mardi 31 juillet 2012

Ma conférence sur les présocratiques


« Les vrais amateurs de traditions sont ceux qui ne les prennent pas au sérieux et se marrent en marchant au casse-pipe, parce qu'ils savent qu'ils vont mourir pour quelque chose d'impalpable jailli de leurs fantasmes, à mi-chemin entre l'humour et le radotage. Peut-être est-ce un peu plus subtil : le fantasme cache une pudeur d'homme bien né qui ne veut pas se donner le ridicule de se battre pour une idée, alors il l'habille de sonneries déchirantes, de mots creux, de dorures inutiles, et se permet la joie suprême d'un sacrifice pour carnaval. C'est ce que la Gauche n'a jamais compris et c'est pourquoi elle n'est que dérision haineuse. Quand elle crache sur le drapeau, pisse sur la flamme du souvenir, ricane au passage des vieux schnoques à béret, pour ne citer que des actions élémentaires, elle le fait d'une façon épouvantablement sérieuse, "conne" dirait-elle si elle pouvait se juger. La vraie Droite n'est pas sérieuse. C'est pourquoi la Gauche la hait, un peu comme un bourreau haÏrait un supplicié qui rit et se moque avant de mourir. La Gauche est un incendie qui dévore et consume sombrement. En dépit des apparences, ses fêtes sont aussi sinistres qu'un défilé de pantins à Nuremberg ou Pékin. »

Calme-toi, Jean, calme-toi ! Tu n'as rien vu, tu n'as rien compris. Si tu pouvais voir la Bloge, si tu te baladais aujourd'hui dans ce taudis infect, tu regretterais tes années soixante-dix et même l'accordéon de Giscard. Bien sûr que la Gauche est conne, conne à un point qu'on n'aurait pas cru possible, conne à en attraper la chiasse, et c'est pas d'aujourd'hui, mais la Droite je t'assure n'est pas mieux, vraiment pas. C'est qu'ils se prennent au sérieux, ces cons, depuis qu'ils ont enfin compris que la Gauche n'avait d'intellectuelle que le mot, depuis qu'un Jack Lang a autant fait pour nettoyer les yeux chassieux de tout un peuple. Il a bien fallu se rendre à l'évidence, mais les cons de droite ont cru qu'ils pouvaient en profiter pour monter au créneau, pour prendre leur revanche, après un demi-siècle de chuchotis alcoolisés. Il n'y a pas à choisir entre Nuremberg et Pékin, la Bloge nous le prouve tous les jours. À ton époque, Jean, on pissait sur le drapeau, c'était ridicule, je te l'accorde, mais aujourd'hui on chie sur les gens, pour de vrai, on vit dans un bouge sale, mal famé, puant et bruyant, et je ne vois personne qui s'en plaigne. Je donnerais cher pour échanger mon corps avec le tien, pour avoir été le contemporain d'Art Tatum, de Picasso ou de Stravinski, pour avoir le même âge que mes parents ou même celui qui m'aurait permis de les enfanter. Je fouille dans la poubelle du temps, et tout ce que j'y trouve a meilleur aspect que les plus fringantes réalisations qui se donnent à voir ici. Je ne devrais pas dire ça, mais c'est pourtant la vérité. Comment fait-on pour se sortir de ce cauchemar ?

Le Mail, par exemple. Quelle saloperie ! Je pense à mon père : quel veinard, celui-là ! Aurait-il imaginé tomber chaque matin sur ces cochonneries qu'on ne peut même pas balancer sans y penser à la poubelle, sous peine de manquer quelque chose qui aurait une importance quelconque ? Ça n'arrive jamais, mais quand-même, nous sommes obligés de faire comme si c'était possible, comme ceux qui jouent au Loto et qui, en plus, vont vérifier au bureau de tabac qu'ils ont bien perdu. Mourir en 1972, ça c'était une bonne idée ! En 1980, à la rigueur. « Je t'envoie un imèle tout de suite derrière. » J'aurais prononcé cette phrase devant mon père, je me serais pris une baffe monumentale, même s'il est exclu qu'il ait pu seulement la comprendre. C'est comme ça qu'on parle, aujourd'hui, c'est comme ça qu'on s'adresse à nous, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, cordialement-bonjour… J'ai vu un film, il y a quelques jours, un film français, avec des acteurs tout ce qu'il y a de plus connus, un film de Claude Miller. Au début du film, un inter-titre disait : « Une demie-heure plus tard »… J'imagine que ce film a été vu par des milliers de personnes depuis sa sortie, en 2000, peut-être par des millions de personnes, et personne, personne ne s'est avisé de corriger la faute d'orthographe. Ça me fait penser à ces blogueurs qui ne supportent pas qu'on leur parle d'orthographe. Il y en a un qui est très drôle, un certain XP, qui traite ceux qui osent lui faire remarquer qu'il ne sait pas écrire de "femmes de ménage", ou quelque chose comme ça. Mais quand j'étais enfant, une femme de ménage qui aurait eu les ongles sales aurait été mise à la porte, et ces gens qui écrivent avec des fautes d'orthographe à chaque ligne me font le même effet que ces filles qui ont les ongles sales. C'est tout simplement répugnant. Ce n'est pas une question de morale, ou d'éthique, c'est une question d'esthétique et d'hygiène. Mais écoutons XP révèler le fond de sa pensée : « Il y a quelque chose qui ne trompe pas: il parle de l'orthographe. Je m'en fous absolument qu'on parle de la mienne, je déteste en revanche qu'on parle de ce sujet là, en générale. C'est un argument de femme de ménage... La femme de ménage invitée à une conférence sur les présocratiques, qui a regardé le plafond tout le long, et qui parle de la cravate du conférencier à la sortie. » J'adore la femme de ménage invitée à une conférence sur les présocratiques, mais le principal n'est pas là. Le principal, c'est bien entendu "la cravate du conférencier". Il n'a pas tort, XP (car je crois qu'il penserait à moi dans les mêmes termes que ceux avec lesquels il apostrophe son contradicteur), je suis en effet bien plus intéressé, en général, par la cravate du conférencier que par les idées qu'il développe dans sa conférence. XP, quelles que soient les "idées" qu'il professe dans la Bloge, est de gauche. Car les gens de gauche aiment les idées, et les conférences, et les conférenciers, de préférence si ceux-là sont attifés comme l'as de pique et ont les ongles sales. Les gens de droite, eux, regardent en premier lieu si la cravate est de bon goût, avant d'écouter les grandes idées du grand conférencier. En cela je me sens tout à fait de droite. Mais il convient d'ajouter immédiatement que cela n'a plus le moindre sens aujourd'hui, parce qu'aujourd'hui tout le monde est de gauche, oui oui, tout le monde, même ceux qui vitupèrent à droite, et même à la droite de la droite. En tout cas, ils s'habillent, parlent, mangent, à gauche, ils écoutent de la "musique" de gauche, ils décorent leur maisons à gauche, il "mangent" dans des assiettes et avec des couverts de gauche, et ils conduisent à gauche, même lorsqu'ils roulent à droite. Bien qu'il leur arrive de lire des livres de droite, c'est à ce qu'ils s'en vantent si fort qu'on sait qu'ils sont profondément de gauche. Même Marine Le Pen est de gauche, bien sûr, et il est tout de même surprenant que personne ne semble s'en apercevoir. Non, ce n'est pas tout à fait vrai, d'ailleurs, car si les spécialistes de la chose politique ont de la merde dans les yeux (mais ils sont payés pour ça), les quelques ouvriers qui restent en France, eux, l'ont parfaitement compris, même s'ils ont l'air paradoxalement de vieux schnoques à béret.

Les mots n'ont plus de sens, en tout cas plus de sens sur lequel s'accorder, plus de sens avec lequel se comprendre, se faire comprendre et comprendre les autres, c'est ce que la Bloge montre avec une méchante hystérie, c'est là qu'est le cauchemar absolu, dont on ne sortira pas. Nous sommes exactement entre Nuremberg et Pékin, ou plutôt dans un lieu utopique qui est et l'un et l'autre, et il ne sert à rien de pisser sur les drapeaux, car les drapeaux ont disparu depuis longtemps, chose dont personne non plus ne s'est aperçu. C'est fou comme on aime continuer et continuer encore à faire comme si, comme si les choses qu'on a connues n'avaient pas disparu, comme si le monde était stable, permanent, solide, alors qu'il s'effrite sous nos doigts comme le sable sur lequel écrit le Christ. En ce sens, la Bloge est la lumière d'un monde éteint depuis belle lurette, mais qui nous arrive à travers le temps avec des siècles de retard. Comme les humains n'aiment pas être seuls et abandonnés, ils jouent avec cette poussière de lumière, pour ne pas pleurer de désespoir.

Tu parles d'humour et de radotage, Jean. Le radotage, ça, on connaît, c'est même impressionnant, on a l'impression que les enfants sont atteints dès la naissance par cette forme de sénilité affreuse. Mais l'humour, non, c'est une chose qui a complètement disparu du paysage mental. Le radotage sans l'humour, ça donne bien le désespoir, en effet. Un des derniers souvenir que j'ai de mon père, un peu avant sa mort, était le quatuor pour la fin du Temps, de Messiaen, que nous écoutions ensemble. Et je l'entends encore pester contre ceux qui, à la radio, déjà, parlaient de l'œuvre en la nommant "quatuor pour la fin des temps". Mal nommer les choses, c'est le commencement de la fin. 

lundi 30 juillet 2012

Punir


Céline Duclos se penchait en avant, les cuisses serrées : « Et désormais, il faut punir !  Punir, oui ! Le temps n'est plus à la pédagogie, aux accommodements, aux tergiversations, aux explications, le temps est venu où il convient de punir, punir, d'avoir la main ferme, et même la main lourde ! Je dis et je répète : Ça suffit ! La haine doit être exclue du cercle des vivants, l'exclusion doit être bannie, une fois pour toutes. Une fois pour toutes ! Les nostalgiques seront laissés dans les cavernes de leur monde souterrain, humide, maladif, rétréci, moisi, et nous fermerons les issues, à jamais ! Ça suffit ! Nous n'avons pas fait la Révolution pour rien, nous n'allons pas nous la laisser confisquer, il faut être sans pitié pour les ennemis du genre humain. Nous avons été timides, nous avons été patients, nous avons été timorés, nous avons été prudents, nous avons été tolérants, mais l'heure n'est plus à la tolérance, l'heure n'est plus à la prudence, l'heure n'est plus à la timidité, ni à la patience, l'heure est à l'action, à la force, à la décision, à la punition, la punition, et encore la punition. Ils n'ont pas voulu entendre la voix de la raison, la voix du progrès, la voix du bonheur, la voix de l'émancipation joyeuse, eh bien qu'ils entendent à jamais la voix du malheur, de l'immobilité et du regret. Il faut que quelqu'un le dise, il faut que quelqu'un le fasse, il faut que quelqu'un le décide, eh bien oui, ce sera moi, j'abattrais sur eux la main sans pitié de la Justice et de l'Honneur, et je n'aurai aucune hésitation, car c'est pour le bien de l'Humanité. »

Sans transition, Cécile se torcha, se redressa, tira la chasse, et remonta son pantalon. Elle était un peu rouge, mais soulagée. On n'allait pas se laisser emmerder par une constipation ordinaire, tout de même !

dimanche 29 juillet 2012

Shoot 3 (Variation 1)


 Il suffit de sa différence enrichissante qui révèle le respect de l'autre de courage, les plus fragiles d'imagination qui frappe de fraternité et d'un peu de courage la crise économique à l'heure de sa différence enrichissante et des valeurs morales universelles. Bien jouer du violoncelle dans des centres culturels de la dignité de l'homme et de sa différence enrichissante ne suffit plus parce que bénéfique à tous : il existe en effet pas seulement symbolique de la femme et de l'enfant dans une luxueuse tour d'ivoire et un dans la main droite de sa différence enrichissante de la Seine Saint-Denis. Venir d'en haut dans les grandes salles d'imagination et de fraternité révèle une crise humaine pour que les loups n'entrent pas dans Paris. Chacun à sa manière paye de sa personne les festivals prestigieux, monté avec des cordes en boyau de leur liberté de la dignité enrichissante de sa différence spirituelle de religion qui révèle ce petit bout de jeune femme de l'État, humaine un peu du sien pour le répertoire baroque d'expression effective. Des valeurs morales sur le dos qui frappe les loups aux bras d'ivoire monté de sa personne en boyau, armée de sa différence enrichissante. 

Shoot 2


Répétez après Georges :


A l’heure où la crise économique révèle une crise politique, sociale, humaine, spirituelle qui frappe les plus fragiles, bien jouer du violoncelle dans une luxueuse tour d’ivoire ne suffit plus. Ophélie Gaillard l’a bien compris et, armée de ses deux violoncelles (un sur le dos, le Goffriler monté avec des cordes en boyau pour le répertoire baroque, et un dans la main droite, un instrument français monté avec des cordes en métal pour le reste) ce petit bout de jeune femme aux bras d’acier paye de sa personne dans des centres culturels et des école de la Seine Saint-Denis (93). Pour que “les loups n’entrent pas dans Paris (magnifique chanson de Serge Reggiani), il suffit pour cela d’un peu de courage, d’imagination et de fraternité. Ce qui ne l’empêche pas de jouer aussi dans les grandes salles et les festivals prestigieux. Tout ne peut pas venir d’en haut, c’est-à-dire de l’Etat, chacun peut à sa manière y mettre un peu du sien.

A l’heure où la crise économique révèle une crise politique, sociale, humaine, spirituelle qui frappe les plus fragiles, bien jouer du violoncelle dans une luxueuse tour d’ivoire ne suffit plus. Ophélie Gaillard l’a bien compris et, armée de ses deux violoncelles (un sur le dos, le Goffriler monté avec des cordes en boyau pour le répertoire baroque, et un dans la main droite, un instrument français monté avec des cordes en métal pour le reste) ce petit bout de jeune femme aux bras d’acier paye de sa personne dans des centres culturels et des école de la Seine Saint-Denis (93). Pour que “les loups n’entrent pas dans Paris (magnifique chanson de Serge Reggiani), il suffit pour cela d’un peu de courage, d’imagination et de fraternité. Ce qui ne l’empêche pas de jouer aussi dans les grandes salles et les festivals prestigieux. Tout ne peut pas venir d’en haut, c’est-à-dire de l’Etat, chacun peut à sa manière y mettre un peu du sien.

A l’heure où la crise économique révèle une crise politique, sociale, humaine, spirituelle qui frappe les plus fragiles, bien jouer du violoncelle dans une luxueuse tour d’ivoire ne suffit plus. Ophélie Gaillard l’a bien compris et, armée de ses deux violoncelles (un sur le dos, le Goffriler monté avec des cordes en boyau pour le répertoire baroque, et un dans la main droite, un instrument français monté avec des cordes en métal pour le reste) ce petit bout de jeune femme aux bras d’acier paye de sa personne dans des centres culturels et des école de la Seine Saint-Denis (93). Pour que “les loups n’entrent pas dans Paris (magnifique chanson de Serge Reggiani), il suffit pour cela d’un peu de courage, d’imagination et de fraternité. Ce qui ne l’empêche pas de jouer aussi dans les grandes salles et les festivals prestigieux. Tout ne peut pas venir d’en haut, c’est-à-dire de l’Etat, chacun peut à sa manière y mettre un peu du sien.

A l’heure où la crise économique révèle une crise politique, sociale, humaine, spirituelle qui frappe les plus fragiles, bien jouer du violoncelle dans une luxueuse tour d’ivoire ne suffit plus. Ophélie Gaillard l’a bien compris et, armée de ses deux violoncelles (un sur le dos, le Goffriler monté avec des cordes en boyau pour le répertoire baroque, et un dans la main droite, un instrument français monté avec des cordes en métal pour le reste) ce petit bout de jeune femme aux bras d’acier paye de sa personne dans des centres culturels et des école de la Seine Saint-Denis (93). Pour que “les loups n’entrent pas dans Paris (magnifique chanson de Serge Reggiani), il suffit pour cela d’un peu de courage, d’imagination et de fraternité. Ce qui ne l’empêche pas de jouer aussi dans les grandes salles et les festivals prestigieux. Tout ne peut pas venir d’en haut, c’est-à-dire de l’Etat, chacun peut à sa manière y mettre un peu du sien.


DC ad infinitum

samedi 28 juillet 2012

Shoot 1


Répétez après Georges : 

Il existe en effet des valeurs morales universelles, ou du moins "universalisables", non négociables parce que bénéfiques à tous et partout, telles que le respect de l'autre et de sa différence enrichissante, celui de la dignité de l'homme, de la femme et de l'enfant, de leur liberté (effective, pas seulement symbolique !) de conscience, de religion, de pensée et d'expression.

Il existe en effet des valeurs morales universelles, ou du moins "universalisables", non négociables parce que bénéfiques à tous et partout, telles que le respect de l'autre et de sa différence enrichissante, celui de la dignité de l'homme, de la femme et de l'enfant, de leur liberté (effective, pas seulement symbolique !) de conscience, de religion, de pensée et d'expression.

Il existe en effet des valeurs morales universelles, ou du moins "universalisables", non négociables parce que bénéfiques à tous et partout, telles que le respect de l'autre et de sa différence enrichissante, celui de la dignité de l'homme, de la femme et de l'enfant, de leur liberté (effective, pas seulement symbolique !) de conscience, de religion, de pensée et d'expression.

Il existe en effet des valeurs morales universelles, ou du moins "universalisables", non négociables parce que bénéfiques à tous et partout, telles que le respect de l'autre et de sa différence enrichissante, celui de la dignité de l'homme, de la femme et de l'enfant, de leur liberté (effective, pas seulement symbolique !) de conscience, de religion, de pensée et d'expression.

DC ad infinitum

Et pendant ce temps-là…


La France est peuplée de malades. À côté du fait de recevoir ça chez soi, n'importe quelle invasion de brutes épaisses ressemble à une journée de printemps peuplée de jeunes filles fraîches et souriantes qui auraient l'intention de s'allonger près de vous !

Aux Cabinets


Les lettres de Bach à Couperin ont servi à couvrir des pots de confiture. (…) Peut-être mais on peut mettre un poisson rouge dans du Perrier.

mardi 24 juillet 2012

Nous en sommes là


« Pendant longtemps on a cru que c’étaient les allemands qui avaient exterminé les juifs. Maintenant, grâce au procès Papon, nous savons que les allemands n’étaient pas responsables et que les français avaient tout organisé ».

samedi 21 juillet 2012

Abolition, abolition, abolition


On a bien aboli l'esclavage, les races, la peine de mort, on est en train d'abolir le sexe et la sexualité, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas enfin abolir la musique ! Je milite ardemment pour l'abolition pure et simple de la musique. Rejoignez-moi ! Vous aussi, entrez en militance, la cause en vaut la peine. La musique est de toutes les occupations humaines celle qui aujourd'hui cause le plus de souffrances, le plus de dégâts, celle qui apporte le malheur partout où elle sévit, celle qui corrompt, celle qui sème la désolation et l'effroi, celle qui glace le sang et détruit le cerveau. Il est plus que temps de se débarrasser de cette plaie, de cet animal furieux et apostolique qui est en train d'anéantir l'espèce humaine comme le cancer déchaîné et sans aucune mesure qu'il est.

S'il se révélait qu'il est trop tard, qu'il nous est malheureusement impossible de nous débarrasser de ce fléau diabolique, il conviendrait d'obturer toutes les oreilles humaines, d'immobiliser définitivement tous les tympans, et ce, dès la naissance, et sans possibilité de retour. Après tout, l'homme est aujourd'hui en mesure de communiquer par de tout autres moyens, et le sens de l'ouïe n'est indispensable que dans les sociétés dangereuses. Étant donné que la nôtre est la plus sûre qui ait existé dans l'histoire de l'humanité, ainsi que le prouvent tous les jours nos équipes de sociologues assermentés, nous pouvons aisément nous passer du sens qui transmet l'alerte. Bien vite, le nerf auditif, déjà considérablement atrophié, tombera de lui-même, et l'ouïe ne sera plus qu'un mauvais souvenir. Mais surtout, nous serons enfin débarrassés de la musique !

Mes Chers Concitoyens, il est grand temps d'agir, le temps presse. Croyez-moi, et prenons ensemble la décision qui nous sauvera, et qui sauvera notre monde. Je sais que vous me rejoindrez, je sais que je peux compter sur vous.

Bien vôtre,

Georges de la Fuly

NB. Merci d'adresser vos chèques à l'Association Le Sacrifice du Tympan, 11 Chemin de la Clochée, 11574 Oto-sur-Aude

La Grâce


À chaque fois que j'écoute les quatuors de Dvořák, je suis saisi. Il y a là un mystère que je ne sais pas déchiffrer. Ces quatuors (je parle des dixième, onzième, douzième, treizième et quatorzième quatuors) incarnent pour moi une sorte d'équilibre miraculeux, équilibre entre poésie, inspiration, spontanéité, fraîcheur, et science de l'harmonie. Autant les symphonies (et même les concertos) de Dvořák me paraissent parfois simplistes, épais, voire grossiers, autant ces quatuors possèdent une grâce, une sorte d'élégance intelligente qui éclaire de l'intérieur leur pâte sonore, qui l'allège et l'assouplit. 

Peu de compositeurs ont autant pâti du succès de l'une de leurs œuvres qu'Antonín Leopold Dvořák avec sa neuvième symphonie. 

On entend parfois ses bagatelles opus 47 (quatuors dans lesquels il a remplacé l'alto par un harmonium) jouées avec un orgue à la place de l'harmonium, quand ce n'est pas un piano, et c'est très dommage, car l'harmonium est réellement l'instrument idéal pour ces pièces d'une fraîcheur extraordinaire. Il est possible que je sois influencé, en les écoutant, par les pièces de Schoenberg où celui-ci a utilisé également l'harmonium (en plus du piano), mais on retrouve la même transparence de la sonorité, les mêmes textures légères, aérées, qui témoignent d'un merveilleux métier de l'harmonie et du contrepoint, sans qu'il ne soit jamais montré, souligné, utilisé pour autre chose que pour mettre en valeur les thèmes d'aspect populaire.

Quand j'écoute la première des bagatelles, une insondable nostalgie m'envahit, la nostalgie des étés heureux, du ciel bleu dès le matin, de l'enfance, de l'été qui semble ne jamais devoir finir. Le bonheur, on l'a connu

vendredi 20 juillet 2012

Eyes wide shut



J'ai trouvé cette photographie sur un blog, je ne sais plus lequel. Il y a des photos qui parlent, extraordinairement. Celle-là en fait partie. Je n'ai aucune idée de la scène* à laquelle ces gens sont en train d'assister, mais je trouve ces deux personnages absolument parfaits. Je remercie très profondément l'auteur du cliché, qui à mon avis touche là quelque chose de l'ordre du mythe. Ce photographe est un grand ethnologue qui me donne à voir une réalité extrêmement prégnante mais qui ne se laisse que difficilement décrire et représenter, sauf peut-être par un Philippe Muray (on attend toujours le photographe de talent de ce début de siècle, un Doisneau d'aujourd'hui). J'imagine qu'elle fera partie d'un fort volume encore consulté dans un siècle ou plus, quand les survivants de notre apocalypse joyeuse voudront tenter de comprendre ce qui s'est passé au commencement du XXIe siècle en occident. 

Je ne connais évidemment pas ces deux personnes, mais je les connais tout de même très bien. J'ai l'impression d'en avoir rencontrées des dizaines, des centaines, et l'une des raisons qui m'ont poussé à fuir Paris il y a une dizaine d'années est qu'il était devenu impossible de les ignorer. Une deuxième raison est qu'une partie non négligeable des jolies filles se recrut(ai)ent malheureusement au sein de cette population. 

On les appelle souvent des bobos, mais ce terme a désormais perdu toute sa sève, comme la plupart des vocables utilisés abondamment dans la Bloge. Je dois reconnaître que je n'ai rien à proposer, aucun vocable qui serait à même de dire ce que je vois quand je regarde cette photographie qui aurait eu, j'en suis certain, une place de choix dans les Mythologies de Roland Barthes, s'il les avaient écrites aujourd'hui. Qui sont-ils ? Je n'ai pas besoin de répondre à cette question. Vous en connaissez tous. Ils sont partout. On a l'impression qu'ils naissent ainsi, que les conditions d'existence, que l'éducation qu'ils reçoivent, que les événements de l'époque n'ont aucune importance, que rien n'a de prise sur eux, qu'ils sont en quelque sorte ignifugés, imperméables au réel, insensibles aux leçons de l'histoire et de la géographie. Ce sont bien des rebelles, mais des rebelles à l'autre, que cet autre soit une personne, une manière de vivre, une idée. Ils sont nés dans une époque dont a dit et répété qu'elle était celle de "la fin des idéologies", alors que bien entendu elle était celle du triomphe de l'idéologie, et ils sont d'une certaine manière le résultat parfait, effrayant parce que parfait, de l'idéologie tellement intériorisée qu'elle a disparu des écrans radar. À force d'en manger, à force de la respirer, il ne leur reste plus rien qui en soit indemne. Ils sont des êtres chimiquement purs, des êtres réellement nouveaux, qui nous ressemblent, certes, mais qui sont radicalement et définitivement différents de nous. 

Nous sommes quelques uns, quelques David Vincent, très peu, à essayer de dire ce que nous voyons, ce que nous entendons, mais le problème est de savoir à qui s'adresser, puisque ces Nouveaux Venus sont l'immense majorité, occupent tous les postes, toutes les places, jouent tous les rôles dans le néo-monde, et n'ont par définition aucun souvenir susceptible de les faire ciller. Je pense que le monde de la Camelote (la fin du XXe) a favorisé l'avènement du monde du Simulacre (le nôtre). Dix générations élevées au plastique (cette matière qui a rendu possible le passage du noble à l'ignoble) ont certainement contribué à préparer l'humain à l'Écran. Passer de la civilisation de la fenêtre à celle de l'écran ne pouvait que provoquer d'immenses dégâts, et pas seulement dans le regard. Le monde de la fenêtre nous faisait cligner des yeux, faisait naître le doute (pas le soupçon, mais le doute), et laissait libre cours à la libido sciendi, alors que le monde de l'écran obture la réalité et nous enferme dans un crâne. Comme par hasard, les crâniens écranophiles ne supportent plus les frontières, qui seules permettent d'aller voir au-delà à quoi ça ressemble, de quoi on a l'air. Ils savent à l'avance de quoi ils ont l'air, puisque leur monde est à leur image, et ce n'est pas un hasard non plus si ces néo-humains n'ont que les mots autre et étranger à la bouche. Il s'agit de mantras qui, par leur répétition incessante, hallucinée, permettent la disparition sensible des réalités qu'ils prétendent nommer. 

Ces nouveaux venus sont des énervés, au sens propre. Leur corps a été creusé, fouillé, débarrassé de tout ce qui permettait à l'homme de sentir, d'entendre, de voir, de comprendre ce qui lui arrive. Ils ne sont pas cools du tout, ils sont terrifiants. Les détenteurs du pouvoir, aujourd'hui, c'est-à-dire en gros les médias, pratiquent un art appelé thanato-kéropraxie. Tout le monde est censé y passer, à brève échéance. C'est ce qui rend les quelques heures qui restent si précieuses.


(*) Tout de même, le plus plausible est qu'ils soient en train d'assister à ce qu'ils appellent "l'art de rue". L'œil pétillant du crétin barbichu est typiquement le regard qu'ont les bobos lorsqu'ils assistent à des manifestations de rue, le regard qui frétille, qui jouit en direct live de la créativité insondable et festive de ses concitoyens sympas aux nez rouges, qui prend son pied à écouter la millième fanfare tonitruante et obscène déversant ses milliers de clichés faussement joyeux à la minute, ressassés jusqu'à la nausée. J'apprends d'ailleurs, en cherchant un peu sur la Toile, qu'il existe une "Fédération nationale des Arts de la rue", ce qui ne m'étonne pas le moins du monde. J'imagine qu'il s'agit sans doute là de la partie la plus active de la merveilleuse "scène contemporaine" qui réjouit tant les extatiques écranophiles et qui, en passant, se fait une gloire de réclamer toujours plus de subventions au ministre de la Culture, trop heureux de leur témoigner son affectueuse reconnaissance, car c'est bien de ça qu'il s'agit : ils se reconnaissent entre eux. 

(À ma mère, qui faisait partie du monde des vivants)

jeudi 19 juillet 2012

Abukaria est satisfaite de sa prise en charge médicale


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Comment admettre qu'«un assuré social lambda qui paye ses cotisations sociales, mais qui n'a pas de mutuelle, ait une moins bonne couverture qu'un étranger en situation irrégulière?», s'interrogent plusieurs praticiens du Centre Europe, qui voient défiler de nombreuses familles modestes. «Cela fonctionne comme un supermarché, témoigne le dentiste. À partir du moment où c'est gratuit, les gens veulent tout ce à quoi ils ont droit, même s'ils n'en ont pas besoin.» Comment tenir bon lorsque le patient, parfois accompagné d'un interprète ou d'un «cousin» costaud, s'énerve et exige «20 boîtes de Doliprane et 10 flacons de bains de bouche», puisque «c'est gratuit»? «Parfois on craque, avoue un médecin. De toute façon, si on ne cède pas, ils iront voir ailleurs…» Comme les bénéficiaires de l'AME n'ont pas de médecin traitant à déclarer, «cela entraîne un nomadisme et la multiplication d'examens redondants», poursuit-il.

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mercredi 18 juillet 2012

C'est chouette, Internet !



Bonjour,
 Qui ose dire que la musique de Lady Gaga (une oreille absolue depuis son enfance, d'ailleurs) n'est pas digne de la grande composition ?

Après tout, le talent d'écrire des belles mélodies est notamment ce qui unit Mozart et McCartney, Schubert et Gainsbourg, Bellini et Cutugno.

Regardez la vidéo, dans laquelle la mélodie du refrain de la chanson "Bad romance" est transformée en fugue classique.

C'est chouette de suivre ce morceau en partition, tout en écoutant http://oreilleabsolue.mobi/ladygaga_oreille_absolue/
En vous souhaitant une bonne écoute et une douce journée,
amicalement,

Katja

mardi 17 juillet 2012

Paroles


Paul Morand, 14 juin 1968 : « Quand on rappelle aux gens ce qu'ils ont dit, citations et dates précises, ils sont furieux, nient, ne vous le pardonnent pas. »

lundi 16 juillet 2012

La police de la pensée, c’est maintenant !


La police de la pensée, c’est maintenant !

 Depuis quelques semaines, avec une intensité grandissante, une véritable chasse aux sorcières s’est solidement installée en France dans le débat des idées, portant atteinte comme jamais à la liberté d’expression dans notre pays. Pris au piège de ce climat détestable, l’impertinent Eric Zemmour n’est ainsi guère assuré de disposer demain de ses tribunes actuelles qui lui permettront d’exprimer ici où là ses talents de polémiste, tant ses opinions transgressives heurtent de longue date le politiquement correct. 

 Dans le même ordre d’idées, le comédien Laurent Deutsch éprouve actuellement d’invraisemblables attaques émanant du Groupe communiste et Parti de gauche au Conseil de Paris, qui lui reproche « l’orientation idéologique », si peu concevable, de son ‘‘best-seller’’ Métronome, consacré à l’histoire de la capitale. A la manœuvre de cette offensive politicienne inédite, qui dévoile une singulière et inquiétante volonté de réécrire l’histoire, se dissimule Alexis Corbière, élu du Parti de gauche, qui s’était déjà distingué voici deux ans en demandant le changement de nom du Collège Vincent d’Indy, situé dans le 12ème arrondissement de Paris, au motif que ce célèbre compositeur français du début du XXème siècle, catholique et nationaliste, aurait été « durant sa vie un adversaire acharné des valeurs de la République » ! C’est bien cette funeste intolérance, systématiquement opposée à la liberté de chacun à exprimer sans crainte ses idées, qui conduit aujourd’hui l’admirable écrivain français Renaud Camus, - auteur d’une œuvre immense, dont notamment l’ouvrage prophétique « Le Grand Remplacement » - à être poursuivi devant la 17ème chambre correctionnelle de Paris, à la suite d’une plainte du Mrap, du chef de provocation publique à la discrimination, à la haine ou à la violence nationale, raciale ou religieuse, pour avoir tenu des propos d’une rare lucidité dans son discours prononcé le 18 décembre 2010 aux Assises sur l’islamisation de l’Europe. 

 Quelques mois plus tôt, cette même police de la pensée avait alors frappé : à la suite de deux tribunes roboratives diffusées sur le site internet Riposte Laïque, deux de ses responsables, dont le très combattif Pierre Cassen, avaient été pareillement condamnés le 23 mars 2012 par le tribunal correctionnel de Paris du chef de provocation à la haine envers les musulmans à de lourdes peines d'amende et à indemniser diverses associations parties civiles, dont la Licra, SOS Racisme et le Mrap… 

 A bien scruter l’actualité en ce domaine, l’implacable indignation des sempiternelles ligues de vertu continuera en vérité à s’exercer demain, avec une égale rigueur, de manière toujours sélective : des rives monotones de la bien-pensance et du conformisme intellectuel, les Français n’attendent manifestement rien, qu’il s’agisse de prendre l’initiative d’éradiquer avec énergie l’antisémitisme impuni qui gangrène notoirement les banlieues françaises ou de dénoncer avec force la diffusion, lors du concert de la chanteuse américaine Madonna au Stade de France, ce samedi 14 juillet, d'un clip vidéo dans lequel Marine Le Pen apparaît scandaleusement affublée d'une croix gammée sur le front. 

 * 

 Inséparable de la liberté de conscience, étroitement associée à la liberté de pensée, la liberté d’expression constitue la première de nos libertés publiques : dans une conception exemplaire de cette liberté fondamentale, n’en va-t-il pas en effet du droit inviolable pour chaque individu de manifester publiquement ses opinions intimes, sans jamais craindre de devoir les reléguer au for interne ? 

 Pourtant, sous l’effet d’un militantisme associatif marqué du sceau de l’intolérance idéologique, le délit d’opinion s’est insidieusement enraciné en France, lequel doit assurément sa redoutable réussite aussi bien aux tabous dominants qui enchaînent irrésistiblement l’exercice quotidien de la parole qu’à l’émergence de lois à caractère liberticide. Encouragés par des gouvernements de gauche comme de droite, ces lois comme ces interdits visent au fond à normaliser et à sécuriser la pensée dominante, en asservissant partout l’expression des opinions jugées déviantes : avec la menace permanente de coûteuses chicanes, il s’agit non plus simplement de prohiber ce qui porte atteinte à l’ordre public stricto sensu ou aux intérêts objectifs des individus, mais bien de réprimer abusivement ce qui est idéologiquement illégitime de penser et d’exprimer. 

 Une épouvantable police de la pensée est ainsi à l’œuvre, étouffant autant le débat public que la libre manifestation des opinions individuelles, si bien que nos compatriotes dressent partout le même constat accablant : la liberté d’expression est devenue à présent en France un vaste champ de ruines. 

 Karim Ouchikh 15 juillet 2012

Ma femme me console


Encore plus fort que Loin-du-Clavier, le gros Jegoun dégénéré, voici peut-être ce qui se fait de mieux dans la bloge de gauche :

  Le blog SARKOFRANCE avait été ouvert le 7 mai 2007 au matin, par un électeur Français, inquiet et triste, anonyme mais sincère, qui avait décidé de suivre chaque jour l'action du Président Sarkozy. Pendant 5 ans, nous n'avons rien oublié.
 RÉACTION À CHAUD, LE 6 MAI 2007, 20H05
 « Mes 2 enfants pleurent, ma femme console; je rassure; il est 20H et quelques minutes; 53% des Français ont choisi Nicolas Sarkozy comme Président. Si ce dernier applique son programme, la France sera dans un état de ruine et de confrontation civile comme elle n'en a pas connu depuis 60 ans. Le cas contraire, il aura menti. Quelle que soit l'option, nous serons perdants.»

RÉACTION À CHAUD, LE 6 MAI 2012, 20H05
 « Moment de soulagement. Il est 20 heures et quelques secondes. Mes enfants rient, je pleure. Ma femme me console. Sarkozy a perdu. Sarkozy va partir. Il l’a eu, son référendum contre lui. Je n’en peux plus. C’est fini. Vous avez gagné. Nous avons gagné. Merci à tous, merci à nous, merci à vous.» Le 17 juin 2012, l'UMP perdait aussi la majorité à l'Assemblée nationale. Le blog fut renommé. 


C'est tellement beau qu'on pourrait laisser la chose ainsi, dans son écrin, et se taire religieusement. "Ma femme me console." Mes 2 enfants pleurent, la France sera dans un état de ruine et de confrontation civile comme elle n'en a pas connu depuis 60 ans. Nous n'avons rien oublié. Je n'en peux plus. C'est fini. Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ? Entendez-vous, dans les campagnes mugir ces soldats féroces ? Mes 2 enfants pleurent. Mes 2 enfants pleurent. Ma femme console. Le blog fut renommé. Quelle que soit l'option, nous serons perdants. Ma femme console; je rassure. Sarkozy va partir. Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne ? Mes 2 enfants pleurent. Ma femme console. Réaction à chaud. Moment de soulagement. Pom pom pom pom ! Ma femme console. Merci à nous, merci à vous. Le blog fut renommé. Ma femme me console. Je n'en peux plus. Ma femme me console. Le cas contraire, il aura menti. Ma femme me console. C'est fini. Inquiet et triste, anonyme mais sincère. Ma femme me console. 

dimanche 15 juillet 2012

Vers un grand quinquennat ?


Là je crois qu'on tient un gros morceau, il s'est surpassé le pote à Digoux. Comme dirait Serge July, j'crois qu'c'est clair !, pas besoin d'en rajouter. On l'a dit très souvent, les gauchistes d'aujourd'hui sont tellement caricaturaux qu'il faut les laisser s'exprimer, seulement ajouter des guillemets à leur délire pour le séparer de la vie réelle, mettre leur prose sur scène et la laisser s'agiter toute seule, et ne surtout pas en rajouter, ça la gâcherait.

samedi 14 juillet 2012

Et je n'ai jamais de réponse…


Ce n'est une surprise pour personne, on sait bien à quel point "la scène contemporaine" est remplie d'abrutis, d'imbéciles, de bras cassés, de tarés, de charlatans et de médiocres en tous genres, mais entendre en direct et soir après soir les productions qui se montrent à Avignon cette année (du moins celles qui sont retransmises sur les ondes de France-Culture) est une expérience intéressante en cela qu'elle arrive tout de même à nous surprendre. Mauvais à ce point ??? Eh oui, mauvais à ce point ! 

Mais enfin, ça doit bien exister tout de même, les bons auteurs, les bons acteurs, les bons metteurs en scène, les bonnes troupes, les bons textes ? Non ? C'est vraiment fini, terminé, out ? C'est interdit, ou bien quoi ?

Ah oui, peut-être que c'est ça. Les bons textes doivent être interdits, je ne vois que cette explication. Les bons acteurs doivent être à l'hospice, ou en prison, les bons éditeurs doivent être dans des asiles psychiatriques. 

Avignon c'est désormais du niveau du bien nommé "spectacle de rue". La rue a gagné. La connerie éructante a gagné. Elle n'a même pas besoin d'éructer, d'ailleurs, elle peut tout se permettre. Qu'elle chuchote ou qu'elle gueule tant qu'elle peut, c'est le même filet d'eau tiède et crasseuse qui nous tombe dans l'oreille. 

Ah, il faut les entendre, les "hommes de théâtre", ces putains sans aucun amour propre, venir pleurnicher sans vergogne à la radio, venir demander que l'État mette la main à la poche et le nez dans la farine. Pour un peu, on les verrait s'agenouiller devant leur État, qu'ils somment ridiculement de "s'occuper de l'art", "d'avoir une vision, un projet". Le cri de guerre de ces Harpagon post-gauchistes, c'est : « Mon État, mon État, mon État ! » Ils veulent qu'on les comprenne, qu'on s'occupe d'eux, qu'on les materne, qu'on soit gentil avec eux, qu'on ne les critique pas trop, et en plus qu'on écoute les leçons qu'ils se croient autorisés à donner nuit et jour aux pauvres ploucs qui ne sont pas tout à fait de leur avis. Ils veulent être torchés, consolés, reconnus, mais conserver pourtant le statut de rebelles cotés en bourse que Télérama ou les Inrocks déposent avec onction sur les fronts anxieux de petits vieux précoces qu'ils ont depuis que Jack Lang les a abandonnés en rase banlieue. Tonton n'est plus là, et il se sont mis à fantasmer sur François le Nouveau, le pneu triste à la fleur d'oranger qui flotte comme un œil de gras sur la mer maigre de la gauche française. Quelle déveine ! Vilar, Vittez, Chéreau, Nordey… On peut dire que la pente est abrupte, et la soupe amère ! J'entendais hier une de ces piteuses pleureuses venir dévoiler le pot aux roses : « Quand je vais dans les ministères, je leur demande toujours : "Mais cet argent que vous me donnez, c'est pour quoi faire ?" » Non seulement il faut leur donner de l'argent, non seulement il faut les nourrir à la sonde gastrique, ces grands alités tristes, mais en plus il faut se justifier de dépenser des sommes folles pour leurs gesticulations infâmes, afin sans doute qu'ils puissent ensuite dormir du sommeil du juste ! Ils veulent bien profiter du système, mais ils veulent le faire en étant absous par avance de tout péché, ces cons ! « Et je n'ai jamais de réponse ! » ajoute cette crapule… Un peu comme ces mafieux qui vont régulièrement à la messe, il exigent de bien dormir, après leur mauvais coups.

« La vitesse [est] devenue aussi immobile que la mort », la parole aussi inutile que le silence… La seule chose qui sauverait ces braillards obscènes, ce serait d'avoir un peu de vergogne, mais c'est précisément ce qui leur fait cruellement défaut. 

jeudi 12 juillet 2012

Langues de feu


« Un grand merci à AF, qui m’a fait découvrir RC… » Je ne m'y ferai jamais. La désignation (et cela devant les intéressés eux-mêmes), grossière au dernier degré, de personnes par leurs initiales me donne la nausée. Quant au "un grand merci", c'est devenu un des plus puissants émétiques que je connaisse. Une des premières fois que j'ai reniflé cette chiasse mentale, c'était sous le clavier d'un chef d'entreprise très nouveau-riche (donc parfaitement inculte) et particulièrement sinistre dans sa certitude d'incarner le Bien à lui tout seul, qui nous acheta la maison familiale, à la mort de ma mère. Son abyssale vulgarité naturelle, qu'il essayait de camoufler sous des manières qu'il devait sans doute considérer comme bourgeoises (et qui du fait même qu'il y aspirait goulûment n'en étaient que plus caricaturalement petit-bourgeoises, ajoutant encore par là à la vulgarité première), fit que j'associai pour toujours cette formule à ce type de personnages. Comme c'est presque toujours le cas, la langue revient par la fenêtre, au moment où les intéressés se croient enfin en paix avec leur conscience de classe, l'ayant reconduite à la porte d'entrée du  boui-boui qu'ils prennent pour un palace. Que ce genre d'humains se vantent haut et fort de pratiquer assidûment l'adoption ne peut être un hasard, tant ils nous font sentir (et plus encore leurs amis et connaissances, étrangement, comme si ceux-là étaient peu ou prou complexés de n'avoir que des enfants biologiques à proposer à l'admiration du public) qu'ils tiennent là la Bonne Action par excellence, alors que bien sûr ils n'ont fait qu'accéder à un caprice que tout et tous s'entendent à estimer légitime, de cette sorte de légitimité qui ne souffre aucune discussion, le type même de la bonne action très cotée en bourse, si j'ose dire, et qui devrait de ce seul fait être considérée avec beaucoup de prudence.  Quel délire d'initiés ! Comment ! On les priverait d'enfants, ces admirables parents qui ne demandent qu'à prodiguer généreusement leur Amour à tout ce qui ne sort pas de leurs tripes ? Mais quel scandale ! Comme ce "on" (la nature, la génétique, la chance, la biologie, le hasard, le destin) est affreusement injuste, antidémocratique, indifférent, en un mot comme en cent, fasciste, comme le sort de ces pauvres parents putatifs serait tragique si la société moderne et ses auto-pompes ne s'avisaient avec candeur de corriger si effroyable injustice ! Mais la vie, qui a plus d'un tour dans son sac, leur a donné un de ces beaux enfants importés qui est devenu leur pire cauchemar, juste retour des choses. Comme les enfants qui veulent à toute force des sucreries finissent par se rendre très malades (pour leur plus grand bien), le retour à l'équilibre finit toujours par arriver, même s'il faut parfois être patient. (Mes grands amis les journalistes de France-Musique diraient que tout cela est contrasté à souhait, hein, Josyane ! C'est la spécificité des abrutis, de parler en abruti, et il ne sera pas dit que je ne parvienne pas à décrocher mon brevet avant de passer l'arme à gauche.) Il faudrait écrire une histoire de l'altruisme, qui serait plus qu'un peu l'histoire du pire, si l'on veut bien prendre le temps de descendre jusque parmi les tripes de la bête. 

L'ordure dont il est question ici racontait volontiers une anecdote dont il était très fier. Invité avec les autres PDG du groupe auquel il appartenait, dans un restaurant devenu célèbre depuis la première campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, il eut sa minute de gloire (à quoi peut bien ressembler une particule élémentaire ? se demande le chœur antique, à ce niveau du récit), quand il prit la posture du saint laïque offusqué par le Mal. Un des directeurs, jetant un regard vers la-plus-belle-avenue-du-monde, crut bon de glisser négligemment qu'"il y en avait de plus en plus" (de quoi, de quoi, interroge le chœur antique : des lampadaires, des bicyclettes, des top-modèles, des sosies de Cloclo, des roux, des gendarmettes ?) Notre bon apôtre, encore frémissant comme le lait sur le point de déborder de sa casserole, dix ans après, encore ému aux larmes de son courage inouï, encore stupéfié de l'audace virile qu'il allait sans doute payer d'années et d'années de bagne et de relégation civique, sans parler de l'opprobre publique pour lui, son épouse et ses enfants, jusqu'à la septième génération, se leva et à ses pairs tint à peu près ce langage : « J'ai un enfant noir, figurez-vous, et j'en suis très fier ! » Évidemment, le cordial n'allait pas jusqu'à ajouter que cet enfant noir qu'on était si fier d'avoir adopté, et qui était en somme la preuve encore chaude et vivante de la moralité superlative de l'adoptant, était devenu un cauchemar si atroce qu'on avait dû précipitamment le renier, et déménager le plus loin possible du lieu où l'on avait vainement tenté de l'élever, le cœur a ses raisons, tout de même, même si elles ne sont pas toutes avouables. Les demi-vérités ont sur le monde un impact considérable, dont il sera urgent de mesurer l'ampleur et les ramifications inombrables, lorsque le monde aura retrouvé un peu de sa fraicheur, fraîcheur dont je ne suis pas prêt de profiter, je ne l'ignore pas, tant les miasmes du Bien font s'élever la température et sombrer le tempérament. Bref, notre saint Benêt en croûte ne se départit plus jamais de son sauf-conduit obtenu de haute lutte, en une après-midi parisienne et ensoleillée – face à la piétaille des gros beaufs pas encore convaincus (un peu de patience, oh là là, ça va venir très vite !) du radieux avenir que leur préparait le Crucifié – et on le comprend : il y a des sésames qui ouvrent mieux les forteresses que les plus grosses clefs ou les meilleurs diplômes. L'antiracisme affiché (mais je pléonasmise) est de nos jours le coupe-file le plus à même d'abréger l'attente à tous les honneurs, à toutes les grâces, et de donner un accès facile à toutes les friandises qui s'affichent aux Champs-Élysées ou dans les sombres provinces.

Il y a des gens, comme ça, qui font froid dans le dos. Heureusement, quelque chose nous prévient très vite qu'il faut les éviter le plus possible, mettre le plus de distance entre eux et nous, mais même le bref moment où on les a côtoyés suffit à donner la chair de poule, rétrospectivement. Comme toujours, il faut écouter : la voix de serpent, l'intonation fausse, cent petits détails, il y a quelque chose qui avertit, mais on n'est pas toujours attentif aux signaux émis par le démon qui, pourtant, ne peut pas travestir sa voix, c'est la limite de son grand pouvoir. Un grand merci à lui d'avancer masqué, c'est en général à cela qu'on le reconnaît. 

Il y en a de plus en plus, donc, et il faut voir ce qu'on voit. C'est le premier devoir duquel découlent tous les autres. Voir ce qu'on voit et entendre ce qu'on entend. Ma morale s'arrête là, la morale devrait commencer ici. Pas la peine de faire des grandes phrases, si ces phrases ne s'appuient pas sur une saine observation. Toute la grande affaire humaine est là. On dirait que vivre consiste avant tout à nettoyer le pare-brise. Sans arrêt, des tonnes de choses viennent nous obstruer le regard, nous boucher les oreilles. Ça tombe des arbres, du ciel, et du haut des immeubles. La poussière, les détritus, les crachats, les déchets, les retombées radio-actives des paroles et des actions humaines, sans relâche, recouvrent ou tendent à recouvrir le paysage mental. Un poète, par exemple, est quelqu'un qui nettoie la langue, la langue qui s'encrasse constamment, et très rapidement. J'avais une amie africaine, vers la fin du siècle dernier, qui venait passer la nuit chez moi, à Paris, de temps à autre, en sortant de son travail. Le matin, vers midi, plutôt, quand elle se levait, une des premières choses qu'elle faisait était de se brosser la langue. J'aimais la regarder faire. Si on lui avait dit que j'étais raciste, elle aurait éclaté de rire. Ceux qui aiment à proférer ce genre d'accusations, aujourd'hui, on les trouvait salement racistes, nous, à l'époque, ou, plus exactement, on savait pertinemment qu'en cette manière c'était tout simplement des puceaux et qu'ils n'avaient pas la moindre idée de ce que le racisme pouvait être réellement. Entre la fin du siècle dernier et aujourd'hui, les retombées idéologiques et langagières constantes ont pris une ampleur inouïe, qui empêche tout simplement les cantonniers culturels de faire leur métier. Impossible. Ils n'ont même pas besoin, ou envie, de faire grève, non, on a simplement pris l'habitude de considérer que ce travail était désormais hors de portée des hommes. Ce qui est possible avec trois milliards d'individus ne l'est plus avec sept milliards, c'est ainsi. Le nombre, c'est une révolution. C'est la Révolution. La Révolution n'a pas besoin de dire son nom, de crier casse-cou, de déraciner les arbres de la décence ordinaire, de renverser les buildings. La Révolution, la vraie, elle attend que les sirènes des pseudos révolutions se taisent, ou qu'on en ait tellement pris l'habitude qu'on ne les entend plus, et, du jour au lendemain, elle prend possession de tout le territoire, de toutes les âmes, de tous les désirs, elle imprime sa marque sur toutes les formes qu'on avait patiemment répertoriées durant des siècles, ou plutôt elle se coule en elles, gardant les noms, les couleurs, les traits, de ces formes anciennes, mais elle fait jaillir dans leurs artères un sang complètement neuf, tellement neuf que ce n'est plus du sang, la Révolution a pris exemple sur les façadistes de naguère : "tout est pareil, tout est autre", c'est sa devise. Et les hallucinés qui errent dans la cité lui disent "un grand merci", heureux qu'ils sont que le décor n'ait pas changé. Pourvu qu'on sache retrouver son chemin pour aller de l'hôpital à l'hôpital en passant par le bureau de vote…

Il m'avait dit : « Tu verras, tu seras fier de nous avoir vendu ta maison. » Là, dans le bureau du notaire, cette phrase chuchotée complètement loufoque m'avait tétanisé. « Pardon ? » Il m'avait tapoté la cuisse, en répétant son extraordinaire trouvaille. Fier de vendre une maison quand on ne peut pas faire autrement ? Docteur, j'ai un cas grave à côté de moi, ça vous intéresse ? Ce que cet abruti voulait dire est qu'il allait en faire quelque chose de bien, de notre pauvre maison plus ou moins abandonnée (selon ses critères, bien sûr). Ça, pour voir, on a vu. La petite barrière blanche mesquine en guise de portail, et je préfère ne pas parler de l'intérieur, des beaux carrelages immédiatement cassés alors qu'il m'avait assuré qu'avec lui ce genre de choses ne risquait certainement pas d'arriver, contrairement à ce qui se passerait avec les autres prétendants, et de tous les "arrangements" nécessaires au "confort", cet autre mot pour désigner le massacre, enfin tout le costume petit-bourgeois bien corseté, enfilé selon les règles les plus strictes de la religion du Mauvais Goût la plus intransigeante. La revanche du petit-bourgeois est toujours féroce. Plus il veut s'extraire de sa classe d'origine plus il en bétonne les fondations avec une énergie démesurée. L'argent est le plus sûr moyen de faire taire les signes de l'aisance, je veux parler de l'ancienne aisance, celle qui n'avait rien à prouver, qui n'était pas une revanche sociale, car ces signes étaient justement la discrétion et une certaine désinvolture. Évidemment, on savait tout cela bien à l'avance, en découvrant par exemple sur la table basse du "séjour" de ces gens-là le livre qu'il fallait avoir à la maison en ces années-là, quand on avait un peu d'argent et ce goût qui est l'exacte antithèse du goût, comme la musique est désormais l'exact inverse de la musique, je veux parler du livre de Yann Arthus Bertrand, "Vu du ciel". Autrefois, on trouvait des Bibles dans toutes les demeures françaises, même chez ceux qui ne lisaient pas, qui n'ouvraient jamais un livre. Les "bibles" d'aujourd'hui disent à peu près la même chose : nous n'aimons pas les livres, nous émettons les signes qu'on doit émettre quand on est conforme à la nouvelle classe unique, c'est-à-dire que la Vérité ne passe plus par l'écrit, que la littérature est au mieux un passe-temps pour la plage, réservé aux moments où l'on s'ennuie, où il n'y rien de bien à la télé. Ces gens-là aiment se faire conseiller par leur libraire, sans doute, quand ce n'est pas par Télérama (ce qui revient exactement au même), et le plus fort est qu'ils s'en vantent, et les libraires font d'ailleurs ce travail admirablement, puisqu'ils ont exactement les mêmes goûts que ces gens qui ne lisent pas, ou qui lisent ce qu'il faut lire quand on n'aime pas la littérature. Le système est extrêmement au point et permet aux niveau-montistes de toutes obédiences de se congratuler à longueur d'année le plus sincèrement du monde. La littérature est à peu près autant chez elle dans une librairie, dorénavant, que la musique l'est chez un disquaire, que la culture l'est à France-Culture, que "le peuple" dans les "quartiers populaires", ou que l'"art" dans les "expos", ce qui est une preuve de plus, s'il fallait, que tous les mots sont aujourd'hui à déchiffrer avec une machine qui les remet à l'endroit, quand c'est encore possible. Mais s'il est facile avec les catégories décrites plus haut de comprendre que l'idéologie a déposé sur les choses le masque grimaçant d'un mensonge institutionnel aux semelles de plomb, s'il est assez simple finalement de s'y retrouver dans cette farandole du sens faisandé, il est plus difficile de comprendre et d'admettre que les mêmes mécanismes pervers ont opéré chez les individus, jusque dans leur sphère intime bien souvent, et sociale toujours, une dégradation de la perception et du discours qui en fait des zombies complètement inaptes à la conversation et parfois dangereux, s'ils n'obtiennent pas le retour escompté de la part de celui qui est leur interlocuteur. Ils attendent leur monnaie de singe, comme des chiens dressés, et montrent volontiers les crocs si leur attente est déçue. Et plus ils vous parleront de leur liberté chérie plus ils se montreront sous leur vrai jour, qui est celui des garde-chiourmes enthousiastes de Cordicopole. Entre le bandit et son chien, il est parfois difficile de savoir qui est le moins dangereux, car l'un dresse l'autre et réciproquement. 

Saint Benêt, juif, s'était converti au catholicisme. On nous présenta la chose comme un exploit devant tirer des larmes de la brute la plus endurcie, la conversion fut narrée par le menu avec des accents claudeliens et des tressaillements d'échine. Il semblait aller tellement de soi, là aussi, qu'il s'agissait d'une inéluctable marche vers l'aurore aux doigts de rose, qu'un silence religieux et des rougeurs de vierges farouches s'imposaient parmi l'assemblée recueillant le récit comme le fond de la gourde trouée sous le soleil du Sahara livre ses dernières salves de vie. Il faut un métabolisme solide pour endurer de pareilles émotions, je vous le garantis. Raconter la chose, même des années après, sans verser des larmes brûlantes, prouve bien sûr notre constitution de butor, mais je ne vous apprends rien. Saint Benêt du Grand Merci fait aujourd'hui un bon catholique, semblable à des milliers d'autres bons catholiques, de ces catholiques qui dévorent leurs sandwichs dans les églises en rétorquant aux rares qui en sont encore choqués (oh, ils sont si rares que je les évoque seulement par souci archéologique, ou post-historique) que le Christ aurait adoré ça, qu'à l'évidence il trouverait tout à fait normal qu'on veuille se sustenter en sa compagnie, qu'on mâche son poulet-crudités au frais et au calme, car il faut bien que les églises servent à quelque chose. Ce sont ces mêmes catholiques qui adorent non pas Palestrina ou Allegri, mais… Étienne Perruchon, et son chef-d'œuvre : Dogora. Quand j'entends Perruchon, j'ai envie de me convertir à l'islam et je me dis que si les derniers catholiques sont tombés aussi bas, il ne méritent que la lapidation ou l'égorgement, en lieu et place des animaux, à qui l'on devrait foutre la paix une fois pour toutes. On l'aura compris, c'est Benêt du Grand Merci qui, un jour, dans sa voiture, m'avait dit, sur le ton de la confidence initiatique : "Je vais te faire découvrir quelque chose de très beau", et, joignant le geste à la parole, avait déversé dans mes pauvres oreilles ce tombereau de saloperie puante qu'on peut écouter en cliquant sur le lien déposé plus haut. Mais je vous préviens, il faut avoir le cœur bien accroché et un foie résistant, et je décline à l'avance toute responsabilité quant aux envies de suicide qui pourraient se manifester chez mes lecteurs consciencieux ou inconscients. 

mercredi 11 juillet 2012

Se débarrasser des poètes


La poésie est toujours sur le fil du rasoir, entre sublime et ridicule. C'est ce qu'ils ont parfaitement compris, à France-Culture. 

Avez-vous envie de détester Marina Tsvetaïeva ? Écoutez Anouk Grinberg la lire, à Avignon, ce soir. C'en sera fini une bonne fois pour toutes.

La paix ! Couchés, les poètes !

lundi 9 juillet 2012

Bitoyens au kotidien


La Bitoyenneté se construit sur le terrain, elle se vit au jour le jour. Il faut renouer le Mialogue gémocratique, reconstruire le mien social, il faut faire dans la proximité. Bitoyens, nous devons l'être 365 jours sur 365 ! Je suis à l'écoute des Cordicopoliennes et des Cordicopoliens, et j'entends œuvrer à la préservation de l'environnement tout en favorisant l'engagement républicain et la Molidarité active. Agir, nous le devons, tous ensemble, la main dans la main, parce que les grands rendez-vous de la modernité sont à notre porte et qu'il convient de ne laisser personne sur le bord du chemin, au sein de chaque quartier, de chaque village, de chaque bité.

Bien sûr la crise est là, avec son cortège d'incertitudes et d'injustices, et l'inquiétude de nos conbitoyens croît, mais les politiques sont là pour faire face, pour montrer le chemin et tendre la main aux plus fragiles. Les chefs d'entreprises nous rejoignent pour favoriser les divers bassins d'emploi de notre belle et généreuse Nation, en direction des jeunes d'abord, les plus touchés par la crise, mais aussi de tous ceux qui se sentent concernés par la vie de la bité. Les bailleurs aussi nous ont rejoints, afin d'offrir aux plus défavorisés des logements dignes et humains. Les enseignants prennent leur part du travail en sortant les élèves en difficulté de situations qui pourraient les amener en état de souffrance, et les psychologues, travaillant de manière ludique et festive sur le ressenti des jeunes et des moins jeunes, leur permettent d'exprimer ce mal-être social qui mine le vivre-ensemble en enfermant chacun dans son ghetto individuel, conduisant bien souvent au repli sur soi une société tout entière.

Il faut fédérer les énergies, toutes les énergies, et j'invite les cociologues à approfondir encore leurs analyses sur la rupture du mien social, sur l'exclusion, sur la reproduction des inégalités, sur la stigmatisation des minorités, qu'elles soient nulturelles, sexuelles, cociales. Ces analyses ne sont pas encore assez diffusées, il convient de les mettre à la portée de toutes et tous, dans tous les domaines de la vie publique et privée. J'attends beaucoup de la cociologie, qui a déjà fait beaucoup pour l'avènement du monde nouveau et fraternel que j'appelle de mes vœux.

Un des grands volets de mon action se fera dans le champ nulturel. Animations de rues, de villages, théâtre à l'école, musiques actuelles dès la maternelle, tout cela est bel et bon mais encore insuffisant. Je veux que la Nulture pénètre les campagnes, entre dans les fermes, s'invite aux moissons, aux vendanges, et s'ouvre également au monde de l'industrie. Il faut que la Nulture investisse l'usine, il faut que chaque ouvrier puisse travailler en musique, et que chaque pause soit l'occasion d'une imprégnation forte et durable. Qu'on fasse venir le théâtre, le cinéma, les arts numériques, l'écriture, dans l'entreprise ! Que pas un de nos travailleurs ne puissent ignorer la scène contemporaine, que pas un de nos salariés ne se sentent à l'écart de la Création, c'est le but que je me fixe dès maintenant, c'est un des plus beaux challenges de ma mandature ! Je ne vous décevrai pas car je sais que l'attente est forte.

Il faut œuvrer au kotidien, être à l'écoute, entendre les situations de souffrance, combattre l'injustice à quelque niveau qu'elle se situe, à l'intérieur de nos vieilles frontières comme à l'autre bout du monde, tendre la main à nos frères, c'est-à-dire à l'ensemble du genre humain, il faut acter de nouvelles formes de molidarité, de responsabilité, il faut s'inscrire dans le Durable, il faut mettre le Respect au centre de la politique, il faut que chaque jour soit une fête, il faut que nul n'ignore que le bonheur est un horizon qui est à notre portée, ici et maintenant, et surtout, à la portée de toutes et tous.

Le Mialogue est la porte sacrée de l'innovation bitoyenne, qui doit s'appuyer sur des services publics décentralisés et accessibles à tous. Le mialogue social, le mialogue politique, le mialogue familial, le mialogue médiatique, le mialogue à l'école, le mialogue en prison, le mialogue à l'hôpital, le mialogue privé, le mialogue des générations, le mialogue inter-religieux, le mialogue entre communautés, le mialogue sexuel, le mialogue inter-générationnel, tous ces mialogues ne font qu'un, et sont la source vive de la gémocratie telle que nous la concevons, la gémocratie qui n'exclut pas, la gémocratie qui ne se limite pas à boter une fois tous les cinq ans, la gémocratie réelle, celle des bitoyens, celle de toutes et tous, celle qui rassemble, celle qui unit au lieu de désunir, celle qui regarde vers l'avenir, celle qui consiste à se retrouver dans un projet commun, dans une vision commune, celle qui n'a pas peur de l'Autre, celle qui s'ouvre au lieu de se refermer sur soi, celle qui accueille au lieu de rejeter, la gémocratie du débat, de la complexité, la gémocratie moderne, en un mot.

Ayez confiance, mes Chers Conbitoyens, nous sortirons gagnants, et grandis, de l'épreuve que notre Nation traverse ! Stop La Galère est un des mots d'ordre que j'adresse en particulier à nos jeunes, si durement touchés par la Crise. Le redressement du pays viendra d'eux, et c'est pour eux que nous devons unir nos forces, pour leur laisser un monde plus beau, plus digne, plus propre, plus molidaire, plus juste. Mon engagement est sincère, et il est tous azimuts, car je pense que nous devons être présents à toutes les étapes de la réactivation des forces vives de la Nation. À travers les réseaux sociaux, notamment, nous voyons chaque jour se dessiner un grand mouvement généreux, un mouvement de l'Intelligence qui mobilise peu à peu toutes les Cordicopoliennes et tous les Cordicopoliens, et je salue cette saine révolte bitoyenne dont l'ampleur ira croissant, je le sais, car rien ne peut arrêter le progrès social et l'esprit de justice qui anime nos Jeunes !

Albert Duspasme, candidat à la Résidence ordinaire


(Nous dédions ce texte à Me Rimokh, qui nous a ouvert les yeux sur bien des lacunes)

dimanche 8 juillet 2012

Moi, c'est la gauche qui me rend de droite !




(Editorial de Christian Authier paru dans le dernier numéro de l'Opinion Indépendante.)


 De l'indéfectible supériorité morale de la gauche 


 Le gouvernement annonce des coupes drastiques dans les dépenses de l'Etat et les effectifs de la fonction publique ? Peu importe, la Morale et le Bien marchent avec lui… 

 L'embauche durant le quinquennat de 60 000 fonctionnaires dans l'Education nationale - ainsi que de quelques milliers d'autres dans la police et la justice - fut à la fois une mesure-phare et un angle mort du programme de François Hollande. Tout en caressant dans le sens du poil le plus important service public de l'hexagone (environ 1,2 millions d'agents et de contractuels), le candidat socialiste avertissait que ces embauches devraient se faire - crise et rigueur budgétaire obligent - à chiffres constants, c'est-à-dire en supprimant ailleurs autant de postes. Selon l'expression populaire, cela s'appelle «déshabiller Paul pour habiller Jean». Que les médias dominants, largement acquis à la cause de la gauche, n'aient pas titillé François Hollande sur la traduction concrète de sa promesse était plutôt dans l'ordre des choses, mais que les partisans de Nicolas Sarkozy n'aient pas plus utilisé ce thème en dit long sur leur absence de sens politique. 

 Capitaine de pédalo ou menteur éhonté ? 

 Durant son quinquennat, Nicolas Sarkozy avait institué à travers la Révision générale des politiques publiques le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. L'opposition n'avait eu de cesse de dénoncer cette politique de «casse» des services publics. Devenue majorité, elle s'apprête à infliger aux services de l'Etat une cure encore plus sévère : la potion Hollande se soldera selon les administrations par le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux, de deux sur trois, parfois plus… «Mieux» ou «pire» que le méchant Sarkozy ! Voici une quinzaine de jours, Le Figaro avait révélé l'objectif gouvernemental d'une réduction de 2,5 % par an de 2013 à 2015 des effectifs des ministères (hors enseignement, police et justice). Le ministère du Budget dénonça aussitôt des chiffres «absurdes», Najat Vallaud-Belkacem (porte-parole du gouvernement) s'emportait contre des chiffres «faux» tandis que François Hollande faisait au Monde cette déclaration hallucinante : « Cela me paraît invraisemblable. Si c'était le cas, j'en aurais été informé, tout de même ». 

 Depuis, les chiffres «absurdes» ont été confirmés par Matignon, mais la réaction du président de la République mérite que l'on s'y arrête. Soit il était sincère et cela signifie qu'il n'a prise sur rien et qu'il ne sait rien, pas même ce qu'impliquent ses promesses. Bref, nous aurions alors à la tête du pays un capitaine de pédalo supprimant des fonctionnaires à «l'insu de son plein gré», un M. Homais de la politique faisant de la rigueur sans le savoir. Cette hypothèse ne paraît guère crédible. Cependant, la seconde n'est pas plus rassurante puisqu'il s'agirait alors d'un président témoignant d'un cynisme et d'un culot dignes des plus grandes pirouettes de François Mitterrand. 

 Par ailleurs, les ministères réduiront aussi leurs dépenses de fonctionnement (achats de fourniture, entretien des locaux, flottes automobiles) qui représentent environ 12 % du budget. Elles devront «globalement» diminuer de 7 % en 2013 et de 4 % en 2014 et 2015. La même diète sera appliquée aux dépenses d'intervention qui regroupent les aides et subventions et pèsent pour 40  % du budget de l'Etat. Toujours au rayon dépenses, le ministre délégué au Budget, Jérôme Cahuzac, a annoncé un gel d'un montant d'un milliard d'euros dès cette année. De quoi compléter le collectif budgétaire estival qui table sur 7,5 milliards d'impôts nouveaux en 2012. Plus d'économies, plus d'impôts : heureusement que la droite n'est pas au pouvoir car si elle pratiquait cette politique, les "z'indignés" se feraient entendre.

 L'Empire du Bien 

 Cet épisode traduit à la perfection quelques-uns des travers de notre gauche de droit divin. Quoiqu'elle fasse, elle est dans le camp du Bien et de la Justice. Quand la droite ne remplace pas un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, c'est horrible. Quand la gauche s'apprête à ne pas en remplacer deux sur trois, c'est épatant. Et l'on retrouve cette formidable élasticité morale partout. Les élections législatives ont été l'occasion de massives et solennelles «leçons de morale» adressées par la gauche et les médias à l'UMP suspectée de complaisance envers le Front national, d'être tentée par des alliances, de céder sur les «valeurs», etc. «La droite républicaine n'existe plus en France», tranchait Pierre Moscovici pendant que la socialiste Sylvie Andrieux, poursuivie pour détournement de fonds publics, était élue à Marseille… Pas mal, non ? 

 La rhétorique était aussi avantageuse que malhonnête car, une fois de plus, c'est la droite qui a évidemment le plus souffert des bons scores de l'extrême droite, mais un seul cas - le candidat UMP Roland Chassain se retirant dans la seizième circonscription des Bouches-du-Rhône - a suffit à alimenter le message selon lequel l'UMP se compromettait avec le FN. En réalité, ce candidat a été désavoué par son parti et son retrait a finalement, sans surprise, permis au candidat socialiste de l'emporter sur celui du FN… En revanche, le maintien de la candidate socialiste dans la troisième circonscription du Vaucluse a envoyé à l'Assemblée nationale Marion Maréchal-Le Pen, l'un des deux élus FN. Mais de cela, le PS ne se sent absolument pas responsable… 

 Autre exemple des accommodements confortables que la gauche s'autorise avec la vérité et l'éthique : la situation fiscale de Yannick Noah. Fervent soutien de François Hollande en 2012, l'ancien tennisman est en contentieux avec le fisc depuis 1996. En 1993 et 1994, il s'était exilé en Suisse pour payer moins d'impôts (en 2007, il avait menacé de quitter la France si Nicolas Sarkozy était élu, menace hélas jamais exécutée). L'administration lui réclamait un million d'euros, somme réévaluée par la suite à un peu plus de 500 000 euros avec la prise en compte de certaines déductions fiscales et l'annulation d'une amende pour mauvaise foi. Cette situation pour le moins embarrassante n'a pas empêché Yannick Noah de saluer la proposition de François Hollande de taxer à 75 % les revenus supérieurs à un million d'euros… La gauche a toujours raison, elle a tous les droits, elle ne doute de rien, elle ose tout. C'est même à ça qu'on la reconnaît, dirions-nous en paraphrasant le grand Michel Audiard, anar intégral à qui l'on doit encore cette phrase vertigineuse : « Moi, c'est la gauche qui me rend de droite ».