jeudi 27 mars 2008

c koii cettee picc ??


Un commenpatateur analonyme m'écrit ceci : « c koii cettee picc ?? », à propos du billet que voilà.

Dans un premier réflexe, anonymat plus langue de petit sagouin, j'efface. Puis, en un second temps, je me dis que non, décidément, il faut publier cette extraordinaire question.

Que je répète, donc : c koii cettee picc ?? (garanti 100% intact, bien sûr)


Cette petite question mérite qu'on s'y arrête un instant, je crois. Bien sûr, Georges pourrait lui répondre : Une chatte. Un pubis. Des poils. Une touffe. Un berlingot. La Beauté-même. Un tablier de sapeur. Une motte. Un con. Le Désir. La Femme. Le Sexe. Le sexe. L'appareil génital féminin vu de l'extérieur, par une chaude lumière d'après-midi. Le triangle sacré. Le bonbon. Le bijou. L'abricot. La figue. La boîte à sucres. Le bol aux épices. L'emballement de l'Être. La corbeille. Le nid. La pêche fendue. La triangulation désespérée. Etc. je ne vais pas vous étaler ma science… La question n'est pas vraiment là, on s'en doute un peu. Si M. Anonyme avait voulu savoir ce que représentait cette image collée là au printemps 2007 par Georges (ou Pseu, je ne me rappelle plus), je pense qu'il se serait débrouillé pour formuler sa question autrement. Encore qu'avec ce genre de barbare, rien n'est certain, c'est, comme dit l'autre, le règne du quiproquo institutionnalisé, de la dépense verbale en pure perte. Mais admettons que la question ne porte pas sur la représentation. Alors se posent d'autres problèmes…

Le premier consistant à déchiffrer la… chose que le questionneur a déposé devant notre porte. Nous pouvons dénombrer cinq objets distincts. "c" / "koii" / "cettee" / "picc" / "??"

Afin de ne pas nous laisser troubler inconsidérément par l'ampleur de la tâche, commençons par ce qui, à première vue, semble le plus facile. À la fin du "message", on peut apercevoir très distinctement deux points d'interrogation. Si l'on fait abstraction du fait qu'en général, ce type de ponctuation se conçoit dans le célibat, on peut néanmoins penser, avec une marge d'erreur qui reste raisonnable, qu'il ne s'agit là, tout bonnement, que d'un simple point d'interrogation, mais redoublé, par mégarde, méconnaissance, ou esprit rebelle. Pour le commencement, je crois pouvoir affirmer que la solution est à portée de main. "c"… Rappelez-vous qu'au début du XXIe siècle, la langue française avait fait un bond colossal, elle était passée, presque sans crier gare, de Bossuet au SMS. Sacré progrès, on le conçoit ! Toute cette cérémonie, toutes ces phrases, toutes ces métaphores, lourdes, pompeuses, moisies, corsetées, tout ce décor, tout ce "théâtre", comme dirait Lowlow, avait enfin cédé la place à une ergonomie (j'emploie le terme d'époque) parfaitement idoine (là encore, je fais mon blogueur), accordée aux touches des "portables" et à la pensée de leurs utilisateurs. De belle, elle venait de passer, en un clin d'œil, à s-i-m-p-l-(e), débarrassée enfin de toute syntaxe, de toute couleur, de toute saveur, et, finalement, de tout sens. C'est bien le moins qu'on pouvait espérer, après Céline, Guyotat, Angot. [Qui ? — Angot… (Mais… c'est Boris Joyce !, que, nous avons, au, micro.) — M. Boris Joyce, voulez-vous dire quelques mots au micro de Georges et son blog ? S'il vous plaît ! — … — Non, M. Boris Joyce est pressé, il nous fait signe de la main qu'il n'a pas le temps, il monte dans son jet privé, à destination de… Ah oui, de l'In-nocence ! Bonne fin de début de journée, Monsieur Joyce !] Donc, nous disions qu'il était fort probable que ce "c" soit l'équivalent, en néo-langue française pressée de toutes parts, de "C'est", verbe être, troisième personne du singulier. Bien sûr, les vieux ronchons vont nous dire que, puisqu'il s'agit d'une question, notre correspondant, toujours anonyme, aurait dû écrire "Est-ce" ! D'accord, d'accord, bande de vieux réacs, d'accord, je note donc : « Est-ce » pour le commencement du message. Well, poursuivons (comme dirait VS [Qui ?… Non, rien…]).

Nous avons donc ceci : « Est-ce (…) ? » Un bon début, ça va, ça va, on va y arriver.

Avançons en droite ligne : "koii"… Là, ça se complique nettement. Il y a d'abord ce "i" redoublé qui-pose-soucis-on-va-dire. Mais vous connaissez Pseu, et son bon sens de paysan au ras des iris, voici son interprétation, que je vous livre telle qu'elle me parvient à l'instant : « Cet abruti a laissé son doigt trop longtemps sur le "i", ou bien il a la tremblante. » On ne peut a priori exclure une explication, au motif qu'elle est trop simple, ce serait trop facile. Pour l'instant, et faute de mieux, retenons-la. Reste : "koii" Ce "ko", avec son abrupt "k" initial, me déconcerte quelque peu, je l'avoue. Est-ce allusion à Kafka, à "Monsieur K" (Herbert von Karajan, comme l'appelait Furtwängler), un rappeur quelconque (de toute façon, je n'en connais aucun), un glandu quelconque, ou tout simplement la lettre K, onzième lettre de l'alphabet, celle qui est dans la zone du "i" du "o" du "l" du "j" (puisque ces humains-là n'écrivent qu'avec une prothèse), un coefficient, une contrainte, "K, en lequel une sorte de coin s'est logé, ou qu'un coup de pioche a ravagé, lui enfonçant tout le milieu du visage, qui apparaît maintenant cassé comme celui d'une fée Carabosse à la bouche profondément déprimée, aux narines ravalées, entre le front et le menton monstrueusement proéminents..." (Leiris), ou encore le son K, consonne vélaire occlusive sourde, oui, c'est le plus probable, puisque ces gens-là ne s'expriment plus qu'en sons, en onomatopées, en bruits, en râles, en grognements, en tags, que leur musique rauque évoque pour moi la musique nazie et son pas cadencé, et leur pensée les animaux, mais non, nos frères inférieurs sont nobles, au contraire d'eux.

Voici : remplaçons le fameux K, et son arrogance stupide, par le "qu" auquel il nous plairait de mettre notre pied : "quoi".

Par analogie avec le "koii" qui vient de nous occuper un moment, nous irons vite en besogne, en déclarant unilatéralement que "cettee" est d'une classe similaire (cf Pseu). Nous dirons donc qu'il s'agit d'un adjectif féminin qui sert à désigner, montrer un être, un objet, une idée que le locuteur a présente sous les yeux ou dans sa pensée, la désignation pouvant dans le premier cas être accompagnée éventuellement d'un geste d'indication. Autrement dit : "cette".

Je récapitule. Nous avons donc, au jour d'aujourd'hui : « C'est quoi cette (…) ? » (Si nous tenons au mot à mot, mais il importe de s'y tenir, pour cerner au plus près cette poésie urbaine.) Ou, en français, « Qu'est-ce que c'est que cette (…) ? »

Reste le plus difficile, reste l'écueil, l'hapax, άπαξ λεγόμενον, Calme bloc ici-bas chu d'un désastre obscur, Que ce granit du moins montre à jamais sa borne Aux noirs vols du blasphème épars dans le futur : "picc". Toujours ce symptôme de la lettre finale redoublée, mais, en dehors du bilantage, je ne suis pas loin de m'avouer vaincu par ce picc enfoncé tout droit dans mon cerveau reptilien, comme le pic à glace de la belle Sharon sans-culotte.

[…]

Après quelques heures de repos, Pseu ayant lancé les deux Cray XT5 en réseau que nous possédons sur toutes les pistes imaginables, fait appel à Google, à BHL, à JGL, à Francis, à Bernard, à Luna, à Catherine Breillat, à tous les m@nuscripteurs de chez Léo Scheer, il apparaît qu'il pourrait, nous employons le conditionnel — prêts à effectivement revoir notre copie —, qu'il pourrait s'agir d'un emprunt à un mot anglais, singulièrement (drôlement (avec l'esprit rebelle qui convient)) orthographié, le mot "picture", souvent abrégé en "pict", sur le Net, et même en "pic". Si nous prenons en compte (et l'envie nous en démange sacrément) la propension très nette de notre commentateur à redoubler les lettres finales, cette piste nous paraît ne pas devoir être négligée. Pseu, je dois dire, appuie de tout son poids herméneutique cette hypothèse-là. Si on l'admet, nous serions donc en face d'une question portant sur la substance du billet de Georges, autrement dit, nous revenons à notre point de départ, l'anonyme commentateur n'ayant rien voulu savoir d'autre que ce que représentait l'image publiée par George-s (ou son Pseu), puisque le résultat de cette pénible session de déchiffrage nous donnerait : « C'est quoi cette image ? » ou, en français : « Qu'est-ce que c'est que cette image ? », ou encore : « Monsieur, auriez-vous l'amabilité de me décrire l'image que vous avez publiée sur votre billet de mai 2007, car je suis aveugle de naissance. » Ou bien encore : « Monsieur, je me posais ce matin la question suivante : que signifie exactement (j'insiste sur le terme "exactement") le fait que vous ayez publié cette photographie, que d'aucuns (mais je n'en suis pas, je vous rassure) pourraient trouver pornographique, sur votre blog, que par ailleurs (…) ? »

Nous nous contenterons donc de reproduire in extenso le début de ce billet-ci, même si certains voient dans le procédé une facilité, nous considérons au contraire, copiant-collant laborieusement, qu'il s'agit d'une mesure qui vise à restaurer un peu de cohérence et de clarté à un billet qui, à notre corps défendant, a dû prendre son temps pour arriver à comprendre ce que bien d'entre vous auraient écarté d'un revers de main.


La blogosphère, c'est aussi cela. Passer trois heures à essayer de comprendre trois mots de quelqu'un qu'on ne connaît même pas.




Une chatte. Un pubis. Des poils. Une touffe. Un berlingot. La Beauté-même. Un tablier de sapeur. Une motte. Un con. Le Désir. La Femme. Le Sexe. Le sexe. L'appareil génital féminin vu de l'extérieur, par une chaude lumière d'après-midi. Le triangle sacré. Le bonbon. Le bijou. L'abricot. La figue. La boîte à sucres. Le bol aux épices. L'emballement de l'Être. La corbeille. Le nid. La pêche fendue. La triangulation désespérée. Etc.

jeudi 20 mars 2008

Jeudi 20 mars, 17h56


Ce soir, on danse !

mercredi 19 mars 2008

Et encore


Pour ton regard, une rose ;
pour deux œillets, un baiser.
Quand veux-tu ma toute belle,
que je te donne mon jardin ?


(Coplas, Poèmes de l'amour andalou. Éditions Allia)

Opus 117 n° 2

dimanche 16 mars 2008

ELLE


Pauline Yvonne, tu aurais aujourd'hui quatre-vingt quatorze ans. Mais tu as quatre-vingt neuf ans, pour l'éternité.

(Tuer le temps)