mali nous connaît, lui. Le Mali a dit, même : « Au secours la France ! » On croit savoir qu'il aurait même dit : « Au secours, Captain François, viens bouter un coup chez nous où y a des indésirables qui vont venir chez toi si tu viens pas les bouter chez moi. » Tout juste ce que Caramel Hollande attendait pour montrer à tous les Français qui c'est qu'ils avaient élu, les Français. Françaises, Français, vous avez, eu, bien raison de, me faire président. Moi-même, je, ne le savais pas, que vous, aviez raison, mais, devant, l'adversité adverse, je vais, devoir, me transfigurer et, m'entraîner au, tir à l'arc, c'est Valou, qui, va être, contente, et même Ségo, je, vais, l'impressionner, et peut-être, même Brigitte, Bardot et la, grosse Allemande qui m'entraîne, sur, les tapis rouges. Françaises, Français, Homos, Sensibles, Jeunes, regardez bien, la télé, on va, me voir, souvent, dans les, jours qui, viennent. Bon, j'y vais. A, plus. Bisous !

Caramel Hollande, c'est un peu la Big Mother qu'on n'attendait plus, la copine des anti-patriarches, celle qu'on n'attendait plus parce qu'elle est partout, là, ici, maintenant, demain, et même parfois hier. Tout le monde se demandait, depuis quelques années, pourquoi l'ascenseur social était en panne. Mais c'est pourtant simple ! Il est en panne parce que Big Mother a voulu le prendre, pour voir comment ça faisait de prendre l'ascenseur social avec ses copines, et que, depuis ce jour-là, l'ascenseur il ne peut plus monter, parce que Big Mother, sauf son respect, elle est un peu en surpoids. Seulement l'ascenseur social, il est poli, alors pour ne pas avoir l'air de discriminer, il se tait. Il se tait et il ne bouge plus. Parfois, même, il descend un peu, juste un peu, d'un étage ou deux, pour se soulager le dos, qu'il commence à avoir un peu cassé. Pour l'instant, les câbles n'ont pas encore lâché. Et il existe même des gens qui continuent à vouloir monter, les masos !

vendredi 11 janvier 2013

Les Années




1933 

Janvier

La Condition humaine commence à paraître dans la NRF du 1er janvier. Giono écrit Le Chant du Monde à partir du 3. Drieu La Rochelle écrit une longue nouvelle sur la guerre, ce sera La Comédie de Charleroi. La polémique tempétueuse provoquée par la parution, en octobre de l’année précédente, de Voyage au bout de la nuit continue de plus belle : Paul Valéry aurait qualifié le roman de « chef-d’œuvre criminel » et Bataille insiste sur la relation à la mort qu’exprime le Voyage. Le 16 Mermoz traverse l’Atlantique Sud, provoquant la parution d’un texte enthousiaste de Saint-Exupéry. Le 19 Giraudoux remet à Grasset l’acte I de sa nouvelle pièce, Intermezzo. Les répétitions, dirigées par Jouvet, ont commencé à la Comédie des Champs-Élysées. Le 20 L’Humanité publie pour la première fois un article d’Aragon. Colette se met à son nouveau roman, La Chatte. Le 28, Vaillant-Couturier propose à André Breton de fonder avec lui une revue. Le projet n’aboutira pas. Un barbare en Asie d’Henri Michaux est publié par Gallimard. Le 31 Julien Green note dans son Journal : « Hitler a été nommé chancelier hier. Dieu sait ce qu’il peut y avoir en germe dans cette nouvelle. »

Février

Parution sous l’anonyme de Théâtre de la Cruauté (second manifeste) d’Antonin Artaud. Le 15 paraît dans la Revue de Paris la dernière livraison du Mystère de Frontenac de François Mauriac. 

Mars

 Le 1er a lieu la première d’Intermezzo de Giraudoux. Le 4 paraît un article du commandant Charles de Gaulle, « Pour une politique de défense nationale ». Le 11 Breton explique à Éluard qu’il faut « rompre avec les cocos » et reprendre l’activité surréaliste la plus intransigeante. Il travaille à Minotaure, un projet de revue. Le 16 Céline réunit à déjeuner les membres du jury Renaudot, qui ont couronné son ouvrage et publie dans Candide « Qu’on s’explique…, postface au Voyage au bout de la nuit ». 

Avril

Claude Lévy-Strauss publie une critique admirative du Voyage. Giono publie un vestige d’un premier Chant du Monde, Entrée de printemps. Le 6 Artaud prononce à la Sorbonne une conférence intitulée « Le Théâtre et la peste ». Anaïs Nin note dans son Journal : « Il n’est pas de mots pour décrire ce que jouait Artaud sur l’estrade de la Sorbonne ». Le 7 Grasset annonce Le Serpent d’étoiles de Giono. Claudel note dans son Journal : « Les Nazis s’emparent de l’Allemagne. Persécution des Juifs. » Drôle de voyage, le nouveau roman de Drieu La Rochelle, paraît le 19. 

Mai

Michel Leiris propose L’Afrique fantôme à Gallimard. Parution de l’édition originale de La Condition Humaine. Plon publie Londres de Morand. Raymond Queneau signe avec Gallimard un contrat pour Le Chiendent, son premier roman. 

Juin

François Mauriac est élu à l’Académie française. Parution de La Chatte de Colette. Parution de La Jument verte de Marcel Aymé. 

Juillet

Parution du premier numéro de Commune, une revue notamment dirigée par Aragon, Nizan, Barbusse, Gide et Romain Rolland. Georges Bernanos, qui travaillait à Monsieur Ouine, a la jambe broyée dans un accident de moto. Sur les instances, notamment, de Gide, Gallimard reprend La Bibliothèque de la Pléiade. 

Août

Queneau travaille à Gueule de pierre, son deuxième roman, Céline à Mort à crédit

Septembre

Giono achève Le Chant du monde. Breton écrit « Le Message automatique » pour Minotaure. 

Octobre

Parution de Antoine Bloyé de Paul Nizan. Simenon signe chez Gallimard. Aragon signe avec Denoël un contrat pour Les Cloches de Bâle

Novembre

La Marianne d’Emmanuel Berl commence à publier un nouveau roman de Morand, France-la-Doulce. Création radiophonique de La Grande Complainte de Fantômas, texte de Robert Desnos ; Antonin Artaud est Fantômas et assure la direction dramatique, Alejo Carpentier assure la mise en onde, la musique est de Kurt Weill. Parution d’Adam et Ève de Ramuz. Gide aide des étudiants suisses à monter une adaptation des Caves du Vatican à Lausanne. 

Décembre

La NRF publie des fragments de L’Afrique Fantôme de Leiris. Le prix Goncourt est décerné à La Condition Humaine. Parution de Rocco, un recueil de nouvelles, de Paul Morand. 

2013

France-Culture :

7 h-9h : Dans le cadre des "Matins", Marc Voinchet recevra le sociologue François Dubet à l'occasion de la parution de son étude Les devoirs scolaires : décryptage d'un dispositif discriminatoire

9 h-11h : La Fabrique de l'Histoire reviendra avec l'historien Olivier Lecour-Grandmaison, organisateur de l'exposition "Coloniser, exterminer", qui s'ouvre au Grand-Palais, sur l'impensé racial à l'époque de la Troisième République. 

11h-13h : "Planète Terre" évoquera le sommet de Doha avec Cécile Duflot, ancienne secrétaire générale d'Europe-écologie, et son ouvrage à paraîre au Seuil : Climato-scepticisme : L'autre négationnisme

13h : Le Grand Témoin du journal de la mi journée sera Judith Butler, penseu(se) américaine des gender studies. Au moment où l'Assemblée nationale s'apprête à débattre du mariage homosexuel, Judith Butller interrogera les stéréotypes naturalistes et biologisants à l'origine de la division des sexes. 

14h - 16h : "Une vie, une oeuvre" accueillera le sociologue Laurent Muchielli. De son premier livre La Paranoïa sécuritaire à son dernier opus L'Invention de la Violence, Laurent Muchielli déclinera le sens d'une oeuvre dédiée à la déconstruction des paniques morales de société française. Il sera interrogé par le chercheur Michel Kokoreff sur la question des trafics dans les quartiers populaires considérés sous l'angle de la reconquête de l'estime de soi et comme alternative à la honte et au mépris. 

 16h - 20h : "L'Atelier de la création" reviendra avec François Bégaudeau et l'acteur transgenre israélien Schlomo Benkhalem sur la pièce de théâtre monté avec les jeunes du Collège Maurice-Thorez de Mantes la Jolie en partenariat avec la Mairie de Paris et le Ministère de la Culture : Gaza, une autre vie s'invente. Esther Benbassa, sénatrice des Verts, lira à haute voix des passages de la pièce inachevée de Mohamed Acriche, le poète palestinien mort sous les bombardements israéliens. 

 20h-22h : "Villes-Mondes" sera intégralement consacrée à la réinvention du vivre-ensemble dans les zones urbaines sensibles. L'architecte François Du Clos présentera son projet d'éco-quartier post colonial présenté en réponse à l'appel d'offres de la ville de Clermont-Ferrand. 

 22h-24h : Richard Millet sera l'invité de l'émission "Polémiques" et répondra aux questions suscitées par son dernier pamphlet islamophe et raciste. Face à lui : Sylvain Bourmeau, Nelly Kapriellan, Rokhaya Dialo, Houria Bouteldja, Patrick Lozès, Fodé Sylla, Pierre Birnabaum. L'invité-surprise : Alain Soral. 

 24h-7h : Les "Nuits Magnétiques" de la semaine seront consacrées au rappeur franco-sénagalais Diziz la peste. Des cités de la relégation à la Galerie des Glaces, retour sur le parcours exceptionnel d'un créateur déchiré entre l'Afrique et l'Europe (bandes sonores : Aimé Césaire, Franz Fanon, Angela Davis, Mumiah Abu Jamal).

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jeudi 10 janvier 2013

Mario Hommage (à Luna)



Pour ma part, je suis pour le Mario hommage, c'est si chouette d'inventer de nouvelles formes de rapports sociaux, c'est tellement sympa, on ne va tout de même pas passer à côté de ça ! Tout ce qui est fun est cool, tout ce qui est cool est sympa, tout ce qui est sympa est moderne, tout ce qui est moderne est fun, puis échapper aux anciennes coutumes étroites, hiérarchiques, patriarcales, sexistes, vieillies, machistes, conformistes, bourgeoises, impérialistes, occidentales, inégalitaires, néophobes, mamèrophobes, antipathiques, fermées, obtuses, bornées, obsolètes, passéistes, de celles qui-regardent-dans-le-rétroviseur-en-permanence, qui sont frileuses, peureuses, timides, nostalgiques, antérieures, fossiles, est la seule et la dernière aventure envisageable par les Gentils, il n'y en a pas d'autres, mettez-vous bien ça dans le crâne si vous voulez qu'on vous considère. Mais j'apprends que le Mario hommage est déjà dépassé, déjà vieille lune, déjà un peu ringard de sa mère sur les bords, et qu'il convient de parler de Marous pour tiage si l'on veut rester dans le wagon de première classe de la sympaticité. L'Universel est toujours à portée de main, pour Urbain le Sympitoyen, c'est sa manière d'apporter la campagne à la ville, de rustiquer le civil, de briser quelque (dernier) mur invisible avec des pioches solidaires, d'investir l'espace infini de ses désirs délocalisés et durablement créatifs. Large d'esprit, le sympitoyen nous déclare que "nous avons le droit d'être d'accord" avec sa révolution permanente en bigoudis de couleurs. J'en profite donc, toujours à la pointe de la subversion, pour adhérer au monde qui vit sa vie à la pointe de l'épais, le monde teufique qui dit oui oui oui, et lui signaler mon accord parfait et enthousiaste : oui. Oui à la Gauche sacrée, oui au Président des Bisous et à Sensible Ayrault Dynamique, oui à la France défrancisée (enfin !), oui aux verts, aux roses, à l'islam, oui aux quartiers, aux tags, oui aux poupées qui disent oui oui oui, oui au Grand Autre, oui au foute, oui aux pédés, oui aux trans, oui aux hermaphrodites, oui aux zoos, oui à l'inceste cool, oui au oui et non au non.  

En vertu du Marous pour tiage que je promeus et appelle de mes vœux mieux, je déclare ce jour que je prends pour épouse Melle Luna, chienne, douze ans d'âge, blonde et poilue. La cérémonie sera simple, intime, mais néanmoins grandiose et à portée universelle. Nous nous aimerons désormais aux yeux de tous, dans le plus simple appareil démocratique de l'égalité homme-chien, elle aura les mêmes droits que moi, mon testament est déjà rédigé, elle en sera l'unique et légitime légataire. 

Fait ce jour ici-même, par le signataire rédigé en pleine possessions de ses moyens intellectuels, sympas, et sans frontières, pour les siècles des siècles de l'Égalité absolue et du Grand Bond en Avant.

Georges de La Fuly

lundi 7 janvier 2013

Nica




Nica's Dream… Il avait joué cent fois ce thème d'Horace Silver, sans jamais se demander d'où venait ce titre ! Nica, le diminutif de Pannonica, la baronne Kathleen Annie Pannonica de Königswarter, née en Angleterre le 10 décembre 1913 et morte le 30 septembre 1988. Elle est la plus jeune fille de Lord Charles Rothschild, banquier et entomologiste, qui donnera le même nom (Pannonica) à un papillon et à sa fille. Pendant la guerre, elle s'engage aux côtés de son mari, Jules de Königswarter, dans les Forces françaises libres, où elle sera chauffeur militaire et commentatrice à Radio Brazzaville. En 1954, elle entend Thelonious Monk à la salle Pleyel, dans un concert qui la bouleverse. Elle quitte bientôt Paris pour s'installer à New York, là où se trouvent les musiciens qui vont changer sa vie. Elle peint, elle joue du piano, et même si la famille lui coupe les vivres, elle réussit à conserver deux Bentley et une Rolls Royce, et à s'acheter une maison sur les rives du New Jersey, où elle nourrit deux cents chats en plus des musiciens. Chez elle mourront Monk et Parker, qu'elle assistera et entourera de soins et d'amour. Chez elle tous les plus grands musiciens de jazz ont été reçus comme des princes, elle s'est occupée de leur trouver des contrats, les a soignés, nourris, logés, entretenus, aimés. Des femmes comme ça on aurait voulu en connaître ! Bud Powell, Charlie Parker, Charles Mingus, Thelonious Monk, rien que pour ces quatre là, il faudrait la décorer. Quand je pense à tous les minables à qui on décerne la Légion d'Honneur en France en 2013, mais alors il faudrait la faire entrer au Panthéon, Nica ! Les jazzmen et les bêtes… Je ne vois qu'une Brigitte Bardot pour mériter un quelconque honneur dans notre grotesque pays. Bien sûr, quand je parle des jazzmen, je parle des vrais. Ça devient fatigant, cette obligation qui nous est faite désormais de toujours préciser qu'on parle de la chose et pas du simulacre qui l'a remplacée. Vous voulez mesurer le chemin parcouru en un demi-siècle ? Mettez à un bout la bénie baronne et à l'autre Morin Edgar, ou bien, au pluriel, une réunion chez Nica où l'on aperçoit Miles, Bud, Dizzie, la Sphère, le Président, le Duke, Bird, Trane, Ella, Billie Holiday, Bill Evans, quelques autres, et à l'autre bout, je sais pas, moi, des sociologues ou des pédagogues, ou bien la clique au pouvoir depuis quelques mois, ou bien encore des "artistes contemporains". Vous voyez, pas besoin de faire un dessin. Tout le monde demande immédiatement à descendre du train ! Cette époque est à pleurer, un désastre pareil, ça n'était pas arrivé depuis quoi, mille ans ? On pourrait passer une vie entière, de nos jours, à se foutre de la tronche de nos contemporains, à les ridiculiser, à les gifler, à les secouer comme un prunier, que ça ne suffirait pas à nous purger de la bile noire qui s'est accumulée en quarante ans.